Promis pour cette année, le rêve d’un train Beauvais-Paris en une heure s’éloigne à nouveau

La SNCF avait annoncé un test pour 2021. Mais si elle admet aujourd’hui que c’est techniquement possible, les travaux réalisés gare du Nord repoussent le projet de plusieurs années. L’ouverture à la concurrence peut-elle changer la donne ? La région n’y croit pas.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Beauvais, ce mercredi. Les usagers de la ligne Paris-Beauvais devront attendre au moins 2025 pour rejoindre la capitale en une heure.
Beauvais, ce mercredi. Les usagers de la ligne Paris-Beauvais devront attendre au moins 2025 pour rejoindre la capitale en une heure. LP/Patrick Caffin

Beauvais - Paris en train en 1 heure? Un vieux rêve pour tous les usagers beauvaisiens de la fameuse ligne SNCF qui, entre les retards causés par les feuilles mortes et les incivilités, a souvent défrayé la chronique. Un espoir qui n'est pas près de voir le jour : la SNCF est revenue récemment sur l'annonce qui promettait de tests dès cette année.

Une heure pour rejoindre la capitale, ce serait pourtant symbolique, un vrai atout pour attirer entreprises et nouveaux habitants, que n'hésitent pas à mettre en avant les autres communes de l'Oise qui ont cette chance. Mais ce serait aussi, et surtout, un gain de temps considérable pour les passagers qui l'utilisent quotidiennement.

Sept jours de transports en commun économisés chaque année !

Jugez plutôt. Ce serait 40 minutes gagnées quotidiennement, 3h20 sur une semaine de 5 jours, 13h20 par mois, soit plus de sept jours gagnés chaque année ! Une semaine de vie qui n'a pas été passée dans les transports en commun.

Et le temps, Dorothée, 35 ans, a justement l'impression de le perdre en prenant le train chaque jour pour aller travailler. « Ce trajet est particulièrement mal foutu, regrette-t-elle. On passe par toutes les petites gares pour desservir tout le monde. » Une heure de train pour rejoindre la capitale, c'est aussi une promesse que Caroline Cayeux, maire de Beauvais, fait à chaque élection depuis son arrivée au pouvoir en 2001. Et 2020 n'a pas fait exception à la règle.

Le sujet est donc revenu sur la table et la municipalité a, entre-temps, reçu un soutien appuyé de la Région. « Nous aussi, on la veut cette liaison en une heure, et si possible, avant la fin du mandat de Xavier Bertrand », confirme Franck Dhersin, vice-président chargé des transports.

Les horaires avaient même été définis…

Et si la SNCF a toujours affirmé que ce trajet en une heure était techniquement impossible, son discours a finalement changé. En juillet dernier, lors d'une réunion avec tous les protagonistes du dossier, elle ne dit plus « Non ». Elle annonce dans la foulée le lancement d'une étude et d'un test en 2021.

Les horaires sont même définis ! L'aller se ferait en 1h02 avec un départ de Beauvais à 7h37 pour une arrivée gare du Nord à 8h39. Le retour était programmé à 17h52 pour une arrivée à Beauvais à 18h56, soit 1h04 de trajet.

La SNCF affirme  que l’implantation de ces deux directs « fragiliserait les trains de cette ligne dont la régularité est de 93 % ».LP/Patrick Caffin
La SNCF affirme que l’implantation de ces deux directs « fragiliserait les trains de cette ligne dont la régularité est de 93 % ».LP/Patrick Caffin  

« Ces directs supplémentaires, c'est une avancée considérable, souligne Jacques Doridam, élu chargé du dossier. Jusqu'à présent, le tunnel, le trafic et le manque de rentabilité rendaient, selon la SNCF, l'objectif impossible à atteindre. On ne demande pas que tous les trains de Beauvais deviennent des directs, juste qu'il y en ait deux par jour. »

Newsletter L'essentiel du 60
Un tour de l'actualité de l'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

Fidèle à son célèbre slogan, la SNCF va montrer qu'en effet « Tout est possible ! » Y compris reporter le test. Fin décembre, le transporteur historique est revenu sur ses annonces : « Une communication avait été faite alors que le dossier était encore en cours d'instruction. Les éléments communiqués n'étaient pas corrects. »

Deux quais neutralisés par les travaux en gare du Nord

L'opérateur confirme pourtant les résultats de l'étude : « Elle a conclu que le meilleur temps de tracé théorique possible serait de 1h02 à 1h04 selon le sens de circulation. » Mais elle reporte le test aux calendes grecques.

« Les conditions d'exploitation actuelles de la gare de Paris Nord ne permettent pas de recevoir ces trains en raison des travaux dans le secteur, occasionnant la neutralisation durable de deux quais et une baisse de la capacité d'accueil des trains, précise la SNCF. Cette situation a d'ailleurs conduit à la suppression de circulations de trains d'Ile-de-France pour 2021. »

Le chantier de rénovation de la gare du Nord étant censé se dérouler jusqu'en… 2025, il apparaît illusoire d'espérer quelque chose avant cela. « On a été mis en stand-by pour le temps de ces travaux, regrette Franck Dhersin. Ils ne peuvent pas nous fournir les sillons ni les quais d'arrivée. Nous ne sommes pas prioritaires et la ligne Paris-Beauvais ne pèse rien par rapport aux trains internationaux et aux transiliens. »

La SNCF affirme d'ailleurs que l'implantation de ces deux directs « fragiliserait les trains de cette ligne dont la régularité est de 93 % », mais également ceux entre Paris et Laon.

L'ouverture à la concurrence, prévue pour 2023, pourrait-elle modifier l'échéance? La ville y croit. « Nous avons reçu des candidats potentiels et la liaison en une heure fait partie du cahier des charges », souligne Jacques Doridam.

«On sait que c'est possible, même si ça ne se fera pas du jour au lendemain»

La Région, elle, est beaucoup moins optimiste. « Le problème du manque d'infrastructure à Paris Nord se posera de la même façon au nouvel opérateur, déplore Franck Dhersin. Cela pourrait même décourager certains candidats à investir. »

Quant à une possible arrivée gare de l'Est, qui avait un temps été évoquée, les choses semblent compliquées. Si un « problème d'interconnexion » pourrait être résolu avec l'arrivée du Charles-de-Gaulle express, selon Jacques Doridam, le conseil régional nuance. « On s'est heurté à la Région Grand Est qui ne veut pas en entendre parler », prévient Franck Dhersin.

La ville veut pourtant y croire. « On sait que c'est possible, même si ça ne se fera pas du jour au lendemain, affirme Jacques Doridam. On a mis un pied dans la porte, elle finira par s'ouvrir. » Reste à savoir quand…