Travaux du canal Seine Nord : oiseaux, chauve-souris, brochet… ces 15 espèces qu’il va falloir sauver

Ce lundi s’ouvre l’enquête publique environnementale pour les 18 premiers kilomètres dans l’Oise de ce grand projet. Si de nombreuses compensations sont prévues, faune et flore seront sérieusement impactés.

 La vallée de l’Oise où passe le tracé du canal Seine Nord est le bastion, dans la région, du Cuivré des marais, un papillon tout proche d’être inscrit sur la liste des espèces menacées.
La vallée de l’Oise où passe le tracé du canal Seine Nord est le bastion, dans la région, du Cuivré des marais, un papillon tout proche d’être inscrit sur la liste des espèces menacées. Flore Mabilleau

Un chantier titanesque demande forcément une anticipation de ses répercussions. Ce lundi, l'enquête publique environnementale du futur canal Seine Nord Europe est lancée pour un mois dans l'Oise. Pas moins de trois commissaires enquêteurs sont mobilisés, un dossier de 5 500 pages a été constitué et 27 communes sont concernées.

« Mais il ne s'agit pas là de remettre en cause le bien-fondé du projet », rappelle la société du canal, basée à Compiègne. En effet, ce sont les objectifs et les mesures pour limiter un maximum l'impact de ce chantier de 18 km, dans un premier temps, entre Compiègne et Noyon, qui sont soumis à l'avis du public.

Alors que les premiers travaux doivent débuter au printemps, la société est obligée d'obtenir le feu vert environnemental de l'État. Car plus de 170 espèces protégées ont été répertoriées sur ce chantier qui doit voir l'élargissement de l'Oise, du Canal latéral et des millions de m³ de terres à évacuer.

Une tâche qui s'annonce délicate lorsque l'on sait que la Vallée de l'Oise est un vrai paradis pour de nombreuses espèces végétales et animales. Sans compter que la législation impose à un tel projet de se réaliser sans dénaturer son environnement.

Oiseaux, chauve-souris, papillon, brochet…

« Aujourd'hui, en raison d'un territoire très tourné vers la chasse, quasiment toutes les espèces animales sont protégées, relativise Antoine Lefrancq, du service environnement de la société du canal. Mais, parmi celles-ci, nous en avons identifié une quinzaine à forts enjeux. » Comprendre qu'elles sont classées vulnérables par les experts ou à fort intérêt pour la région.

Des oiseaux, des chauves-souris, un papillon ou encore le brochet sont ainsi cités. C'est ainsi le cas du râle des genêts, de la famille des poules d'eau. « Cette vallée est l'une des seules de France où il vient se reproduire », prévient Antoine Lefrancq. Classée en danger depuis 2009 par l'observatoire de Picardie Nature, l'espèce est rare.

Travaux du canal Seine Nord : oiseaux, chauve-souris, brochet… ces 15 espèces qu’il va falloir sauver

Pour ce migrateur, et pour d'autres espèces, des zones marécageuses devront être reproduites. Au total, il est prévu de reconstituer et protéger 140 ha de prairies. « 135 ha de zones humides seront détruits, nous allons en installer et sanctuariser 383 ha », poursuit le responsable, espérant même redonner plus à la nature que ce que le chantier aura pris. Pas moins de 19 sites, même sur des communes non concernées par le tracé, comme Appilly, ont été choisis pour accueillir les compensations.

Ainsi, près de 2 000 pieds d'Orme Lisse, un arbre aux racines immergées, sont en train de grandir au sein du lycée horticole de Ribécourt où se prépare aussi l'avenir de la flore. « A contrario, quelques dizaines d'arbres disparaîtront. Finalement, la situation de l'espèce va s'améliorer », juge même Jean-Christophe Hauguel, responsable Picardie du conservatoire botanique national de Bailleul (Nord).

LP/J.G.
LP/J.G.  

Des dizaines d'hectares de végétation seront ainsi plantées, ou « transplantés » (déménagés) comme la Véronique à écusson, une fleur vulnérable qui est même protégée par arrêté ministériel. Dans la liste des 27 mesures de réduction des impacts, la société du canal a, par exemple, prévu également de ne pas déboiser de mi-mars à mi-septembre, soit pendant la période de nidification.

20 millions d'euros dans la préservation de la nature

Deux plages, des pentes très douces, seront aménagées pour permettre aux cervidés notamment de pouvoir traverser des forêts de Laigue et Ourscamp au bois de Thiescourt. Sur ce tronçon de 18 km dont le coût estimé est de 400 M€, la protection de la nature coûtera environ 20 M€.

« Ces mesures sont intéressantes, juge Sébastien Maillet, chargé de mission faune à Picardie nature. Mais il y a toujours de la casse. Impossible d'assurer que le Cuivré des marais, un papillon quasi menacé, va se réinstaller dans une nouvelle prairie à deux kilomètres de là. » Ou que les brochets trouveront de nouvelles prairies inondées pour leur reproduction. Deux hectares de frayères, détruites par les travaux, seront reconstitués sur 3,7 ha, après des pêches préventives.

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Reste que les associations écologiques du département ne sont pas encore totalement convaincues. Picardie nature a délivré un avis négatif reprochant notamment au canal « de ne pas retirer les camions des routes, contrairement à ce qui était l'objectif premier ». L'association qui s'inquiète aussi de la consommation d'eau du lit de 54 m de large et 4,5 m de profondeur.

«Nous craignons que trop d'eau soit puisée dans la rivière»

Un point sur lequel elle est rejointe par le Roso, qui a mobilisé trois membres pour participer à l'enquête publique. « Les choses semblent avoir été faites sérieusement, mais nous craignons qu'il puise trop d'eau dans l'Oise, alors que les sécheresses s'enchaînent ici », soulève Didier Malé, président du Roso.

Car originellement, le canal à un but écologique en limitant le nombre de camions sur les routes. La haute autorité environnementale a d'ailleurs rendu un avis détaillé saluant « un travail de qualité » mais abritant « encore des incertitudes sur les impacts », assorti de recommandations. La préfecture imposera-t-elle aussi de nouveaux objectifs ? Réponse à la fin de l'hiver.