Oise : «L’hôtel des confinés» veille sur les malades du Covid qui n’ont pas pu s’isoler

Depuis le 1er juin, un hôtel de Compiègne s’est transformé en centre d’hébergement pour accueillir les malades du Covid-19 qui ne peuvent pas se confiner par leurs propres moyens. Un cas unique dans l’Oise.

 Jaux (Oise), le 12 octobre 2020. L’hôtel Première classe, réquisitionné depuis le 1er juin, a déjà accueilli 135 personnes. Elles sont notamment prises en charge par Sandrine et Ophélie, travailleuses sociales chez Coallia.
Jaux (Oise), le 12 octobre 2020. L’hôtel Première classe, réquisitionné depuis le 1er juin, a déjà accueilli 135 personnes. Elles sont notamment prises en charge par Sandrine et Ophélie, travailleuses sociales chez Coallia. LP/Alexis Bisson

Pris dans les bourrasques de ce frais matin d'octobre, coincé au fin fond de la zone commerciale de Jaux-Venette (Oise), le site a des airs d'hôtel fantôme. « Hôtel fermé, accès interdit sans autorisation », est-il écrit sur le portail clos devant lequel flotte un ruban de signalisation rouge et blanc. Ce même ruban qui entoure l'ensemble de l'établissement compiégnois et son parking désert.

L'hôtel Première classe n'a pourtant pas baissé le rideau. Depuis le 1er juin, l'enseigne de la chaîne d'hôtels à bas coût a été réquisitionnée par les services de l'Etat pour être transformée (provisoirement) en centre d'hébergement et de stabilisation (CHS).

Son rôle : prendre en charge les malades infectés par le Covid-19 qui ne sont pas en mesure, faute d'alternatives, de se placer eux-mêmes à l'isolement. Bienvenue à « l'hôtel des confinés », le seul aujourd'hui en place dans les trois départements picards.

« Il fallait isoler tout de suite les personnes malades »

Un hôtel particulier dont le fonctionnement est assuré par l'association Coallia, qui propose des solutions d'hébergement et un accompagnement social aux migrants. Avant de poser ses valises au Première classe de Jaux, ce centre de confinement s'était mis en place, dès le mois de mars, dans les locaux du centre Epide de Margny-lès-Compiègne.

Alors que l'Oise est à l'avant-poste de l'épidémie de coronavirus en France, une trentaine de malades ayant contracté la maladie vont y être accueillis dans un premier temps. Il s'agit de circonscrire l'incendie au moment où nombre de clusters se font jour dans les centres d'hébergement du département. Au mois de mai, une dizaine de résidents avaient ainsi contracté le virus au sein du foyer Coallia de Compiègne.

« Il fallait isoler tout de suite les personnes malades et éviter la propagation du virus au sein de nos centres d'hébergement, rembobine Sandrine Crapez, directrice de l'unité territoriale de l'Oise chez Coallia. Au départ, on a monté ce projet en un week-end, grâce à l'appui de salariés volontaires. Ça a été un véritable challenge. »

«Je suis rassurée d'avoir pu m'éloigner de ma famille»

Au mois de juin, dans la foulée du déconfinement, le centre déménage et prend ses quartiers entre les murs de l'hôtel Première classe, dans le cadre d'une convention reconduite chaque mois avec les services de la préfecture et l'agence régionale de santé (ARS).

Cette fois, les malades du coronavirus ne sont plus les seuls à y être admis. Les cas contact, le plus souvent des membres de la famille d'un malade, y sont également logés. « C'est une configuration qui permet d'être moins coupé du schéma familial, insiste Claire Fosse, l'infirmière coordinatrice. Et pour ceux qui sont seuls, il y a ici une prise en charge psychologique liée à l'isolement. »

Jaux (Oise), le 12 octobre 2020. L’accès à l’hôtel Première classe est strictement interdit. LP/Alexis Bisson
Jaux (Oise), le 12 octobre 2020. L’accès à l’hôtel Première classe est strictement interdit. LP/Alexis Bisson  

Ce lundi matin, ils sont dix (trois cas contact et sept personnes testées positives) à avoir investi quelques-unes des 70 chambres que compte l'établissement hôtelier (40 sont aujourd'hui à la disposition du centre d'hébergement). Testés à leur arrivée, ils resteront sur place sept jours, soit la nouvelle durée d'isolement imposée par les autorités.

Parmi les nouveaux arrivés, il y a Rose (le prénom a été modifié) qui s'est installée mercredi dernier, après un test positif au Covid-19. Elle ne vient pas d'un centre d'hébergement mais vit dans un appartement, à Bondy (Seine-Saint-Denis), avec une partie de sa famille. D'ailleurs, sur place, sa voisine de chambre n'est autre que… sa fille, chez qui elle a tenté de se placer à l'isolement pendant deux jours et qui a dû, à son tour, être confinée, infectée par le virus.

« Mes autres enfants ont de gros problèmes de santé, et chez nous c'est trop petit, on est tous ensemble, alors j'ai voulu m'isoler par mes propres moyens, glisse la mère de famille, d'une voix douce. Aujourd'hui, je suis rassurée d'avoir pu m'éloigner de ma famille et m'isoler. »

«Ça n'est pas l'hôtel»

Au total, depuis le début de la crise sanitaire en mars, près de 170 résidents ont été pris en charge par ce dispositif, dont 135 sur le seul site de Jaux.

« Il n'y a aucune visibilité sur les arrivées, concède Sandrine Crapez. Il y a eu un pic en juin, puis en septembre avec 42 accueils. Il nous faut à chaque fois beaucoup de réactivité. Nous n'avons jamais fonctionné à zéro patient, mais on peut avoir de grosses arrivées d'un coup. » Jusqu'à 19 personnes ont été hébergées simultanément.

Chaque jour, une équipe de deux salariés de Coallia est présente sur place, appuyée par le passage de deux infirmiers, et un veilleur de nuit.

Dans les habits de réceptionniste d'un nouveau genre (surblouse, charlotte de protection, lunettes, masque de protection respiratoire…), il y a ce jour-là Sandrine et Ophélie, deux travailleuses sociales de Coallia. Sur place, entre deux passages par le sas d'habillage et de déshabillage, elles sont notamment chargées de la distribution des repas et veillent sur la santé des résidents.

« Ça n'est pas l'hôtel mais on se doit de leur offrir cet accueil et rendre cette période d'isolement la moins difficile possible », insiste Sandrine Crapez.

Entre deux lectures et quelques paperasses administratives à régler, Rose a vite pris le pli de cette vie entre parenthèses. « Ici, ils sont aux petits soins, sourit la mère de famille. C'est presque comme si on se connaissait depuis toujours. Il y a eu un très bon accueil, dès l'arrivée. Je suis venue dans l'Oise et je ne regrette pas. Ici, l'air est plus frais, plus pur. J'aimerais bien venir m'y installer… »

VIDÉO. Un hôtel trois étoiles pour se remettre tout doucement du coronavirus