Trois retraités ont géré un village de l’Oise… sans maire depuis 4 mois

Depuis la démission de tous les élus, en juin, la commune de Bailly, 600 habitants, est gérée par un triumvirat mandaté par la préfecture. Trois hommes qui resteront aux affaires jusqu’à l’installation officielle du nouveau maire, Michel Lesueur, élu ce dimanche.

 Bailly. Frédéric Bachelet, Philippe Raluy et Jean-Luc Mansuy (de gauche à droite) composent la délégation spéciale mandatée par la préfecture pour administrer temporairement la commune.
Bailly. Frédéric Bachelet, Philippe Raluy et Jean-Luc Mansuy (de gauche à droite) composent la délégation spéciale mandatée par la préfecture pour administrer temporairement la commune.  LP/Stéphanie Forestier

C'était jour de vote, ce dimanche, à Bailly. Les 511 électeurs étaient attendus auprès de l'urne, dans la salle polyvalente, pour élire leur futur maire. Un scrutin qui s'est déroulé sous l'œil attentif des organisateurs : trois hommes mandatés en urgence par la préfecture, au cœur de l'été, pour administrer un village miné par les querelles intestines.

En juin dernier, le conseil municipal avait en effet collectivement remis sa démission après « un coup d'Etat » qui avait suivi les municipales. Alors que tous pensaient voir Michel Lesueur, l'ancien maire, réélu, être prolongé dans ses fonctions, c'est à la surprise générale son premier adjoint, Bernard Beblo, qui avait ravi le poste lors du conseil d'installation.

Bailly, ce dimanche. Michel Lesueur a finalement été réélu avec une large majorité. LP/Stéphanie Forestier
Bailly, ce dimanche. Michel Lesueur a finalement été réélu avec une large majorité. LP/Stéphanie Forestier  

Manifestation devant, la mairie, tracts, pétition… La réélection dans le calme de Michel Lesueur, ce dimanche vers 20h15, avec 258 des 352 votes exprimés, face à Pascal Rougelot (87 voix), soutien de Bernard Beblo, devrait calmer le jeu. Il n'empêche que la tâche de la délégation spéciale envoyée par la préfecture ne s'achèvera que lors du conseil d'installation, d'ici quelques jours.

« Nous ne sommes pas un conseil municipal »

D'ici là, quelques décisions restent à prendre pour les trois hommes qui ont accepté de revenir sur leur expérience. Tous sont retraités, issus de la société civile et sans lien avec Bailly. Philippe Raluy, 74 ans, préside la délégation. Il a été fonctionnaire à la Direction départementale de l'Équipement (DDE) et directeur des services dans une collectivité territoriale.

Jean-Luc Mansuy, 59 ans, était cadre dans le privé, directeur d'une filiale de Volkswagen aux Etats-Unis. Revenu à Compiègne, il est membre de la plateforme Initiative Oise-Est et du conseil d'administration du Crédit Mutuel. Frédéric Bachelet, 59 ans, gendarme pendant 33 ans, a au cours de sa carrière commandé la brigade de Noyon.

La rentrée scolaire, des découvertes d'obus, un nid de guêpes, un arrêté contre les barbecues nocturnes…

« Nous ne sommes pas un conseil municipal. Nous n'avons pas été élus et nous ne représentons pas les habitants, souligne d'emblée Philippe Raluy. Nous n'avons aucune compétence sur le budget communal par exemple. Le préfet a saisi la chambre régionale des comptes et on a élaboré ce dernier ensemble. »

Bailly est un village situé au nord de Compiègne. LP/Alexis Bisson
Bailly est un village situé au nord de Compiègne. LP/Alexis Bisson  

À peine arrivée, la délégation a notamment dû s'occuper de la rentrée scolaire : acheter les fournitures, des masques, mettre l'électricité aux normes… « Nous en avons profité pour relancer un projet en urgence : la construction d'une rampe d'accès dans la cour de l'école. Une jeune fille lourdement handicapée devait faire sa rentrée », ajoute Jean-Luc Mansuy.

« J'ai appelé les gendarmes, mais on m'a dit d'appeler le maire… »

Le trio a également organisé le passage de la course cycliste Paris-Chauny, géré un nid de guêpe dans l'école et fait intervenir des démineurs après la découverte d'obus en divers endroits du village. « Par expérience, j'ai appelé les gendarmes, mais on m'a dit d'appeler le maire… », sourit Frédéric Bachelet qui est allé de découverte en découverte.

« On a trouvé un nombre de clés pas possible sans savoir à quoi elles servaient. Ça n'a pas été pratique… Nous allons donc préconiser au maire qu'il se dote d'un plan communal de sauvegarde, poursuit ce dernier. S'il y a une urgence, une catastrophe naturelle par exemple, il faut agir vite, ne pas perdre son temps à chercher les clés… »

« Au début, les fenêtres se fermaient, on nous regardait de travers »

La délégation était présente dans le village deux à trois jours par semaine et recevait aussi les habitants sur rendez-vous. « On nous demandait beaucoup les conditions de location de la salle municipale, par exemple. On a aussi pris un arrêté contre les barbecues tardifs », détaille Jean-Luc Mansuy.

Bailly. Les trois administrateurs termineront leur mission le jour du conseil d’installation. LP/Stéphanie Forestier
Bailly. Les trois administrateurs termineront leur mission le jour du conseil d’installation. LP/Stéphanie Forestier  

Parfois, ils arpentaient le village. « Au début, les fenêtres se fermaient, on nous regardait de travers car les habitants ne nous connaissaient pas. Puis, ça a été l'inverse. » Pour rassurer la population, les gestionnaires ont notamment rédigé trois newsletters sur le site Internet de la commune, afin de détailler leurs actions.

Cette approche a débloqué les tensions. Devant la mairie, une habitante apostrophe les trois hommes qui s'apprêtaient à rentrer. « Excusez-moi ! Que comptez-vous faire pour le terrain de boules ? Il est envahi par la végétation et on n'arrive plus à jouer correctement. »

Les administrateurs rendront les clés vendredi prochain

Attentifs, ils promettent de transmettre le message au futur conseil municipal. Pendant cette période de latence, les habitants attendaient de voir. « Ici, on est des taiseux, on n'en parle pas trop aux étrangers, confirme un voisin. C'est quand même un peu honteux… »

Lors du conseil d'installation, qui devrait se tenir vendredi, à 20 heures, l'aventure de la délégation spéciale se conclura par un compte rendu des actions menées. « Je les remercie tous les trois, notamment pour l'intégrité dont ils ont fait preuve dans l'organisation de l'élection », a déclaré Michel Lesueur, à l'issue du scrutin.

Les habitants espèrent maintenant que le village retrouve sa sérénité, sans oser envisager le pire. Et si le conseil municipal se déchirait et démissionnait à nouveau ? « Ce serait inédit ! s'étrangle Philippe Raluy. Il pourrait y avoir une fusion d'autorité avec la commune voisine de Saint-Léger-aux-Bois. Je ne l'imagine même pas. »