Vaccin Pfizer : des soignants en colère après le vol d’un flacon par un médecin dans l’Oise

Ce docteur est accusé d’avoir subtilisé des doses dans la clinique Saint-Côme, à Compiègne. Le praticien s’est justifié, évoquant «une collection», avant de ramener le contenant, brisé, le lendemain. Avisé, l’Ordre des médecins évoque «une affaire sensible».

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 «Rapidement, après son départ, l’équipe s’est rendu compte qu’une fiole avait disparu», soupire un membre de la communauté médicale (Illustration).
«Rapidement, après son départ, l’équipe s’est rendu compte qu’une fiole avait disparu», soupire un membre de la communauté médicale (Illustration). LP/Arnaud Dumontier

« Quand on s'en est aperçu, toute l'équipe était dégoûtée. » Au sein de la polyclinique Saint-Côme, à Compiègne (Oise), et plus largement dans cette ville de 40000 habitants où l'histoire a rapidement circulé, c'est l'indignation qui prédomine. Lors de la première semaine de la campagne vaccinale contre le Covid-19, un médecin a dérobé un flacon du vaccin Pfizer/BioNTech.

« Dans la journée, les collègues étaient en train de préparer les doses et ce médecin, venu se faire vacciner, n'arrêtait pas de poser des questions très précises sur le mode d'administration », relate un soignant. Comment reconstituer le produit, que faire si une bulle se forme ? Combien de temps se conserve-t-il ?

«Il a dit : Oui, c'est moi»

L'intérêt normal d'un docteur envers un nouveau produit en pleine crise sanitaire? Pas vraiment. « Rapidement, après son départ, l'équipe s'est rendu compte qu'une fiole avait disparu, soupire un autre membre de la communauté médicale. Il avait posé tellement de questions, qu'une personne a fini par le rappeler. » Stupeur : « Il a dit : Oui, c'est moi. »

Son excuse? « Il aurait expliqué être collectionneur de flacons vides, mais celui-là était bien plein, enchaîne un médecin de la clinique. Sommé de le ramener, il aurait dit que ce n'était pas possible avant le lendemain. » Et c'est un infirmier, dépité, qui conclut l'histoire : « Lorsqu'il l'a rendu, il était cassé… Il faut y aller avec ce type de fioles. On suppose qu'il a utilisé les doses et que c'est la seule façon qu'il a trouvée pour tenter de le dissimuler. »

En interne, les soignants ne cachent pas leur colère. « On est censés donner l'exemple, on donne tout sur le terrain depuis des mois et là… On ne comprend pas qu'il ne se passe rien, s'agace un membre de la communauté médicale compiégnoise. Ce jour-là, ce sont cinq personnes fragiles, des aînés, qui n'ont pas pu recevoir leur première dose. »

Le directeur de la polyclinique Saint-Côme, Vincent Vessel, est au fait de l'affaire, mais il ne tient pas à polémiquer. « C'était plus une erreur qu'autre chose, plaide le responsable. Le médecin voulait garder un flacon vide, il ne s'est pas rendu compte qu'il était plein. On a rencontré le praticien et on lui a dit de faire attention. »

«S'il s'agit d'un vol, c'est regrettable et répréhensible»

Les soignants indignés, au-delà du vol supposé, s'agacent également qu'aucune suite ne soit donnée. Une plainte devant le conseil de l'ordre des médecins ? « Nous ne sommes pas dans ces considérations, évacue-t-on à la polyclinique. C'est dommage, mais ça reste un épiphénomène. »

Mais le conseil départemental de l'ordre des médecins pourrait bien ne pas en rester là. « L'ordre fera son travail, pour ne pas dire qu'il le fait déjà », glisse Philippe Véron, président de l'organisme, qualifiant l'affaire de « sensible ».

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« Le cas échéant, si le praticien est entendu, l'ordre fera ce qu'il a à faire et prendra des mesures, insiste le responsable, qui n'avait encore jamais été confronté à pareille situation. S'il s'agit d'un vol, c'est regrettable et répréhensible au niveau déontologique et disciplinaire. » Contacté, le médecin soupçonné du vol n'a pas répondu à nos questions.