Poussés au chômage par la crise sanitaire, de plus en plus d’Oisiens créent leur propre emploi

Le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 4 % en 2020. Livraison, bricolage, cuisine, travaux… Alors que le Covid-19 a entraîné la destruction de milliers d’emplois, de nombreux habitants se sont «réinventés».

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 Avec la crise sanitaire, de nombreux habitants se sont retrouvés sans emploi et ont dû créer leur petite entreprise. Travaux, livraison, cuisine à domicile, bricolage… (Illustration)
Avec la crise sanitaire, de nombreux habitants se sont retrouvés sans emploi et ont dû créer leur petite entreprise. Travaux, livraison, cuisine à domicile, bricolage… (Illustration) LP/J.B.

Sur la carte, du poulet colombo, une marinade de poivrons, une galette d'aubergine accompagnée de frites de patate douce ou de la dorade rose, assaisonnée d'ignames et de ketchup à la banane plantain. Ou encore du poulet yassa au bissap, le tout enrobé dans des pains fait-maison. « Les recettes, je les avais déjà en tête depuis longtemps », souffle Elodie Pruvot.

Depuis décembre, elle s'est mise à cuisiner ces burgers de toutes les couleurs, qu'elle livre à domicile, chaque week-end aux habitants des environs de Le Crocq. Doucement mes sûrement, le carnet de commandes de Naaj-Madi — du nom de son entreprise —, se remplit. « C'est bien aussi de penser aux gens qui sont à la campagne, assure cette femme de 38 ans. Eux aussi ont le droit de se faire livrer à domicile ! »

«Des gens ont développé des activités qui étaient en sommeil»

Cette mère de famille n'est pas la seule à avoir fait cette démarche en ligne pour créer sa propre activité. De 30 790 travailleurs indépendants en 2019, le nombre est passé à 32 000 l'an passé, dans l'Oise, indique l'Urssaf. Soit une hausse d'environ 4 %.

« Il y a eu de nouveaux besoins qui se sont créés, de la demande pour du bricolage par exemple ou dans le BTP, donc des gens ont développé des activités qui étaient en sommeil », décrypte Pierre Feneyrol, directeur régional de l'Urssaf, qui pointe un effet « confinement ».

Elodie l'admet, elle a longuement hésité avant de se lancer, mais la crise sanitaire a tout précipité : « Quand on a plus de vie sociale, qu'on est obligé de rester à la maison, cela nous aide à tenir d'avoir un projet, cela permet de passer les difficultés du confinement, détaille-t-elle. Et puis les enfants grandissent, les journées paraissent longues ».

A 38 ans, Elodie Pruvot, habitante de Le Crocq, a lancé son snack afro caribéen, Naaj-Madi. LP/J.D.
A 38 ans, Elodie Pruvot, habitante de Le Crocq, a lancé son snack afro caribéen, Naaj-Madi. LP/J.D.  

Pour Pierre Feneyrol : « On voit des personnes qui ont décidé de quitter les centres-villes de grosses agglomérations et qui ont décidé de se réorienter ou de se réinventer professionnellement. Tout notre enjeu, ce sera de voir si ces créations se pérennisent ».

«Pour nombres d'entre eux, ce sont des personnes qui ont perdu leur emploi»

A la Chambre du commerce et de l'industrie (CCI) de l'Oise, on interroge également ces chiffres « en trompe-l'œil ». Car cette croissance est quasi exclusivement portée par les micro-entrepreneurs, avec une hausse autour de 8 % dans le département. Plutôt qu'une création nette d'emploi, on évoque un phénomène de « substitution ».

« Cela pourrait paraître le signe d'un certain dynamisme économique, mais c'est tout le contraire, estime Philippe Enjolras, président de la CCI de l'Oise. Pour nombre d'entre eux, ce sont des personnes qui ont perdu leur emploi ou qui n'arrivent pas à en retrouver un et qui s'inscrivent alors comme indépendants pour maintenir une activité. »

7800 emplois détruits au cours des deux premiers trimestres 2020

Selon les chiffres de l'Insee, l'Oise est ainsi le département où l'emploi salarié a le plus reculé dans la région, avec la Somme et l'Aisne. Au cours des deux premiers trimestres de 2020, quelque 7800 emplois ont été détruits, le nombre de demandeurs sans activité a progressé de 7,6 % sur un an… Créant ainsi une bascule du régime salarié vers un régime d'indépendant.

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Inscrit depuis plus d'un an sur la plate-forme de livraison à domicile, Uber Eats, Hendrick livre quatre à cinq jours par semaine des repas à domicile, pour environ 800 € par mois. « Au début, c'est juste du dépannage, explique-t-il. Pour moi, c'était un truc étudiant, c'était simple, il n'y avait pas de contrat, pas de fiche de paye… C'était le temps de trouver un bon truc et puis voilà, je continue. »

Le jeune homme de 23 ans a bien tenté de chercher des missions en intérim à Beauvais en tant que préparateur de commande : « Il n'y a rien en ce moment, ce n'est pas fameux ». « Et Pôle emploi, c'est la galère », dénonce-t-il.

Au fur et à mesure des confinements et des couvre-feu, lui a observé le nombre de livreurs augmenter dans la ville préfecture — soit 144 microentreprises supplémentaires pour la livraison de repas à domicile à Beauvais. « Il n'y a plus suffisamment de commandes pour tout le monde, on peut attendre 10 à 20 minutes après chaque course », râle-t-il.