«Thérapie du voyage» : à Beauvais, un wagon original pour les malades d’Alzheimer

Depuis un an, des trajets virtuels sont proposés aux résidents de l’Ehpad de ce centre hospitalier de l’Oise. Objectif : stimuler leur mémoire et les apaiser.

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 Beauvais. Les résidents embarquent pour un voyage de 15 minutes à travers la baie de Somme ou dans les montagnes suisses.
Beauvais. Les résidents embarquent pour un voyage de 15 minutes à travers la baie de Somme ou dans les montagnes suisses. DR

Sur le quai, les visages des badauds disparaissent à la fenêtre du train qui quitte doucement la gare. Au fur et à mesure que la locomotive avance, on découvre le paysage bucolique de la baie de Somme et ses petits bateaux de plaisance.

Vous êtes à bord du train 1824, qui relie Saint-Valery-sur-Somme au Crotoy. « La compagnie Grand Via vous souhaite un agréable voyage », annonce une voix féminine. Comme dans un véritable train. A l'exception près que celui-ci ne roule pas vraiment et qu'il se trouve dans l'enceinte de l'hôpital de Beauvais (Oise).

Depuis maintenant un an, c'est un outil pour le moins original dont s'est doté l'Ehpad du centre hospitalier : un « wagon thérapeutique » pour les malades d'Alzheimer. Dans ce décor très réaliste, les résidents sont accueillis par un chef de gare qui leur tend leur billet et les invite à s'installer dans un des quatre fauteuils du compartiment. Commence un voyage d'une quinzaine de minutes, où défilent des vidéos de paysages bien réels.

Un voyage pour stimuler la mémoire

« Là, c'est l'endroit où l'on garait la voiture », fait remarquer Bernadette, 83 ans, désignant une place sous un arbre en gare de Saint-Valery. « A chaque fois qu'elle prend le train, elle nous le dit », sourit Delphine Varnière, responsable animation au pôle gérontologie. L'autre voyage, au milieu des montagnes suisses, évoque à l'octogénaire son enfance avec son père bûcheron près du Mont-Dore (Puy-de-Dôme).

« Ce voyage permet de recréer une ambiance, un cadre que nos patients ont pu connaître dans leur vie ou qui leur rappelle quelque chose », souligne le docteur Xavier Cnockaert, chef du pôle gérontologie. Il cite l'autre exemple de l'hôpital Bichat, à Paris, où un dispositif similaire a été installé mais dans une ambiance de bistrot des années 1950. En plus de faire appel à leur mémoire, le voyage — qui s'adresse principalement aux patients qui font état de troubles avancés — est avant tout un moyen de les apaiser.

Des résidents «plus réceptifs au dialogue»

« Cela fait partie des thérapies non médicamenteuses et ne marche pas nécessairement pour tout le monde, prévient Xavier Cnockaert. Mais nous avons observé, après cinq ou six séances, une diminution des tensions chez certains résidents, qui deviennent moins agressifs et plus réceptifs au dialogue. Dans ce cas, ça va nous permettre d'envisager de réduire l'administration des médicaments contre l'angoisse. »

Développé par l'entreprise Sigo, spécialisée dans l'innovation ludique au service de la santé, le wagon « Grand Via » s'est inspiré de la « thérapie du voyage » conceptualisée en Italie, en 2009.

« L'étude clinique menée par les médecins du CHU d'Amiens sur une cinquantaine de patients atteints d'Alzheimer a montré que 80 % d'entre eux ont pensé que c'était un vrai voyage », se félicite Jean-Christophe Froment, patron de Sigo. Toujours selon cette étude, la thérapie du voyage permettrait de « baisser de 40 % le recours aux médicaments psychotropes et de 30 % les problèmes de déambulation ».

Une façon de voyager malgré le Covid

Outre l'aspect thérapeutique du wagon, Delphine Varnière, qui n'hésite pas à enfiler le costume de chef de gare, y voit une manière de créer un nouveau cadre pour les résidents de l'Ehpad, confinés au sein de l'établissement en raison de la crise sanitaire. « Vu qu'on ne peut plus faire de sortie, c'est aussi, en quelque sorte, un moyen de les faire voyager », commente la responsable du pôle animation.

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A terme, Delphine Varnière imagine y inviter les familles des malades. « Pour le moment, avec le Covid, c'est impossible à mettre en place. Mais à l'avenir, cela pourrait devenir un lieu de rencontres entre les parents et leurs enfants, plus propice à la discussion, tout en sortant du cadre de la chambre. »