«On veut de vrais changements» : dans l’Oise, le budget participatif gagne du terrain

Alors que les municipalités se penchent sur leurs finances pour 2021, des communes testent le budget participatif, qui permet aux habitants d’être impliqués dans les décisions. Tour d’horizon de ces initiatives.

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 A Margny-lès-Compiègne (Oise), les habitants ont reçu une notice les incitant à faire leurs propositions pour le budget participatif 2021.
A Margny-lès-Compiègne (Oise), les habitants ont reçu une notice les incitant à faire leurs propositions pour le budget participatif 2021.  LP/Stéphanie Forestier

Dans l'Oise, c'est la ville de Creil qui avait été pionnière, proposant dès 2018 à ses 35800 habitants de décider de l'avenir d'une partie du budget de la commune. Cette année, deux autres vont suivre : Margny-lès-Compiègne et Longueil-Sainte-Marie. Orry-la-Ville y réfléchit également, mais pour 2022. Les budgets participatifs se développent, mais doucement.

Cet outil démocratique existe depuis une dizaine d'années en France, mais ne connaît un réel essor que depuis deux ou trois ans : sept villes avaient fait ce choix en 2014, elles étaient 170 en 2020. Le maire de Creil, Jean-Claude Villemain, affirme avoir mis le dispositif « à la sauce creilloise », indiquant s'être inspiré de ce qui se faisait à… Rio, au Brésil.

Projets d'aires de jeux, de fresque urbaine, de voirie…

« On a accordé 10 euros par habitant, soit 360000 euros au total », détaille l'élu. Les citoyens sont invités à faire remonter leurs idées aux conseils des résidents, dans chaque quartier, qui les défendent ensuite devant un jury composé d'élus et d'habitants. Cette année, ce sont même 400000 euros qui seront ouverts à la discussion.

« Il nous reste du crédit de l'an passé », précise Jean-Claude Villemain. Jusqu'à présent, les sommes ont notamment servi à aménager des aires de jeux, peindre une fresque murale, améliorer la voirie et l'espace urbain. En 2021, les épreuves seront remises en mai et les projets seront décidés en septembre, pour une réalisation dans la foulée.

«Un enfant peut aussi avoir de bonnes idées»

A Longueil-Sainte-Marie, les habitants sont invités à remettre directement leurs idées directement en mairie, ou à les envoyer par mail ([email protected]). Le 17 mars, la population se réunira dans la salle polyvalente pour élire à main levée le meilleur projet.

« Si la situation sanitaire le permet, souligne le maire, Stanislas Barthélémy. Nous n'aurons rien à dire. Ce sont les habitants qui décideront. Bien entendu, il faut que ce soit légal, dans notre compétence, que ça ne cause de nuisances à personne. »

Pour cette première expérience, la commune a décidé d'accorder 10000 euros, avant de passer peut-être à 30000 l'an prochain, en fonction de l'implication de la population. « Et il n'y a pas de limite d'âge, un enfant peut aussi avoir de bonnes idées », conclut l'élu.

150000 euros sur la table à Margny-lès-Compiègne

A Margny-lès-Compiègne, les habitants ont été prévenus par un imprimé distribué dans les boîtes aux lettres. Ici, une personne a été spécialement recrutée pour gérer cette petite révolution et la municipalité a passé un contrat de cinq ans avec une plate-forme numérique spécialisée, ID-City.

Soit un investissement de 50000 euros. « On met les moyens car on veut de vrais changements », explique Michel Pernot-Dubreuil, l'élu référent. Et ce sont 150000 euros qui vont être mis à la disposition des Margnotins (soit 17,60 par habitant) ainsi que des personnes travaillant sur la commune.

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Sur le site Internet dédié, 17 idées ont été déposées en deux semaines. Des urnes sont également disponibles dans différents lieux de la ville, pour « avoir un maximum de retours et ne léser personne », précise le conseiller municipal.

Laure, la trentaine, habite dans la rue principale de Margny depuis cinq ans. Elle doit encore réfléchir mais promet de participer « à cette belle action citoyenne. Je vais en parler avec mes voisins. On pourrait se réunir pour définir quelques idées ». Jean-Jacques, retraité, est plus sceptique. « Ce seront encore ceux qui ont une grande gueule qui vont prendre l'ascendant. »

Selon ID-City, qui gère le budget participatif de 40 collectivités, la participation moyenne est de 8% de la population. « Jusqu'ici, la plupart des collectivités avec lesquelles nous travaillons ont des taux de participation qui progressent d'année en année, donc l'enthousiasme ne retombe pas », constate Simon Quatreveaux, responsable conseil et développement.

Le maire (LR) de Compiègne ne se laisse pas convaincre

Un argument notamment repris par l'opposition compiégnoise, qui ne cesse de réclamer la mise en place d'un tel dispositif. Mais sans arriver à convaincre le maire (LR), Philippe Marini. « Un budget participatif, c'est un os à ronger, avec des sommes très faibles », lâche l'élu. Ce qui empêcherait de déboucher sur d'importantes décisions.

« Il appartient au conseil municipal d'engager les fonds publics, quel qu'en soit le montant, poursuit-il. C'est une question de principe, les arbitrages doivent être faits par les personnes élues au suffrage universel. »

La démocratie participative, à Compiègne, prendrait selon lui une autre forme. « Je ne m'oppose pas à ce qu'il y ait une consultation, et les comités d'intérêts locaux de quartiers (CILQ) sont très actifs depuis le début de l'année. »