Oise : il avait poignardé à mort son «ami d’enfance» sur le parking du cimetière

Emmanuel L. comparaît à partir de mercredi devant la cour d’assises de l’Oise pour le meurtre d’Hafid Mallouki, le 3 novembre 2017, à Ivry-le-Temple.

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 Hafid Mallouki a été tué d’une quinzaine de coups de couteau le 3 novembre 2017, à Ivry-le-Temple.
Hafid Mallouki a été tué d’une quinzaine de coups de couteau le 3 novembre 2017, à Ivry-le-Temple.  LP/F.C.

A peine garé devant le cimetière d'Ivry-le-Temple (Oise), Dominique (le prénom a été modifié) est pris de panique. Au pied du capot maculé de sang d'une Clio blanche gît un homme, face contre terre. « C'est mon fils », s'écrit-il en se précipitant vers le cadavre. Il est 19 h 50 et c'est ici qu'Emmanuel L. lui avait donné rendez-vous trente minutes plus tôt en quittant le domicile familial, ce 3 novembre 2017.

Mais après avoir retourné le corps, il comprend qu'il s'agit d'un autre. De retour chez lui, Dominique voit son fils revenir, les vêtements ensanglantés. Ce dernier finira par confirmer les craintes du paternel : « C'était lui ou c'était moi. »

Emmanuel L. est jugé à partir de mercredi, à Beauvais, devant la cour d'assises de l'Oise. Pendant trois jours, cet homme de 40 ans devra s'expliquer sur cette sanglante soirée. Comment en est-il arrivé à poignarder plus d'une quinzaine de fois Hafid Mallouki?

S'il a reconnu le meurtre, Emmanuel L. a toujours maintenu la même version : c'est la victime, âgée de 39 ans au moment des faits, qui l'aurait agressé et menacé de mort en raison d' une dette sur fond de trafic de stupéfiants.

Une dette de 3200 euros à l'origine du meurtre ?

Ce jour-là, les deux hommes ont rendez-vous. Emmanuel L. connaît bien Hafid Mallouki, qu'il considère comme un « ami d'enfance ». Scolarisés ensemble, ils ont aussi partagé la même cellule de prison en 2006. Mais le premier n'est pas tranquille.

Selon ses dires, il doit 3200 euros à sa future victime, pour un kilo de résine de cannabis que celui-ci lui aurait fourni. Mais cet argent, Emmanuel L. ne l'a pas. Alors, pour gagner du temps, il demande à son « ami » de le conduire au cimetière d'Ivry-le-Temple où il doit « récupérer l'argent d'un client ».

Mais une fois sur le parking, la situation dégénère dans l'habitacle de la voiture. D'après le mis en cause, la victime sort un couteau et le lui place sous la gorge. Emmanuel L. aurait réussi à retourner la lame et la planter dans la gorge de son agresseur.

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Et va ensuite s'acharner contre Hafid Mallouki en lui assénant de nombreux coups, y compris en dehors du véhicule dont la victime s'était extraite jusqu'à ce que son créancier s'effondre et se vide de son sang.

Un crime d'une «violence incompréhensible»

Au procès, Emmanuel L., dont le casier judiciaire comporte 17 mentions, devrait maintenir ce même récit d'une altercation sur fond de stupéfiants qui a pris une tournure mortelle.

Contactée, son avocate, Me Domitille Risbourg, ne souhaite pas s'exprimer avant l'audience. Mais pour Paul-Henri Delarue, avocat de la famille d'Hafid Mallouki, c'est l'accusé qui a ramené un couteau le jour des faits. Et non l'inverse.

« Malgré les recherches des gendarmes, l'arme n'a jamais été retrouvée, ce qui me pousse à croire qu'elle a été sciemment cachée par Emmanuel L., afin qu'on ne puisse pas en retracer l'origine. »

Selon lui, la thèse d'un règlement de comptes lié à une dette de drogue ne tient pas non plus. « M. Mallouki avait effectivement des antécédents mais qui dataient de presque dix ans », rappelle l'avocat, qui décrit la victime comme « rangée » à l'époque des faits.

« Le problème est que la seule version retenue, c'est celle d'un homme qui a commis un crime odieux et dont la violence reste incompréhensible à ce jour », regrette-t-il. Le verdict est attendu vendredi.