Oise : prison ferme pour le forcené de Bouconvillers qui s’était barricadé pendant 50 heures

L’homme de 35 ans s’était retranché chez lui avec de nombreuses armes à feu. C’est finalement le GIGN qui l’avait délogé. Il a été condamné ce lundi à deux ans de prison, dont un avec sursis, et placé en détention.

 Malgré de longues heures de négociations, c’est finalement le GIGN qui avait dû intervenir, en investissant de force le domicile du forcené.
Malgré de longues heures de négociations, c’est finalement le GIGN qui avait dû intervenir, en investissant de force le domicile du forcené.  LP/Arnaud Dumontier

Sur place, à Bouconvillers, petit village du sud de l'Oise, les gendarmes perçoivent un bruit qu'ils connaissent bien : celui des armes qui l'on recharge. Ensuite, leur vient le chuchotement des meubles que l'on déplace au sol. Les issues sont bloquées, ça y est, Fabrice Le Roy s'est barricadé chez lui. Très vite, les maisons mitoyennes sont évacuées, la route est entièrement bloquée.

La scène s'est déroulée le 21 janvier dernier, alors que des militaires venaient saisir des armes à feu que l'homme n'avait plus le droit de posséder. Pendant 50 heures, malgré la pluie, la grêle, le froid, l'obscurité, les tentatives de négociation se multiplient, pendant que des drones survolent sa demeure. Finalement, c'est le GIGN qui va rentrer de force dans le domicile, aux alentours de 17h30.

À l'intérieur, tout un arsenal : une carabine dans le dressing, des fusils dans les chambres… En tout, treize armes à feu ont été découvertes, dont une non déclarée, ainsi que deux cocktails Molotov.

« On a peur de perdre sa maison »

Devant le tribunal de Beauvais où il comparaissait ce lundi, Fabrice Le Roy, 35 ans, semble à bout de souffle. Commence une phrase, la termine dans un murmure. Son geste, le prévenu le justifie par une « psychose », qui s'est emparée de lui.

« Sur le coup, je voulais que tout le monde parte. » Alors, pourquoi n'a-t-il pas ouvert la porte, lui demande la présidente du tribunal. « On a peur, on a peur de perdre sa maison… » De nouveau le silence.

Et pourquoi la carabine était chargée s'il avait seulement peur et ne comptait pas tirer sur les forces de l'ordre ? « Je ne sais pas. » Ses mouvements sont limités, son regard fixe. À l'audience, se dessine en creux le portrait d'un homme qui a sombré. Depuis quelques mois, Fabrice s'est isolé, de « joyeux », il est devenu triste, racontent ses proches.

Séparé de sa femme et de ses deux filles, qu'il n'a pas vues depuis 2017, l'homme a quitté son travail en septembre dernier. « Si vous deviez décrire votre état psychologique ? » l'interroge-t-on. « Fatigué », répond-il. « Est-ce que vous vous considérez comme dépressif ? » ; « Peut-être. »

Un comportement qui interroge

En garde à vue, cet ancien formateur dans l'automobile raconte son ressentiment. Contre la justice qui n'a pas pris en compte sa situation pour déterminer une pension alimentaire, trop élevée pour lui. Contre les gendarmes, qui n'ont pas donné suite à une plainte déposée contre son ex-compagne. Contre les institutions, enfin, auxquelles il ne fait plus confiance… Mais devant le tribunal, il ne réussit pas à s'expliquer malgré les nombreuses questions.

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La magistrate finit par hausser la voix pour le faire réagir : « Moi-même, je suis souvent fatiguée, je ne reçois pas les gendarmes pendant 50 heures dans mon jardin. » Elle évoque ensuite la mort de trois gendarmes, tués par un forcené il y a un mois dans le Puy-de-Dôme. « Dans ces conditions, vous comprenez que votre comportement interroge et c'est un doux euphémisme. »

Le garde des Sceaux au téléphone

Un autre élément questionne les autorités : le coup de fil passé par le prévenu, alors barricadé, au parquet de Beauvais. Au bout du fil, Fabrice se présente comme le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, demande des renseignements sur l'état du siège et tente même de donner l'ordre que la gendarmerie se retire.

« Il s'en vante immédiatement auprès de son ami », rappelle Caroline Tharot, la procureure, qui pointe des « paradoxes et contradictions » chez ce « tireur sportif ». Face aux nombreuses questions en suspens, le prévenu a été condamné à deux ans d'emprisonnement, dont un an de sursis, avec un mandat de dépôt.