Oise : trois vitraillistes de haut vol au chevet de la cathédrale de Senlis

Les trois artisans passionnés de la société Vitraux max and co, basée à Noyon, viennent d’entamer la rénovation d’une vaste verrière de l’un des premiers monuments gothiques de France.

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 Une verrière d’une surface totale de 18 mètres carrés qu’il a d’abord fallu desceller et déposer, depuis un échafaudage d’environ 20 m de hauteur, avant d’entamer la rénovation dans l’atelier du campus Inovia à Noyon.
Une verrière d’une surface totale de 18 mètres carrés qu’il a d’abord fallu desceller et déposer, depuis un échafaudage d’environ 20 m de hauteur, avant d’entamer la rénovation dans l’atelier du campus Inovia à Noyon. DR

Sur leur carte des Hauts-de-France, chacun de leur chantier, tel un beau voyage dont on veut se rappeler, est fixé par une punaise de couleur. Mais leurs destinations à eux, ce sont les églises de la campagne picarde, en quête de trésors cachés, de vitraux auxquels il faut redonner le lustre d'antan.

Et depuis 2015, les trois artisans vitraillistes noyonnais de la société Vitraux max and co sont bien en peine de donner le nombre d'édifices visités en ces cinq années d'activité.

Bulles, Chevrières, Rully, Chigny (Aisne), Wavignies, Corbie (Somme), Grandvilliers-aux-Bois, Beaulieu-les-Fontaines, Nampcel, Sempigny… Isabelle Eytorff et Lucas Joueo, rejoints depuis par Patricia Bonnarang, sont sur tous les fronts pour redonner une seconde jeunesse aux vitraux. « Dans la région, on a de quoi faire, on ne chôme pas », apprécie Lucas.

«Un jour on pourra se dire : J'ai touché le plafond de la cathédrale de Senlis»

Dernier chantier en date pour le trio : la cathédrale de Senlis. Au sein de l'édifice, qui a fêté ses 870 ans en 2020, il a d'abord fallu opérer un « check-up » complet du monument, pendant tout une journée. Avant d'entamer le premier vaste chantier qui s'est porté sur la grande verrière, située dans l'ombre de l'orgue, lui aussi parti en restauration.

Une verrière d'une surface totale de 18 mètres carrés qu'il a d'abord fallu desceller et déposer, perché sur un échafaudage à près de 20 m de hauteur, avant d'entamer la rénovation dans leur atelier du campus Inovia, à Noyon.

« Après un long dessertissage, ça y est, c'est le début du montage », se félicitent les artisans sur leur page Facebook, où ils tiennent la chronique de leur nouveau chantier majeur. La pose des nouveaux vitraux, quant à elle, n'est pas prévue avant la fin du mois de février.

Isabelle Eytorff, Lucas Joueo et Patricia Bonnarang se sont lancés dans le chantier des vitraux de la cathédrale de Senlis au début de l’année. DR
Isabelle Eytorff, Lucas Joueo et Patricia Bonnarang se sont lancés dans le chantier des vitraux de la cathédrale de Senlis au début de l’année. DR  

« La cathédrale de Senlis, c'est un beau challenge, un défi », glisse Isabelle. « Notre premier gros chantier où l'on travaille avec un architecte des Bâtiments de France, abondent Lucas et Patricia. Là, on ne peut pas prendre de liberté, on ne peut pas faire n'importe quoi, il ne faut pas se louper… On apprend la patience, c'est une autre façon de travailler. Mais ça reste génial. La cathédrale, c'est quand même une belle dame. Le lieu, l'ambiance, c'est très différent. Un jour on pourra se dire : J'ai touché le plafond de la cathédrale de Senlis… »

«Le calendrier est déjà bouclé jusqu'à septembre»

Avec ce nouveau chantier prestigieux les trois passionnés s'offrent un coup de projecteur inespéré. « Une belle publicité », concède Lucas. Une vitrine qui va leur permettre de maintenir une activité déjà soutenue : « On a déjà huit chantiers prévus pour l'année à venir. Le calendrier est déjà bouclé jusqu'à septembre. »

Il a fallu deux jours aux artisans vitraillistes pour «déposer» la verrière. DR
Il a fallu deux jours aux artisans vitraillistes pour «déposer» la verrière. DR  
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Malgré la crise sanitaire, leurs travaux de restauration (19 chantiers en 2020) n'ont jamais été mis à l'arrêt. Ni les confinements à répétition, ni les changements de majorité au lendemain des élections municipales n'ont eu raison de leur activité.

«On doit être un peu fous…»

« Il y avait une crainte, notamment par rapport aux élections et aux budgets, souligne Lucas. On n'a eu peur, on se demandait si on était essentiel ou pas. Finalement, on ne s'est jamais arrêté. Il faut dire que dans les églises, on est tranquilles. C'est génial d'avoir pu continuer à faire tout ça, malgré le contexte. On fait un métier qu'on aime, on s'éclate. »

Une passion toujours intacte, après six années d'activité : « Se dire que le vitrail est reparti pour 150 ans, découvrir des choses insoupçonnables que les gens ne voient pas, voir la satisfaction des gens… C'est aussi pour ça qu'on fait ce métier. On doit être un peu fous… »