Prix de l’eau dans l’Oise : faut-il craindre la fusion entre Suez et Veolia ?

Dans un marché de gestion de l’eau qui compte déjà trop peu de concurrence dans le département, ne laissant que peu de choix aux petites collectivités, la naissance d’un géant de l’eau n’arrangerait rien.

 Oise. Dans de nombreuses petites communes du département, changer de groupe de distribution et d’assainissement pour faire baisse les prix de l’eau est un vrai défi.
Oise. Dans de nombreuses petites communes du département, changer de groupe de distribution et d’assainissement pour faire baisse les prix de l’eau est un vrai défi. LP/Élie Julien

« Pourquoi nous payons plus de 8 euros le mètre cube (m3) d'eau alors que dans d'autres communes, le prix de l'eau est proche des 3 euros ? Je ne comprends pas », s'interroge cet habitant d'une petite commune du sud de l'Oise. « Je suis revenue habiter à Neuilly-en-Thelle il y a cinq ans, je n'aurais pas dû. L'eau est beaucoup trop chère », lui emboîte une sexagénaire.

Si dans le département les prix de distribution et de retraitement (assainissement) de l'eau sont dans la moyenne nationale — entre 4 et 5 euros le m³ — des disparités importantes apparaissent allant de 3 à 11 euros le m³.

Un rapport du simple au triple qui peut faire grimper la facture lorsque l'on sait qu'un ménage consomme en moyenne 120 m³/an. Au premier rang des victimes, les habitants de petites communes isolées ou faisant partie de petits syndicats des eaux.

Trois gros acteurs se partagent le marché

En effet, si l'état du réseau d'eau et l es travaux nécessaires entrent en jeu, à situation comparable, certains payeraient leur m³ à des prix trop élevés. De quoi alerter le Regroupement des organismes de sauvegardes de l'Oise (Roso) qui a lancé un pavé dans la mare.

« Si l'on s'intéresse aux délégataires de services publics pour la production et la distribution d'eau potable, on constate que trois grands groupes se partagent le marché : Veolia, Suez et la Saur », soulève-t-il.

Un oligopole qui n'offrirait pas une mise en concurrence totale lors des appels d'offres lancés par les élus. Une situation qui ne ferait donc qu'empirer si la fusion entre les deux grands groupes était finalement actée.

«On a peur car on ne peut rien faire face à ces entreprises géantes»

« A l'ouest, Veolia est attributaire de la quasi-totalité des délégations et à l'est, on ne trouve que Suez et la Saur », fait remarquer l'association écologiste, qui envisage de saisir la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

« Quand on lance un appel d'offres pour l'eau, on a peur car on ne peut rien faire face à ces entreprises géantes », abonde le maire d'un village du Valois qui compte 300 habitants. « On n'intéresse pas grand monde, pas assez rentables », appuie un autre.

« Avant même d'ouvrir les enveloppes, je sais qui va candidater », ajoute ce maire historique du Ressontois. Les maires seraient-ils pris au piège ? Avec deux voire une seule candidature, ils n'auraient pas toujours le choix du meilleur service au meilleur prix.

S'il y a bien trois géants du secteur dans le département, trois autres opérateurs sont pourtant présents. « Ils ont moins d'une poignée de contrats », reconnaît François de Fruyt, directeur territorial Oise de Veolia.

«Toute cette situation n'est pas dans l'intérêt des habitants»

« Toute cette situation n'est pas dans l'intérêt des habitants. Si deux marchés sont lancés en même temps, les trois opérateurs se les répartissent. Les habitants ne peuvent que subir… », accuse même un maire du Beauvaisis.

Une potentielle entente que réfutent catégoriquement les responsables locaux de Veolia, de Suez et de la Saur. « Nous sommes historiquement implantés à Beauvais. Nous candidatons automatiquement sur tous les gros contrats. Pour les plus petits, on ne veut pas répondre à perte », détaille le patron des 130 salariés de Veolia, qui distribuent de l'eau potable à 115 000 foyers, quasiment un tiers de l'Oise.

« Même si c'est historique, cela ne peut pas rester ainsi, des communes sont piégées depuis des décennies par cette non-concurrence », regrette Didier Malé, le président du Roso.

Des regroupements pour peser face à ces mastodontes

Pourtant, selon le président d'un syndicat des eaux du Beauvaisis, une solution existe. « Nous avons regroupé plusieurs syndicats des eaux et réussi à obtenir, via ce plus gros contrat, la venue d'un concurrent absent de l'Oise. Résultat : on va économiser 300 000 euros par an environ, de quoi payer l'assainissement ! » se réjouit-il, sûr de son coup de force.

Car tous les maires se l'accordent, derrière les écoles, l'eau est le deuxième sujet le plus important pour leurs administrés. Lorsqu'ils arrivent à gagner quelques centimes grâce à l'arrivée d'un nouveau distributeur concurrent, « nous sommes heureux », sourit ce président de syndicat sur le Plateau picard.

Si tous ces élus de petites communes n'ont pas l'impression de pouvoir changer grand-chose, craignant des accords « là-haut », le Roso se propose de les conseiller. « Il suffit qu'ils nous intègrent dans leurs commissions consultatives des services publics locaux (CCSPL) ! » A bon entendeur…