Trop cher et très en retard, le canal Seine Nord tangue à nouveau

Dans un rapport, la Cour des comptes européenne se montre très réservée sur la réalisation de ce « projet du siècle ». L’association Seine-Nord Europe vient de lui répondre.

 « Les hypothèses prévoyant une multiplication par quatre du flux de matériaux de construction transportés par voie fluviale et un déplacement massif du trafic routier vers les voies navigables ne semblent pas vraiment réalistes », notent les auditeurs de la commission.
« Les hypothèses prévoyant une multiplication par quatre du flux de matériaux de construction transportés par voie fluviale et un déplacement massif du trafic routier vers les voies navigables ne semblent pas vraiment réalistes », notent les auditeurs de la commission. LP/Alexis Bisson

Des retards importants, un budget qui explose et des prévisions de trafics trop optimistes… Alors que le tracé finalisé du secteur 2 doit être présenté cet automne, c'est un rapport dont les partisans du canal Seine-Nord se seraient bien passés.

Dans cette étude publiée cet été, consacrée à plusieurs grands projets transfrontaliers de transport dans l'Union européenne, la Cour des comptes européenne (CEE) n'est pas tendre avec le projet de canal à grand gabarit qui doit relier Compiègne au canal de Dunkerque Escaut (Pas-de-Calais) d'ici à 2030.

Dans son rapport, l'institution chargée de veiller à la bonne utilisation des fonds européens pointe tout d'abord des « prévisions de trafic [qui] risquent d'être trop optimistes ».

Trop cher et très en retard, le canal Seine Nord tangue à nouveau

Des hypothèses «pas vraiment réalistes»

« Les hypothèses prévoyant une multiplication par quatre du flux de matériaux de construction transportés par voie fluviale et un déplacement massif du trafic routier vers les voies navigables ne semblent pas vraiment réalistes », notent les auditeurs de la commission.

Les experts constatent, par ailleurs, « la hausse vertigineuse » du coût total du projet (5,1 milliards d'euros désormais). « Une augmentation de près de 200 % par rapport à 1993 », écrit la Cour des comptes européenne.

Troisième mauvais point distribué aux porteurs de ce « projet du siècle » : les retards « importants » d'un canal qui a accumulé les déconvenues ces dernières années.

« Avec actuellement 18 ans de retards cumulés, le projet présente la plus mauvaise situation parmi les projets que nous avons contrôlés », tance le rapport.

«Un potentiel que nous croyons toujours cohérent»

Plusieurs semaines après la publication de ce rapport, l'association Seine-Nord Europe, dont l'ambition est de promouvoir « la réalisation effective » de la liaison fluviale, vient d'apporter des précisions à ces « réserves » européennes.

« Les chiffres utilisés par la Cour des comptes européenne, pour estimer le retard et le surcoût du projet, ne correspondent ni à la genèse, ni à la réalité actuelle du projet, estime l'association installée à Compiègne. La commission omet à tort sa réactualisation et son nouveau dimensionnement. Elle prend pour base de calcul le préchiffrage initial de 1993 mais à cette date, le tracé et le gabarit du projet étaient bien différents. »

Les prévisions de trafic jugées trop optimistes ? « Un potentiel que nous croyons toujours cohérent avec le choc de compétitivité du grand gabarit, plaide l'association. Quatre millions de tonnes de marchandises transitent aujourd'hui par le canal du Nord et les prévisions de trafic sont de l'ordre de 20 millions d'ici 2060 grâce à l'ouverture du canal Seine-Nord. Cette augmentation des trafics ne semble pas optimiste, mais bien correspondre à la réalité logistique observée dans d'autres régions. »

Aussi sévère soit-il, le rapport de la Cour des comptes européenne a quoi qu'il en soit peu de chance de remettre en cause les orientations ce projet pharaonique. Le secteur 1, long de 18,6 km entre Compiègne et Pont-l'Évêque, est d'ores et déjà entériné. Et le secteur 2 est quant à lui en cours de finalisation.

A partir du 5 octobre et jusqu'au 5 novembre, l'enquête publique sera ainsi présentée dans les communes du Noyonnais concernées. Entre 3000 et 6000 emplois directs, suivant les périodes, sont concernés par le chantier du canal Seine-Nord.