Un Mirage dans le jardin : du nouveau au musée de l’aviation de Warluis

Après trois années de démarches, un mirage F1, prestigieux aéronef de l’armée de l’air française, vient compléter la collection du musée.

 Warluis, mardi dernier. Le mirage F 1 est arrivé de bon matin, par un convoi exceptionnel de trois camions.
Warluis, mardi dernier. Le mirage F 1 est arrivé de bon matin, par un convoi exceptionnel de trois camions. LP/Clémence Bauduin

« Ah non, non, je suis incapable de vous parler là. Revenez vers moi dans quelques minutes ! » S'il fallait une définition à l'expression « pleurer de joie », Bruno Maillard, chaudes larmes et grand sourire, l'aurait parfaitement illustrée ce jour-là. Mardi dernier, face au directeur du musée de l'aviation de Warluis, un camion opère une marche arrière dans un bruit strident d'alarme de recul. Sur sa remorque, le fuselage d'un avion de chasse, et une cocarde bleu blanc rouge.

Direction : la grande étendue d'herbe qui jouxte le musée. C'est ici que ce Mirage F1 de la prestigieuse escadrille Normandie-Niemen, pour l'instant dépourvu de ses ailes car remorquées sur deux autres camions qui l'ont précédé sur la route, pourrait finir ses jours. De la base aérienne 132 de Colmar-Meyenheim (Haut-Rhin), où il a longtemps servi à la pelouse verdoyante de Warluis, il n'y avait presque qu'un pas.

En réalité, voilà trois ans que les démarches ont commencé pour réceptionner cette nouvelle pièce d'exception. « En 2017, on a décidé d'agrandir la réserve du musée et de l'élargir au-delà de la guerre 39-45, explique Pierre Bouchard, le trésorier des lieux. Cet avion de chasse nous intéressait bigrement car il traduit des objectifs importants de l'aéronautique militaire à un moment de son histoire. Il est parfait pour promouvoir les métiers de l'aéronautique auprès des jeunes, ne pas se contenter de montrer de belles réalisations. »

Une valorisation du patrimoine de l'armée

En 2017, le musée de l'aviation de Warluis demande donc une accréditation pour acquérir l'avion auprès de l'armée de l'air qui cède ses appareils désarmés… Ou plutôt les prête gracieusement, en échange de belles présentations : un programme gagnant-gagnant de mise en valeur patrimoniale. « Il n'en coûte rien au musée », résume le trésorier. En contrepartie, le F1 appartient à l'armée qui, du jour au lendemain, peut décider de le récupérer.

L'acquisition n'en demeure pas moins exigeante. Pour chaque demande, l'ensemble du dossier transite par la division patrimoine de l'armée de l'air, à Villacoublay (Yvelines), avant d'être examiné par le ministère des Armées, qui valide ou non la mise à disposition. Des démarches précautionneuses, justifiées par l'histoire de ces aéronefs.

Curieux et passionnés n’ont pas manqué l’arrivée du nouvel aéronef du musée. LP/Clémence Bauduin
Curieux et passionnés n’ont pas manqué l’arrivée du nouvel aéronef du musée. LP/Clémence Bauduin  

Car le Mirage F1 a servi, depuis la fin des années 1960, sur les terrains de guerre les plus menaçants où a pu intervenir l'armée française. « Cet aéronef répond à une demande très spécifique de l'armée de l'air : il lui fallait un appareil capable de réaliser un atterrissage et un décollage plus courts que le Mirage 3 (NDLR : également exposé au musée), raconte Pierre Bouchard. Ses ailes particulières, en flèche, permettent cela. »

«Atterrissage du Mirage F 1 au musée de Warluis»

Ce sont d'ailleurs ses ailes qui, ce mardi, donnent le plus de fil à retordre à la dizaine de bénévoles qui se sont donné rendez-vous pour le mettre en croix, c'est-à-dire repositionner les ailes sur le fuselage. Démonté la veille sur la base aéronautique de Chateaudun, voilà l'avion remonté le lendemain, avec beaucoup d'efficacité, à Warluis. « Atterrissage du Mirage F1 au musée de Warluis », s'exclame Bruno Maillard, encore pris par l'émotion.

Le soir venu, Bruno Maillard se retrouve enfin seul à seul avec son nouvel avion. LP/Clémence Bauduin
Le soir venu, Bruno Maillard se retrouve enfin seul à seul avec son nouvel avion. LP/Clémence Bauduin  

Arrêté en 2014 en France, le Mirage F1, mis à prix à 14 millions d'euros à son lancement, est encore en service dans d'autres pays, majoritairement en Afrique. Il poursuit également une seconde vie aux États-Unis, où l'école de pilotage de l'armée américaine s'en sert comme agresseur, c'est-à-dire comme avion ennemi, pour ses élèves. Ici, à Warluis, il sera bientôt protégé par un hangar. Son inauguration comme pièce du musée est espérée pour 2021.