Senlis: 3 ans avec sursis et 80 000 € d’amende requis contre l'ancien maire

Senlis, ce lundi. Au deuxième jour d’audience, c’est une peine de trois ans de prison avec sursis qui a été requise contre Jean-Christophe Canter (à droite).
Senlis, ce lundi. Au deuxième jour d’audience, c’est une peine de trois ans de prison avec sursis qui a été requise contre Jean-Christophe Canter (à droite).  (LP/Hervé Sénamaud.)

Au terme de deux heures et demie de réquisitions ce mardi, la procureure de la République du tribunal de Senlis a décortiqué le dossier Canter et réclamé des peines sévères à l'encontre des trois ex-élus de Senlis. A commencer par Jean-Christophe Canter, l'ancien maire, contre qui elle réclame 3 ans de prison avec sursis, 80 000 € d'amende, une interdiction de gérer pendant 10 ans et une inéligibilité de 10 ans. « Mon hypothèse à propos de M. Canter, c'est de voir un grand enfant qui perd ses limites parce qu'il tient enfin les manettes de la mairie, résume Amélie Cladière. Alors même qu'il est déjà mis en examen, il impose le choix de la société arrivée en 4e place dans le concours d'appel d'offres du marché de la cantine, contre l'avis des services et celui de certains de ses colistiers. »

Dans le lourd volet du favoritisme, tous les marchés litigieux sont épluchés. Comme ceux attribués à Evenement Consulting, la société d'Olivier Decrouy, qui sera jugé en février 2017, « et qui obtient l'organisation de la fête de la musique en 2008 alors que sa société n'est même pas encore créée », souligne la procureure. Ou encore ces trois marchés de fourniture de vins et de champagne, attribués à des sociétés recommandées par Decrouy, que ce dernier désigne par mail comme « le marché pour le glou-glou ». « Sur la plupart de ces marchés où Decrouy apparaît, Bernard Zanzouri fait toujours l'interface », souligne Amélie Cladière, qui réclame 18 mois avec sursis, 50 000 € d'amende et 10 ans d'inéligibilité contre l'ex-adjoint aux festivités.

Et 8 mois avec sursis et 60 000 € d'amende contre Daniel Compiègne, ex-conseiller municipal, « qui a rémunéré la société de Jean-Christophe Canter, en contrepartie d'une délibération favorisant l'extension de sa zone des Rouliers », estime la procureure. Elle conclut aussi à la culpabilité de Jean-Christophe Canter pour le détournement de fonds public, « car il est le seul à avoir utilisé la carte bancaire de la régie municipale pour frais de représentation, alors qu'il n'en avait pas le droit, seul le régisseur ou son adjoint pouvait le faire ». Une carte qui a servi à payer des repas au Fouquet's ou à la Brasserie Lipp.

Culpabilité aussi pour les faits de corruption passive par rapport à la société Verso, « dont les gérants sont un couple d'amis des Canter, qui obtiennent le marché de refonte du site Internet de la ville malgré un dossier technique inexistant, et un marché de projet artistique et de conseil, lancé du 12 au 28 août 2008, où ils sont les seuls en lice... Tout cela quelques mois après avoir acheté sept tableaux à Mme Canter pour un total de 12 761 €. » Ce mercredi, les avocats de la défense se relayeront pour livrer leur vision de ce tentaculaire dossier.