Quand les associations d’usagers de l’Oise courent après les horaires de trains

Alors que la crise sanitaire impose d’importantes adaptations dans les transports, les représentants des clients de la SNCF s’inquiètent de ne pas avoir les fiches horaires pour 2021.

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 Les associations d’usagers aimeraient connaître les modifications prévues sur le réseau en 2021.
Les associations d’usagers aimeraient connaître les modifications prévues sur le réseau en 2021.  LP/Julien Barbare

« Que cachent la région Hauts-de-France et/ou la SNCF pour planquer les horaires 2021? » Cette interrogation d'un compte Twitter qui porte la parole des habitués du train, UsagersMobilités HdF, la plupart des associations d'usagers de l'Oise la partage.

Le 13 décembre, la nouvelle grille horaire annuelle du Train express régional (TER) prendra effet. En théorie seulement, 30 % des rames étant à l'arrêt en raison de la crise sanitaire.

883 TER circulent chaque jour, contre 1250 en temps normal

Cela fait tout de même 883 trains chaque jour, au lieu de 1250. A l'exception de l'Ile-de-France, la région Hauts-de-France est celle « où circulent le plus de rames » en ces temps de Covid-19, assure Franck Dhersin, vice-président du conseil régional, chargé des transports. Des fiches horaires valables jusqu'au 3 janvier, et probablement jusqu'au 20, le gouvernement ayant annoncé que le télétravail serait prolongé jusque-là, ont toutefois finalement été rendues publiques… vendredi soir.

« Cela ne nous laisse absolument pas le temps de les analyser pour repérer d'éventuels problèmes, par exemple dans les correspondances », soupire Christiane Dupart, de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) des Hauts-de-France. « L'offre a été adaptée en permettant, autant que possible, d'assurer les dessertes pour les scolaires et les salariés », rassure la SNCF, rappelant que le télétravail a entraîné « une baisse de l'ordre de 50 % en moyenne de la fréquentation des trains ».

Voilà pour les trains jusqu'à Noël et pour une partie de janvier. Mais après ? La vie devrait reprendre, de même qu'une circulation normale sur les rails entre l'Oise et Paris. Et là, selon les associations, c'est un peu l'inconnu. « Lors de notre dernière réunion avec la SNCF et la région, jeudi dernier, nous avons posé la question plusieurs fois sans obtenir de réponse, s'agace Christiane Dupart. On ne nous donne pas non plus de délai. Pourtant, dans certaines régions, cela fait des mois que les associations travaillent sur les grilles horaires. »

«Le droit de ne pas être assis par terre»

Nora Muller-Conte, du collectif SNCFVamtuer, moins virulente, aimerait « quand même pouvoir y jeter un œil, afin d'être en capacité de réagir ». Mieux, au-delà des horaires, ce sont les prévisions de compositions qu'elle aimerait pouvoir consulter. Train long sur tel trajet, court sur celui-là…

« Une personne qui rentre de Paris à 19 h 07 a le droit de ne pas être assise par terre, lâche-t-elle. Pour Noël, nous allons faire livrer un petit cadeau à M. Farandou (NDLR : le patron de la SNCF), un kit du parfait pendulaire, juste pour marquer le coup. »

De son côté, la SNCF affirme que « les grilles ne vont pas changer fondamentalement, ce n'est pas un grand chambardement, comme l'an passé ». Toute la grille avait été revue, notamment dans le Nord, avec de nombreux ajustements réalisés a posteriori. Notamment grâce à « ce que nos agents sur le terrain nous ont rapporté ».

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Le transporteur rappelle également que « des réunions ont lieu régulièrement et nous prenons tout en compte ». Sauf que sans voir les projets d'horaires, « impossible de savoir si c'est bien le cas, souffle Christiane Dupart. Notre expérience du terrain est pourtant sans pareil. »

L'an passé, «une cinquantaine d'ajustements» grâce aux associations et aux usagers

Franck Dhersin estime en effet qu'une « cinquantaine d'ajustements » ont été réalisés sur la grille 2020 après sa mise en application. « Il ne s'agissait pas de trains en plus, mais d'horaires légèrement modifiés, d'arrêts supplémentaires. » Des failles signalées par les associations d'usagers.

« Nous les écoutons, assure l'élu. Elles ont apporté des éléments importants, à certains endroits où la SNCF disait qu'il n'y aurait pas de problème, ce sont les associations qui ont permis de les identifier. » Alors, pourquoi ne pas les intégrer aux groupes de travail qui élaborent les grilles ?

« C'est tout simplement impossible, assume le vice-président du conseil régional. Les représentants sont très nombreux et il est impossible de concilier ceux qui demandent des trains directs et rapides entre les grandes villes et ceux qui veulent des arrêts dans chaque gare. »

« Tant que notre point de vue est pris en compte, cela nous va très bien, glisse Nora Muller-Conte. Notre collectif n'est pas demandeur de grandes réunions très chronophages. Ce qui nous importe, c'est d'être entendus et que les travailleurs qui rentrent de Paris ne voyagent pas assis par terre, tous les jours. »

Entre 76 et 80 millions d'euros de recette en moins

Un vœu pieux, dans l'Oise, qui conjugue réseau saturé — le fameux « goulot de Paris Nord » — et problèmes de matériel. Les horaires ne sont d'ailleurs pas la première préoccupation de Franck Dhersin. « Avec le Covid et la clientèle en moins, nous estimons entre 76 et 80 millions d'euros la perte de recette sur l'année, cette dernière étant habituellement d'environ 180 millions d'euros, souffle l'élu. Avec ça et les conséquences de la crise sur de nombreuses dotations, l'année 2021 va être épouvantable pour les collectivités. »

Pour autant, il ne veut pas entendre parler de dégradation du service. « Le train reste prioritaire, conclut-il. Nous avons réussi à récupérer six locomotives d'une autre région et, jeudi, en séance plénière, nous allons lancer une commande de 500 millions d'euros pour 33 nouveaux trains. » Il faudra juste attendre encore pour savoir à quelle heure ces derniers partiront.