Oise : l’usine de méthanisation mise en demeure après les odeurs nauséabondes

La société Bionerval, installée à Passel, est sommée de « mettre fin aux désordres », après des plaintes transmises cet été aux autorités. L’exploitant dit avoir répondu à une obligation sanitaire au regard du risque résiduel de Covid en traitant de manière ponctuelle des boues à l’origine des désagréments relevés par les habitants.

 L’usine de méthanisation Bionerval, qui produit de l’électricité grâce aux déchets organiques, est dans le viseur des autorités.
L’usine de méthanisation Bionerval, qui produit de l’électricité grâce aux déchets organiques, est dans le viseur des autorités. LP/Alexis Bisson

Dans les rues de Chiry-Ourscamp, mieux valait porter le masque cet été. Pour se protéger d'un risque de contamination au coronavirus ainsi que… des odeurs pestilentielles qui ont saisi la commune de 1 200 habitants.

« Comme une odeur de produits chimiques ou d'engrais et dès qu'il fait nuit, souffle un habitant. Ça donnait la nausée. » En fonction des vents, l'odeur « épouvantable », selon le maire (SE) Jean-Yves Bonnard, se faisait sentir du côté de Passel, Sempigny, Pont-l'évêque, ou même Noyon. « Même au Mont Saint-Siméon, j'étais obligé de fermer toutes les fenêtres », se souvient ainsi Karim.

« C'est seulement par moments, mais c'est une puanteur, ça sent très fort », confirme Sébastien, qui habite la rue du Point-du-Jour, à Chiry-Ourscamp. C'est depuis cette rue, à la sortie de la commune, que sont parties les premières pétitions et plaintes adressées aux autorités.

« Odeurs nauséabondes persistantes »

Dans le viseur des habitants? L'usine de méthanisation Bionerval, située à seulement quelques centaines de mètres des premières habitations, au sein de la zone d'activité de Passel.

Dans un arrêté préfectoral en date du mois d'août, la société a été mise en demeure de « mettre fin aux désordres » et de faire cesser la nuisance olfactive.

Selon les autorités, les odeurs fortes étaient perceptibles à l’extérieur du site et à l’intérieur.LP/Alexis Bisson
Selon les autorités, les odeurs fortes étaient perceptibles à l’extérieur du site et à l’intérieur.LP/Alexis Bisson  

Lors d'une « visite inopinée » sur place, le 30 juin, les agents de l'inspection des installations classées vont en effet constater « la présence d'odeurs nauséabondes persistantes de fermentation ou de putréfaction provenant des installations de la société ».

Pour les enquêteurs, qui jugent les plaintes « fondées », la situation est telle qu'elle « porte atteinte à la commodité du voisinage ».

Le « cahier des odeurs »

Une mise en demeure saluée par le maire de la commune qui avait lui même demandé la « fermeture » de l'usine. L'édile reprochait notamment à la direction de Bionerval un manque de transparence sur les causes de ces nuisances.

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« Même quand les odeurs se sont intensifiées, à partir du mois de mars, ils ont continué à nier et m'ont assuré qu'il n'y avait aucun changement dans leur processus, confie Jean-Yves Bonnard. Ils ne sentaient plus rien, ou ne voulaient rien sentir. »

Dans sa mairie, le « cahier des odeurs », mis à la disposition des habitants depuis l'installation de l'usine de méthanisation, s'est rapidement rempli ces derniers mois. « Ça nous a permis d'avoir un suivi de la situation devant la mauvaise foi avérée de Bionerval », apprécie le maire.

« Une situation exceptionnelle »

Huit mois après les premières émanations, Bionerval, dont le plan d'épandage s'étend aujourd'hui sur 6 000 ha pour produire son électricité « verte », fait valoir « une situation exceptionnelle. »

Selon sa direction, les « odeurs nauséabondes » décrites par les services de l'Etat sont directement liées à la période du confinement qui a figé le pays à la mi-mars.

Car dès les premières semaines, les communes font face à une difficulté (parmi tant d'autres) : que faire des boues provenant des stations d'épuration ? En raison de la « présence possible du gène du Covid-19 » dans ces boues, leur épandage est alors interdit par les autorités. Obligeant les stations d'épuration à trouver d'autres solutions pour s'en débarrasser.

Des structures de l'agglomération compiégnoise vont ainsi se tourner vers Bionerval, qui avait la capacité technique de traiter ces résidus.

« Une obligation sanitaire »

« Nous avons répondu favorablement à cette injonction, appuie Pascal Wilser, de la société Bionerval. Nous étions dans l'obligation de traiter ces boues, c'était une obligation sanitaire au regard du risque résiduel de Covid. C'était une gêne ponctuelle et nous nous excusons auprès des habitants. »

La société dit aujourd'hui « prendre acte » de cette mise en demeure et assure que les choses se sont, depuis, « normalisées ».

Dans son arrêté, la préfecture somme néanmoins la société de « mettre fin aux désordres », en procédant aux opérations nécessaires. L'usine de méthanisation doit ainsi réaliser « pour fin octobre une étude qualitative et quantitative des odeurs » et proposer « un plan d'actions correctives afin de réduire de façon significative l'impact olfactif du site sur son environnement ».

« Ça nuit à l'image de la commune »

Sur place, les riverains s'accordent eux aussi à dire que les odeurs n'ont pas refait surface dernièrement. Mais qu'arrivera-t-il si la crise sanitaire devait conduire la société à traiter une nouvelle fois ces boues d'épuration ?

« On a conscience de notre impact environnemental, assure Bionerval. Il faudra sans doute trouver d'autres solutions techniques et traiter à l'avenir ces produits d'une autre manière. »

Le maire de Chiry-Ourscamp reste pour sa part prudent. « Ici, on voudrait ne plus rien sentir de mauvais. Ça faisait plusieurs années qu'il n'y avait plus d'odeurs et on souhaiterait que ça ne recommence pas. Car cela nuit aussi à l'image de la commune. »