«Sur notre tracteur, on se pose beaucoup de questions» : l’Oise planche sur l’agriculture de demain

Une vingtaine d’exploitants de l’Oise se sont réunis au sein d’une association visant à développer des idées nouvelles, venues du terrain, pour une agriculture plus verte et qui permet aux producteurs de vivre de leur métier.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 L’association réunit une vingtaine d’agriculteurs de l’Oise et cherche des solutions qui ne viennent pas « d’en haut » (Archives).
L’association réunit une vingtaine d’agriculteurs de l’Oise et cherche des solutions qui ne viennent pas « d’en haut » (Archives).  LP/O.A.

Plutôt que de les jeter, Vincent Loisel s'est mis à planter des sachets de thé. Non pas qu'il essaye d'improviser une nouvelle culture, mais pour obtenir des indices concernant la population souterraine… Plus leur dégradation est rapide, plus le nombre de vers de terre est important dans ses parcelles. « On voit leur augmentation, c'est assez impressionnant », constate-t-il.

Car cet exploitant agricole à Bonvillers, également maire de la commune, a opéré une petite révolution dans ses champs : celle de « l'agriculture de conservation ». En changeant ses pratiques, il a réussi à diminuer la part de pesticides dans ses quelque 200 hectares. « Je suis déjà à moins 20 % de produits phytosanitaires et l'objectif, c'est de passer à moins 50 % d'ici 2024 », assure-t-il.

« On échange, on s'appelle régulièrement »

Coincé entre l'image d'Épinal du maraîcher en vente directe et celle du céréalier aux yeux rivés sur le cours de la Bourse, lui propose une « troisième voie », plus respectueuse des sols et de l'environnement.

Alors, en 2016, il a participé à la création du Groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE), « H3EAU + », qui réunit désormais une vingtaine d'agriculteurs de l'Oise. « On veut réduire l'utilisation des produits phytosanitaires et des nitrates, trouver des solutions aux problèmes de désherbage, ainsi que développer nouvelles filières », précise-t-il.

Ensembles, les cultivateurs décident d'aller chercher l'information, de tester, d'échouer, de re-tester, d'élaborer des protocoles… « Quand on se retrouve seul sur notre tracteur, on se pose beaucoup de questions, le fait d'avoir créé ce groupe, on échange, on s'appelle régulièrement, raconte Marc Van-Acker, dont l'exploitation est située à Vendeuil-Caply. On fait évoluer nos méthodes à plusieurs. »

Il insiste : « Ce ne sont pas des directives qui tombent d'en haut par des gens qui ne connaissent pas le terrain. Ici, c'est fait par des agriculteurs et pour des agriculteurs. »

Agriculteur et maire de Bonvillers, Vincent Loisel s’est lancé dans « l’agriculture de conservation ». LP/Juliette Duclos
Agriculteur et maire de Bonvillers, Vincent Loisel s’est lancé dans « l’agriculture de conservation ». LP/Juliette Duclos  

Première réalisation du collectif : le « semi-direct sous couvert », une technique simple mais innovante… Plutôt que de labourer le sol, de la luzerne ou de l'orge vont être plantées « pour régénérer la terre et lui apporter des nutriments ». Ensuite, du blé - ou autres céréales - pourra être semé directement au travers ce « paillage » végétal.

« La première année, j'ai produit trois tonnes de blé au lieu de huit »

« La première année, j'ai produit trois tonnes de blé au lieu de huit, se remémore Marc Van-Acker. Les autres sont venus pour voir les dégâts mais on s'est fait notre expérience. » Une technique aux avantages multiples. « Le sol n'est pas travaillé, donc l'eau s'infiltre mieux, on est moins confrontés à la sécheresse », estime Vincent Loisel.

Newsletter L'essentiel du 60
Un tour de l'actualité de l'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

Un dispositif qui favorise également la biodiversité, en fournissant le gîte et l'alimentation des espèces présentes. Des vers de terre, mais pas seulement. « Rien n'est parfait, car il y a des mulots et des limaces qui reviennent aussi », complète Vincent Loisel.

« On est vraiment dans le zéro phyto »

Ensuite, les agriculteurs ont tenté d'associer différentes cultures sur une même parcelle, afin d'éloigner bestioles et maladies. « Par exemple, pour leurrer les altises, ces petits insectes qui viennent coloniser le colza, on va semer des féveroles juste à côté, illustre Marc Van Acker. Ces dernières grandissent plus vite, donc les altises vont se précipiter sur elles et non sur le colza. »

Au sein de l'association, les projets se multiplient. Bientôt une formation pour découvrir le purin d'ail, d'ortie ou encore de fougère. « Là, on est vraiment dans le zéro phyto », anticipe Vincent Loisel. Et pour faire face au réchauffement climatique, nombreux sont ceux qui tentent des cultures « plus résistantes ».

Au printemps prochain, on pourra voir pousser un peu de lentilles, un peu d'haricots blancs, dans l'exploitation de Thomas Faignaert à Bucamps. « Je vais aussi essayer le quinoa ainsi que du petit et du grand épeautre », complète-t-il. Et de conclure : « On tâtonne, on se renseigne, et on voit ce que ça donne. »