Près de mille lettres entre un soldat et son aimée dormaient dans une cave de l’Oise depuis 60 ans

Plusieurs années d’échanges épistolaires entre un jeune soldat et sa compagne attendaient d’être exhumées dans une vieille valise, à Verneuil-en-Halatte. Les recherches visant à retrouver ce couple pour lui restituer son courrier s’annoncent compliquées.

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 Catherine aimerait retrouver un membre du couple, voire d’éventuels descendants, pour leur remettre les courriers.
Catherine aimerait retrouver un membre du couple, voire d’éventuels descendants, pour leur remettre les courriers.  LP/Simon Gourru

Dans le coin supérieur gauche, chaque lettre est numérotée. Sur la 402, c'est Robert qui prend la plume, « pour tenir un peu compagnie » à Nouchette. La date inscrite en caractères délicats indique le jeudi 18 octobre 1956. Ce jeune militaire affecté en Algérie écrit à sa compagne.

Entre deux mots doux, il lui décrit sa vie sur le camp, l'attente de la validation de son permis de conduire ou sa déception de devoir troquer son short pour le treillis à l'approche de l'hiver. « Mais que veux-tu, primo il commence à faire frais et puis on n'a pas le choix puisque c'est un ordre », lâche-t-il fataliste.

La valise découverte «lors de travaux»

Sur une carte non datée, c'est Jeannine, la Nouchette, habitante de la région parisienne, qui écrit à Robert pour ses 22 ans, espérant que ses mots « exprimeront tout l'amour » qu'elle a pour lui.

Ceci n'est qu'un aperçu des centaines de lettres et cartes jaunies par le temps, découvertes dans une vieille valise qui dormait depuis des années dans la cave d'une maison de Verneuil-en-Halatte (Oise), jusqu'à ce que la propriétaire, Catherine, décide de les exhumer.

«On a l’impression de rentrer dans leur vie», confie Catherine, qui a découvert les lettres dans sa cave.LP/Simon Gourru
«On a l’impression de rentrer dans leur vie», confie Catherine, qui a découvert les lettres dans sa cave.LP/Simon Gourru  

« Nous l'avons trouvée lors de travaux, rembobine-t-elle. J'avais fait quelques recherches, sans résultats, j'avais laissé tomber. » Catherine voudrait aujourd'hui retrouver le couple ou d'éventuels descendants afin de leur remettre ce petit trésor. Mais la tâche ne sera pas aisée vu le peu d'informations disponibles.

Et même si des photos accompagnent les textes. « C'est presque un peu gênant, sourit Catherine. On a l'impression de rentrer dans leur vie. » Pour une partie, les lettres sont minutieusement classées par mois, rangées dans une feuille pliée indiquant la date. La plus ancienne est la numéro 16, de novembre 1955. En septembre 1957, la 963e est envoyée.

Durant cette période, Jeannine est en France, le plus souvent à Arcueil (Val-de-Marne), parfois dans le Cher. Elle évoque un temps une activité de fleuriste puis annonce devenir secrétaire.

Récits de guerre et jalousie

Tous deux ont une vingtaine d'années. Si l'on se fie à l'adresse de Robert, il serait militaire au sein du régiment de chasseurs parachutistes à Philippeville, en Algérie française, depuis renommée Skikda.

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En décembre 1955, ce caporal décrit son premier saut. « Et ça ne plaisait pas du tout à Jeannine, souligne Catherine. Elle l'engueule parfois parce qu'elle a peur pour lui. »

Sur le papier s'étale l'intimité d'une histoire d'amour à distance où Nouchette écrit à son « petit militaire chéri », avec les avantages et les inconvénients d'une telle relation. Les « doux baisers » et « plus tendres caresses » succèdent aux scènes de jalousie, où il lui reproche « d'avoir des touches » avec d'autres hommes.

La plus ancienne lettre date de novembre 1955. La 963e a été envoyée en septembre 1957. LP/Simon Gourru
La plus ancienne lettre date de novembre 1955. La 963e a été envoyée en septembre 1957. LP/Simon Gourru  

Mais comment retrouver leur trace ? Sur l'annuaire ? Les rares personnes répondant aux noms des deux protagonistes n'affichent aucun lien de parenté. Le couple a-t-il seulement perduré après la guerre ? Sans négliger qu'ils seraient aujourd'hui âgés de plus de 80 ans, les pistes potentielles sont vastes.

Au vu du reste du contenu de la valise, comme un télégramme de son père ou une carte de vœux qui lui est adressée par « Tante Lili et Achille », il semblerait que ce soit Robert qui avait rassemblé ce courrier. Etait-il l'un des anciens propriétaires de la maison de Catherine ? Le caporal n'a laissé aucune trace dans la commune, ni même dans le département.

«Ce n'était pas la famille de l'ancien boucher ça ?»

Le maire actuel n'en a jamais entendu parler, son prédécesseur non plus. Les deux renvoient vers leur aîné, Jean-Claude Hrmo, élu de 1983 à 2008. « Ce n'était pas la famille de l'ancien boucher ça? avance l'ex-élu, avant de se raviser. Ah non, c'était Herber. » A 78 ans, l'ex-édile est lui aussi un ancien d'Algérie. « Mais j'y étais en 1962, forcément il est plus âgé que moi. »

La Fédération des anciens combattants d'Algérie n'ayant aucune antenne sur le secteur, c'est l'Union nationale des combattants (UNC) qui prend le relais. Si une section existe à Verneuil, pour son président, Robert est inconnu au bataillon.

Pas plus d'échos du côté de l'Union locale des parachutistes. « Voyez quand même avec le trésorier de l'UNC de Pont-Sainte-Maxence, avance son président, Stéphane Gaudy. Un ancien para, un peu la mémoire du coin. »

En vain, à 83 ans, Jacques Kuboj n'a pas souvenir du jeune militaire de 1955. « Pourtant ça fait 40 ans que je m'occupe de ça. Il n'était peut-être pas adhérent. »

Désormais basé à Pamiers (Ariège), le premier régiment de chasseurs parachutistes s'est montré plutôt curieux face à une demande d'information sur le parcours de Robert. Mais la Grande Muette ne se livre pas si facilement.