Oise : les mesures sanitaires mettent à mal toute une partie de l’économie

Le dernier arrêté préfectoral vient assombrir encore plus l’avenir de la branche événementielle. Gérants de salle privée, traiteurs, animateurs… Tous sont au bord du gouffre.

 Saint-Léger-en-Bray. Le domaine du Colombier a subi une perte d’activité de 70 %. Seules quelques fêtes de mariage ont pu se dérouler en août. Traiteurs, DJ, toute la chaîne est impactée.
Saint-Léger-en-Bray. Le domaine du Colombier a subi une perte d’activité de 70 %. Seules quelques fêtes de mariage ont pu se dérouler en août. Traiteurs, DJ, toute la chaîne est impactée. DR

« Ces nouvelles restrictions, c'est le coup de grâce pour nous! » Cécile Rodrigues, propriétaire du domaine du Colombier, à Saint-Léger-en-Bray, ne cache pas sa colère après le dernier arrêté préfectoral qui interdit depuis samedi soir, entre autres, tout fête privée dans les établissements recevant du public.

« Nous n'aurons plus aucun événement d'ici à la fin de l'année, regrette-t-elle. Tout le planning s'est vidé au fur et à mesure, et là, on nous condamne les derniers mois de l'année. »

Cécile Rodriguez estime à 70 % sa perte d'activité. « On a passé notre temps à annuler et reprogrammer, insiste-t-elle. Certains mariages, on les a annulés trois fois. »

La première fête de mariage de l'année a été célébrée le 25 juillet. « Nous avions choisi d'attendre la fin juillet pour se mettre à l'abri de mauvaises surprises, explique-t-elle. Nous avons plutôt bien travaillé en août et en septembre, jusqu'à ce que le virus reparte et fasse à nouveau peur. »

«J'ai perdu 80 % de mon chiffre d'affaires»

A quelques kilomètres de là, au Pré-Marie d'Ons-en-Bray, le constat est le même. Gérald Cagné, propriétaire des lieux, vient d'être contraint d'annuler un mariage. « J'ai dû rembourser les arrhes, déplore-t-il. Le mariage avait déjà été reporté et les mariés étaient d'accord pour une célébration avec 30 personnes. Ce qui est impossible actuellement. »

Aujourd'hui, il lui reste encore un mariage programmé dans sa salle pour le 12 décembre prochain. « Il ne se tiendra que si les restrictions sanitaires ne sont pas prolongées en décembre, souligne Gérald Cagné. J'ai perdu 80 % de mon chiffre d'affaires. Tout a été reporté en 2021 et nous n'avons eu aucune rentrée d'argent. C'est une année quasi blanche en termes de revenus, ou plutôt une année noire. »

Les mariages ne sont pas les seules manifestations annulées. Il en va de même pour les séminaires et autre soirées spéciales. « Chaque week-end, avec l'office de tourisme, nous avions des groupes de 250 touristes qui venaient déjeuner. Tous ont été annulés, détaille encore Gérald Cagné. Même chose avec les séminaires de rentrée d'Isagri, Engie ou Groupama. La soirée Beaujolais, par exemple, ce n'est pas la peine non plus d'y penser. Face à cela, je continue de payer les charges et le salaire de mon employé chargé de l'entretien. »

Les salles privées dans le même panier que les salles des fêtes

Gérald Cagné regrette que les propriétaires de salle soient logés à la même enseigne que les salles des fêtes. « J'ai quatre salles qui me permettent d'accueillir 800 personnes, explique-t-il. Ma grande salle fait 460 m². Elle peut contenir 30 personnes en proposant plusieurs tables de 6 pour respecter la distanciation sociale, comme dans un restaurant. Il y a un traiteur, des serveurs qui peuvent veiller au respect des gestes barrière. On met les salles privées dans le même panier que les salles des fêtes où les gens prennent les clés le vendredi et font ce qu'ils veulent sans contrôle. C'est dommage. »

Le reste de la chaîne n'est pas épargné. « Pour chaque manifestation, je fais travailler de nombreux sous-traitants, indique Cécile Rodrigues. Je fais travailler des DJ, des traiteurs, des maîtres d'hôtel, des fleuristes, le boulanger-pâtissier d'Auneuil… Pour eux aussi, l'impact est terrible. »

Laurent et Hélène Wilmotte, couple de DJ de la société Sodium Sono de Fresnes-Léguillon, en font partie. Ils déplorent également l'annulation d'une soirée programmée samedi prochain. « Elle a été décalée à l'année prochaine, explique Laurent Wilmotte. On s'adapte, on n'a pas le choix. »

«Si je trouvais un acheteur, je vendrais tout de suite»

En dialogue permanent avec ses clients, le couple essaie de reprogrammer les soirées annulées. « On croule sous les dates en 2021 mais avec toute l'incertitude liée à l'état sanitaire, indique-t-il. On n'a quasiment pas travaillé et on terminera l'année avec 85 % de pertes. Si nous n'avions pas un deuxième travail, nous serions à la rue aujourd'hui. »

A Beauvais, Michel Palmas, patron de la Nonna, subit le même préjudice. Sa réputation lui permet de tenir, pour le moment. « Si je trouvais un acheteur, je vendrais tout de suite, avoue le restaurateur. Pour l'instant, je tiens uniquement grâce à mon activité de plats à emporter, que ma clientèle vient chercher le soir. Mais jusqu'à quand ? On n'a aucune perspective sur l'avenir. »

Depuis le début de l'année, il n'a fait que deux mariages et quelques cocktails. « Le dernier mariage, c'était la semaine dernière, à Bonlier, raconte-t-il. Au lieu de faire 50 couverts sur place, les mariés sont venus chercher 12 repas à emporter, avec une diminution conséquente du prix à la clé. »