Oise : pour désengorger les cabinets, les ophtalmos se mettent à la téléconsultation

Un centre vient d’ouvrir à Noyon. Il offre des rendez-vous rapides aux patients pour des premiers examens et permet aux médecins de se concentrer sur les pathologies.

  Un centre de téléconsultation en ophtalmologie a ouvert à Noyon. Les patients s’y pressent. Beaucoup n’avaient pas consulté depuis des années.
Un centre de téléconsultation en ophtalmologie a ouvert à Noyon. Les patients s’y pressent. Beaucoup n’avaient pas consulté depuis des années. LP/Stéphanie Forestier

Après les généralistes, place aux ophtalmologues. Un centre de téléconsultation vient de voir le jour à Noyon. Avec toujours le même objectif : désengorger le système de santé. Car pour consulter un tel spécialiste dans l'Oise, mieux vaut s'armer de patience.

Le département de 825 000 habitants compte 46 professionnels. Soit 5,5 pour 100 000 habitants. Il est ainsi l'un des moins bien lotis de France, où l'on trouve en moyenne 9 spécialistes pour 100 000 habitants, et même 27 dans la capitale, selon les chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques).

Le manque se fait surtout ressentir au nord de la ligne géographique reliant Beauvais, Creil et Compiègne. Seuls trois y subsistent : deux à Noyon et un à Choisy-au-Bac. La Picardie Verte, par exemple, en est dépourvue. D'où l'installation de ce centre de téléconsultation dans la cité de Calvin, à l'initiative de l'association Doc Rezo.

«J'avais fini par me décourager»

En trois semaines, il est d'ailleurs déjà pris d'assaut. Le carnet de rendez-vous, plein. Ce jour-là, dans la salle d'attente, Marie-Madeleine attend son tour. Elle est venue avec son mari. « Je n'ai pas fait vérifier ma vue depuis six ans. Il était temps. Ma fille y est allée avec ses deux enfants de 7 et 10 ans et m'en a parlé en bien. C'est tellement compliqué d'avoir un rendez-vous, j'avais fini par me décourager. Je suis active, je conduis, je ne peux pas avoir une vue défaillante. »

Les ophtalmologues qui y officient sont installés dans un cabinet de Chamant, au sud de l'Oise. Dans le centre, toutefois, deux infirmières : Isabelle et Pauline, formées à la pratique d'un matériel de pointe équipé en imagerie médicale pour le premier examen de vue. Les résultats sont ensuite envoyés à l'un des sept professionnels de Chamant, qui dresse un diagnostic en quinze minutes.

Gilbert, cheminot à la retraite, n'a pas été dérouté par le processus. « Les infirmières expliquent bien. Elles sont compétentes et tout est validé par un médecin. J'ai appris que j'avais une légère tension à un œil. On a déjà convenu d'un suivi. »

Vendredi dernier, Adil Darugar était de permanence. « Nous pouvons détecter à distance un début de cataracte ou de DMLA (NDLR : dégénérescence maculaire liée à l'âge). Si c'est le cas, le patient est réorienté chez nous rapidement. La téléconsultation nous permet de nous concentrer sur l'activité pathologique et les urgences. Nous sommes noyés par les demandes de renouvellement de lunettes et ne pouvons pas non plus les ignorer, surtout que c'est au cours de ces examens qu'une maladie naissante peut être détectée. C'est un vrai dilemme. »

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Les ophtalmologues sont donc obligés de faire au plus pressé. « On doit trier les patients. Si vous m'appelez aujourd'hui, une urgence passe mi-décembre ; pour l'examen classique, ce sera en mars, au mieux », confie l'un d'eux, désirant rester anonyme.

«Ça ne pourra pas remplacer un suivi à long terme»

Pour le docteur Darugar, « ces nouveaux cabinets, c'est l'avenir ». « La téléconsultation doit se développer. Ça apporte un parcours de soins sur l'ensemble du territoire et ça nous place, ophtalmologues, en deuxième ligne. À Chamant, quand nous sommes 5 médecins, nous pouvons recevoir 200 patients par jour mais nous sommes aidés par des orthoptistes qui font le premier examen, comme le font les infirmières de Noyon. »

Si cette télémédecine est jugée intéressante par le président du syndicat national des ophtalmologues, Thierry Bour émet néanmoins des doutes : « Ça ne pourra pas remplacer un suivi à long terme. On a besoin de voir nos patients, de regarder leurs dossiers. Pourquoi pas alterner les consultations physiques et à distance ? Mais je n'imagine pas une population suivie en télémédecine sur dix ans », assure-t-il.

De son côté, l'agence régionale de santé (ARS) préfère rester neutre et ne souhaite pas s'exprimer « sur les initiatives portées par des opérateurs privés ». D'autant que l'Assurance maladie n'a pas encore donné son aval. La téléconsultation n'est donc pas remboursée et coûte 45 euros. Marie-Madeleine a fait ce sacrifice pour avoir son rendez-vous : « Je peux encore me le permettre même si c'est un budget. »

Les patients se laissent donc plus facilement convaincre que les hautes instances. « On négocie. C'est nouveau et ça prend du temps. Il faut convaincre les mutuelles, l'Assurance maladie… souligne Jean-Pascal Piermé », secrétaire général de Doc Rezo.

Ce remboursement, s'il est acté, permettra à Doc Rezo de s'étendre : « Notre association a pris un risque économique, précise le responsable. Nous avons injecté 100 000 euros dans ce matériel et ouvert deux autres centres à Hirson et Saint-Quentin (Aisne). Nous avons 50 sites en attente en France. »