«Un procès éprouvant» mais libérateur pour les victimes des cambrioleurs violents dans l’Oise

Huit jours après le début du procès, à Beauvais, trois hommes de nationalité roumaine, auteurs de 11 cambriolages traumatisants pour les victimes, ont été condamnés ce jeudi à 12 ans de prison. Un moment difficile à vivre pour les parties civiles.

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 Beauvais, ce jeudi. Me Emmanuelle Grevot avec une des parties civiles.
Beauvais, ce jeudi. Me Emmanuelle Grevot avec une des parties civiles. LP/Benjamin Derveaux

« Ça va nous permettre de tourner la page. » À l'énoncé du verdict, un certain soulagement pouvait se lire sur les visages des parties civiles. À l'issue de 8 jours d'audience, les trois cambrioleurs responsables de leur traumatisme ont été condamnés à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de l'Oise, ce jeudi à Beauvais.

De nationalité roumaine, les trois hommes se sont également vus imposer une interdiction de fouler le territoire français, pendant 10 ans pour l'un des malfaiteurs et définitivement pour les deux autres. Une manière de les tenir à distance des vingt victimes qu'ils ont tourmentées entre le 19 novembre 2016 et le 22 janvier 2017.

«Toutes les victimes nous racontent la même chose »

Car Florin Bardea, Grigore Malanca et Catalin Tolea ne se sont pas contentés de voler des objets de valeurs chez ces habitants d'Ile-de-France et de l'Oise. Pour y arriver, ils les ont ligotés, menacés et parfois violentés.

« Toutes les victimes nous racontent la même chose, rappelait la veille l'avocate générale, Marie Gadilhe, lors de son réquisitoire. À chaque fois, trois hommes ont surgi cagoulés, gantés et armés, les ont mis en joue et parfois frappés. Et pendant qu'un d'entre eux surveillait, les deux autres fouillaient la maison. »

Un système «organisé et structuré»

Des domiciles pour la plupart cossus et occupés par des personnes généralement âgées - 66 ans en moyenne - au moment des 11 cambriolages dont ils étaient accusés. Pour l'avocate générale, aucun doute sur le fait qu'il s'agissait d'un système « organisé et structuré », avec un chef - Catalin Tolea - et ses « deux exécutants ». Pour autant, la défense s'est échinée à pointer un certain « amateurisme ».

« On nous parle de professionnalisme mais quand on regarde bien les faits, ils viennent avec leur propre voiture, mangent parfois sur place, laisse leur ADN ici et là, fait remarquer Me Domitille Risbourg, avocate de Grigore Malanca. Au final, ils ont été identifiés très rapidement mais interpellés tardivement. »

D'autres, comme Me Justine Devred, ont évoqué un parcours cabossé et une jeunesse difficile en Roumanie. Et de rappeler que malgré le nombre important de parties civiles, « la cour n'est pas là pour assouvir un sentiment de vengeance malsaine ».

«J'ai dû couper les liens avec mes dents pour me libérer»

Car derrière un butin total estimé à près de 190 000 euros (deux personnes ont été également condamnées à 4 et 6 mois avec sursis pour recel), ce sont parfois d'importantes séquelles psychologiques qu'ont laissées les malfaiteurs après leur départ.

« J'étais toute seule chez moi et j'ai dû couper les liens avec mes dents pour me libérer, souffle une habitante du Val-d'Oise. Aujourd'hui, j'ai toujours des angoisses car j'ai peur que ça recommence. J'avais réussi à les calmer ces quatre dernières années mais le procès en a fait resurgir. »

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Selon Me Emmanuelle Grevot, qui intervenait pour cinq victimes, cette peine de 12 ans « devrait permettre d'éviter un appel ». Et donc de revivre un procès qui aura toutefois permis aux parties civiles de partager leur expérience douloureuse.

« C'était un procès éprouvant, souffle Hélène (prénom modifié), habitante de Vez. Mais cela m'a fait du bien de rencontrer d'autres personnes qui ont vécu la même chose, de pouvoir en parler, et de se rendre compte qu'on n'est pas seuls. »