Oise : tombeaux ouverts, rites sataniques, pillages… bienvenue dans le cimetière de l’horreur

À l’abandon depuis les années 20, ce lieu situé sur les communes de Thieux et Campremy attire des visiteurs aux intentions plus ou moins louables… Au grand dam des familles dont les aïeux y sont toujours enterrés.

 Le cimetière est à cheval sur deux communes : Thieux et Campremy. Ici, la partie appartenant au second village.
Le cimetière est à cheval sur deux communes : Thieux et Campremy. Ici, la partie appartenant au second village.  LP/B.D.

Sur la départementale qui mène au hameau du Grand-Mesnil, le cimetière abandonné de Thieux-Campremy n'est pas invisible. Il se fait juste discret, entouré par la pénombre du bois, bordé par des champs et enveloppé dans la grisaille automnale.

Derrière la grille rouillée et entrouverte, on découvre quelques croix de pierre couvertes d'une mousse verdâtre. On croise ensuite des sépultures cachées sous les herbes folles et des ronces en pagaille. Le regard est attiré par un caveau dont le couvercle de pierre a été fracassé. « Ce n'est pas l'œuvre de la nature, mais de coups de masse », glisse Julien Grégoire, 30 ans, qui vient de temps à autre se recueillir sur les tombes de ses aïeux.

Thieux, ce lundi. Abandonné, le cimetière a connu des épisodes de vandalisme. LP/Benjamin Derveaux
Thieux, ce lundi. Abandonné, le cimetière a connu des épisodes de vandalisme. LP/Benjamin Derveaux  

À quelques mètres de là se trouvent les chapelles où sont enterrés ses arrière-arrière-grands-parents. Face au pillage et saccage dont celles-ci ont fait l'objet, comme beaucoup d'autres dans le cimetière, cet agriculteur a décidé d'y installer une clôture, surplombée de barbelés, pour plus de protection. « Ça reste nos ancêtres. Demain quand on sera enterré, on espère que les gens s'occuperont de nous. »

«J'ai même surpris des gens en train d'y tourner un clip»

Délaissé au profit du cimetière communal de Campremy dans les années 20, ce lieu de recueillement — dont certaines tombes remontent au milieu du XIXe siècle — n'est pas tombé aux oubliettes, bien au contraire. On peut y croiser Julien Grégoire, mais aussi d'autres visiteurs, aux intentions plus ou moins louables…

Parties de Pokémon Go, vidéos d' exploration urbaine, pillages, saccages ou encore Géocaching, certain ont fait de cet endroit leur terrain de jeu, et ce depuis des années. « Il y a deux semaines encore, j'ai même surpris des gens en train d'y tourner un clip », indique le trentenaire, également conseiller municipal de Thieux.

Conseiller municipal à Thieux, Julien Grégoire entretient toujours les deux chapelles où sont enterrés ses arrière-arrière-grands-parents. LP/B.D.
Conseiller municipal à Thieux, Julien Grégoire entretient toujours les deux chapelles où sont enterrés ses arrière-arrière-grands-parents. LP/B.D.  

Cela fait maintenant plusieurs années qu'il demande que les lieux bénéficient d'un entretien plus régulier. « Pourquoi mettre de l'argent dans un cimetière abandonné ? » lui rétorque-t-on lorsqu'il tente d'inscrire une subvention au budget municipal annuel.

Et il n'est pas le seul à s'indigner. Récemment, c'est même un Breton, originaire du Finistère qui s'en est ému. Il a envoyé une batterie de courriers aux élus locaux et nationaux, dans lesquels il dénonce « 95 ans de violations scandaleuses de sépultures ».

Mise en scène macabre avec un os et une Vierge Marie

En 1971 déjà, Jean Vergnet-Ruiz, ancien inspecteur des musées de province et conservateur du château de Compiègne, décrivait un « véritable cadre pour un film de terreur » dans un article intitulé « Promenades dans le canton de Froissy ».

« Les croix, les tombes ouvertes, les ornements funéraires de pierre ou de fer forgé, se dressent encore […] dans un décor étrange, presque hallucinant sous certains éclairages, au milieu d'arbres déjà très grandis depuis trente ou quarante ans que la nécropole est délaissée », écrivait l'auteur.

Campremy, ce lundi. Un os, qui s’apparente à un humérus et une Vierge Marie ont été disposés sur une branche. LP/B.D.
Campremy, ce lundi. Un os, qui s’apparente à un humérus et une Vierge Marie ont été disposés sur une branche. LP/B.D.  

Au fil des décennies, rien ne semble avoir changé, ces lieux dégagent encore un parfum de mystère. Au détour d'un arbre, sur une branche, est posé ce qui ressemble à un humérus. Os animal ou os humain ? Impossible de le savoir. À côté, une représentation de la Vierge Marie. « Ça n'a pas été disposé là par hasard, c'est une mise en scène, souligne l'agriculteur. C'est morbide. »

«N'importe qui pourrait tomber là-dedans»

Il continue : « A une époque, nous avons retrouvé des pentagrammes. » Un symbole utilisé lors des rites satanistes. Un autre habitant raconte avoir vu des « crânes traîner dans le chemin à une époque ». Et toujours, des tombeaux complètement ouverts. Pour Julien, c'est sûr, c'est l'œuvre de personnes « déterminées » : « Il faut au moins être quatre bonshommes pour déplacer ça. »

Même les passionnés se font des frayeurs. Châteaux, manoirs ou trains abandonnés, Chris en a pourtant vu d'autres. Ce vidéaste s'est rendu sur place cet été pour sa chaîne YouTube, « Les Explorateurs Urbex ». « J'ai trouvé ça complètement glauque de voir un tel endroit à l'abandon », déclare-t-il, en insistant sur les tombeaux ouverts. « N'importe qui pourrait tomber là-dedans. Et avant d'être retrouvé, bon courage. »

Côté Campremy, plusieurs tombes ont été ouvertes. S’il n’y a plus de cercueils à l’intérieur, elles restent source de danger pour des promeneurs imprudents. LP/B.D.
Côté Campremy, plusieurs tombes ont été ouvertes. S’il n’y a plus de cercueils à l’intérieur, elles restent source de danger pour des promeneurs imprudents. LP/B.D.  

Charge aux rares personnes dont la famille est encore enterrée ici de s'en occuper. À 67 ans, Alain n'a jamais connu sa grand-mère, morte en 1952. Cet habitant de Thieux « pas plus croyant que ça » y dépose une gerbe de temps en temps et, parfois passe un coup de « tracteur tondeuse dans le chemin d'herbe ».

« Elle a été enterrée ici mais aurait dû être dans le nouveau cimetière avec son mari, raconte-t-il. Mais finalement, ça ne s'est pas fait car le gars qui devait la transférer est mort au même moment. » Le faire aujourd'hui ? Il ne le souhaite pas : « Elle est bien ici. » Parmi les ronces et herbes folles que foulent encore quelques curieux.

«On va essayer de faire quelque chose», assure le maire de Campremy

« Abandonné, abandonné… » Nadine Guigot, maire de Thieux, marque une courte pause. « Il ne l’est qu’à moitié, se défend-elle. Il y a quelques années nous avons fait remettre des plaques de ciment sur certains caveaux. Et notre garde communal y vient de temps en temps débroussailler, mais il est seul et ne peut pas être partout. »

Pour autant, elle reconnaît que cela peut être dangereux. « Un jour j’ai dû y aller avec les pompiers pour en ressortir un chien », relate l’élue. Son homologue de Campremy, Dominique Commelin, soupire : « Niveau sécurité, ce n’est pas le top, mais la nature a repris ses droits, il y a trop de travail. »

Le cimetière étant situé sur leurs deux communes, toutes deux en sont propriétaires.Et si les maires ne sont pas responsables de l’entretien des tombes, leur pouvoir de police « induit une obligation générale de surveillance du cimetière », rappelle le code de la construction et de l’habitation. « On va essayer de faire quelque chose, poursuit Dominique Commelin. Je pensais mettre du sable dans les tombes mais je ne sais pas trop ce qui est légal ou pas. »Alertés, des responsables locaux ont pris attache auprès des élus. Frans Desmedt, conseiller départemental, a « conseillé de faire quelque chose en urgence », tandis qu’Alain Vasselle, président de l’Union des maires de l’Oise invite à « prendre les mesures nécessaires », rappelant toutefois qu’en cas d’accident, « la victime peut se retourner contre la municipalité mais aussi contre la famille qui n’a pas entretenu la tombe »