«On est loin de tout» : dans l’Oise, les structures France Services jugées utiles mais aussi insuffisantes

Neuf guichets uniques de services publics portent désormais ce label dans l’Oise. S’ils répondent à un réel besoin, ils ne pourront résoudre tous les problèmes faute de moyens, s’inquiètent certains.

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 A Formerie, le bureau de poste vient d’être labellisé France Services.
A Formerie, le bureau de poste vient d’être labellisé France Services. LP/Juliette Duclos

En sortant du bureau de poste, Michelle, 69 ans, rejoint sa petite sœur qui l'attend dehors malgré le froid. « La dame m'a dit qu'elle irait se renseigner pour nous, on va prendre rendez-vous avec elle », lui rapporte son aînée. Les deux gèrent ensemble le départ de leur mère dans un Ehpad, situé en Seine-Maritime.

« Entre le changement d'adresse avec la caisse d'assurance maladie, une demande d'aide au logement à la caisse d'allocations familiales, on rame », soupire Sylvie, la cadette. Alors, elles comptent bien sur La Poste pour les aider.

Depuis peu, les habitants de Formerie (Oise) et ses environs peuvent venir réaliser des formalités administratives et demander des conseils dans ce petit bureau labellisé France Services. A quelques mètres de l'accueil, un espace numérique permet d'accéder à Pôle emploi, à la caisse nationale d'assurance maladie, à celles de l'assurance vieillesse et des allocations familiales, à la Mutualité sociale agricole… Mais aussi à trois administrations partenaires (les ministères de l'Intérieur, des Finances publiques et de la Justice).

«Un vrai besoin dans la ville»

En plus d'une semaine, une employée de La Poste, spécialement formée, a déjà dû traiter une quinzaine de demandes. Dont des subventions pour la rénovation thermique…

Formerie mais également Songeons et Nogent-sur-Oise : au début de l'année, trois nouvelles structures ont été labellisées France Services dans l'Oise, pour un total de neuf dans le département. Inspirés des maisons de services au public (MSAP), ces nouveaux guichets uniques ont pour mission « de faciliter l'accès des habitants aux services publics, en particulier dans les zones rurales et les quartiers prioritaires de la politique de la ville », rappelle la préfecture de l'Oise.

Elles visent aussi à pallier la disparition progressive des services publics dans le territoire, comme en témoigne la fermeture de quatre trésoreries dans l'Oise, au début de l'année. « C'était un vrai besoin, reconnaît William Bous, maire (SE) de la commune de 2000 habitants. On est loin de tout. La mobilité n'est pas exceptionnelle, l'accès au numérique non plus. » Dans l'Oise, nombreux sont les habitants du département à se retrouver démunis face à la dématérialisation des démarches administratives.

«Nous, on aime bien le contact»

« Moi, j'ai l'ordinateur à la maison mais je n'ai pas Internet », admet Yves. Heureusement, ce retraité de 78 ans peut compter sur ses proches pour l'aider. « Avant, on pouvait aller rencontrer quelqu'un. Maintenant, même pour les factures d'eau, c'est compliqué. Et quand on appelle un standard, il n'y a jamais personne qui répond, c'est la galère », râle-t-il.

Rencontré un peu plus loin, Serge, 84 ans, tient peu ou prou le même discours. « Pour ma génération, Internet, c'est gênant. Nous, on aime bien le contact, avoir les renseignements sur place, rencontrer les personnes… »

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Il a bien commencé à se mettre au numérique mais il tâtonne encore un peu. « Pour nous, c'est un désenclavement. On était un peu délaissé, sinon, il fallait aller à Beauvais ou Amiens. »

Chaque canton devra posséder une de ces structures France Services d'ici à 2022, a promis le gouvernement. Pourtant, certains restent encore sceptiques. « Est-ce qu'ils auront vraiment les compétences ? questionne Sylvie, 56 ans. Cela peut aider pour les simples démarches et les gens qui ne sont pas à l'aise sur l'ordinateur, mais les employés pourront-ils répondre à des demandes complexes ? »

«Pas la même qualité que des fonctionnaires d'Etat»

Elle sourit : « Moi, quand je vais à la trésorerie, ce n'est pas pour remplir un document, c'est que je ne suis pas d'accord avec ce qu'il y a écrit sur ma fiche d'impôt. » Des inquiétudes exprimées même par les premiers concernés.

A Nogent-sur-Oise, Hervé Louis-Régis est le directeur du point information médiations multiservices (Pimms), labellisé Maison de services au public en 2019, désormais labellisé France Services. Lui se déclare « méfiant sur cette course à la labellisation. On reconnaît que les gens en ont besoin mais on voit également les travers de ce dispositif. »

« L'Etat affiche sa volonté de tout dématérialiser et a mandaté des structures déjà existantes. Sauf qu'il faut s'en donner les moyens », développe-t-il. Pour chacun de ces « points de contact », 30000 euros sont alloués par l'Etat. Trop peu, dénonce le directeur.

« On doit pouvoir embaucher deux personnes et acheter l'équipement nécessaire avec cette enveloppe. La seule condition pour réaliser cela, c'était de recruter des contrats aidés, pour trois ans, qui apprendront sur le tas. Je pense qu'on n'aura pas la même qualité que des fonctionnaires d'Etat aguerris. »