Oise : «Ce n’est pas un accident, c’est une exécution»... l’ex-avocat condamné à 23 ans de prison

Thierry Deblangy a plaidé le jeu sexuel pour justifier la mort de sa femme. Une thèse qui n’a pas empêché la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais, de le condamner ce lundi soir.

 Beauvais (Oise), le 28 septembre 2020. L’ex-avocat a été condamné à 23 ans de réclusion criminelle.
Beauvais (Oise), le 28 septembre 2020. L’ex-avocat a été condamné à 23 ans de réclusion criminelle. LP/Patrick Caffin

«J'ai tué Aurélie!» C'est par cette phrase, quasiment criée face au jury, qu'avait commencé ce lundi le troisième et dernier jour du procès de Thierry Deblangy, l'ex-avocat du barreau de Beauvais (Oise) accusé d'avoir étranglé sa femme le 18 juin 2017. Reconnu coupable, il a été condamné dans la soirée à 23 ans de réclusion criminelle.

Cette dernière journée d'audience à la cour d'assises de l'Oise a été l'occasion d'examiner la nouvelle version des faits donnée par l'accusé. Thierry Deblangy assure qu'il « n'a pas donné la mort de façon intentionnelle » et plaide « le jeu sexuel qui a dégénéré ». « Le courrier que j'ai envoyé au juge était pour rétablir la vérité et cela m'a libéré, affirme-t-il. J'ai commis un acte impardonnable et peu importe les circonstances. J'étais dans l'incapacité physiquement et mentalement de relater à nouveau cette scène. »

«Je suis responsable et je vis avec»

L'accusé sortira d'ailleurs de la salle lorsque la présidente lira le courrier de douze pages où il décrit précisément les faits. Dans cette lettre, on apprendra qu'après une énième dispute, « Aurélie est venue le solliciter pour faire l'amour », raconte-t-il. « Elle est venue sur moi, on l'avait déjà fait avec un foulard et une ceinture. Je n'ai pas vu quand elle a perdu connaissance. Un moment, sa tête est apparue, j'ai vu les points bleus mais c'était trop tard. »

Interrogé sur le fait que cette version arrive 18 mois après les faits, l'accusé assure que « ce n'est pas un revirement opportuniste ». « Vous n'avez pas compris mon état d'esprit, ajoute-t-il. Ce que j'ai écrit est exact, je suis responsable et je vis avec. La seule chose qui peut faire disparaître cette souffrance, c'est le suicide mais je suis trop lâche pour ça. La société me condamnera à ce qu'elle veut, j'en ai rien à faire ! »

Une version «inventée » pour l'avocate générale

Cette version, Caroline Tharot, l'avocate générale, la rejette en bloc. « Vous avez le droit et le devoir de ne pas le croire, lance-t-elle. La mort d'Aurélie, ce n'est pas un accident, c'est une exécution ! » Pour étayer sa démonstration, elle relate la chronologie des faits. « A 17 h 21, il appelle son ami pour lui dire : Elle est morte, ferme ta gueule. Cinq minutes après, avec une absence totale de panique, il appelle les secours en précisant : Elle est morte de chez morte ! » L'avocate générale enfonce le clou et juge la version du jeu sexuel « incompréhensible, incohérente et inventée ».

Et Caroline Tharot de rappeler les premiers interrogatoires de l'accusé où il déclarait pour expliquer son non-suicide, « c'est elle qui me fait la misère, ce n'est pas à moi de mourir » ou un SMS envoyé à son ami. « Il lui donne rendez-vous en prison, pas à l'hôpital ou au cimetière », précise-t-elle. Après avoir demandé au jury « d'écarter la thèse de l'accident et de le déclarer coupable de meurtre aggravé », l'avocate générale a requis 30 ans de prison.

La défense avait demandé «un peu d'humanité» au jury

Un réquisitoire jugé « impitoyable » par Me Varin, avocat de la défense qui a demandé « un peu d'humanité » au jury. Il assure que son client n'est pas dans la stratégie. « Quel intérêt aurait-il eu de ne pas prévenir son avocat de cette seconde version ? », s'interroge-t-il. Me Varin a tiré à boulets rouges sur l'instruction qui a omis « d'interroger l'avant-dernière compagne de [son] client qui a vécu neuf ans avec lui ».

Il s'est aussi demandé pourquoi « le juge d'instruction n'a pas demandé une nouvelle expertise psychiatrique et une deuxième reconstitution après avoir pris connaissance de la nouvelle version de [son] client ? » Pour lui, la thèse du jeu sexuel explique « l'absence de réaction du chien dressé pour l'attaque » mais aussi celle « de la victime puisque [son] client obéit à sa demande ».