Oise : baisse des commandes, mort de son fondateur… rien ne va plus pour l’entreprise Smow

Une succession d’événements négatifs, dont la crise liée au Covid-19, a achevé la société de mécanique et d’outillage Smow, placée en redressement judiciaire. 21 salariés sont sur la sellette.

 Bresles, ce lundi. Mehdi Necer, patron de Smow, a trois mois pour sauver l’entreprise familiale placée en redressement judiciaire.
Bresles, ce lundi. Mehdi Necer, patron de Smow, a trois mois pour sauver l’entreprise familiale placée en redressement judiciaire. LP/Patrick CAFFIN

Le 3 novembre prochain, le tribunal de commerce décidera si la société d'usinage Smow, basée à Bresles, vivra ou pas. Placée en redressement judiciaire début septembre, l'entreprise de mécanique et d'outillage, créée en 1992, avait trois mois pour trouver une solution et sauver l'emploi de ses 21 salariés.

C'est une triste conjugaison de « catastrophes » qui a poussé Smow au bord du gouffre. Elle a d'abord été victime de son succès reconnu en termes d' innovations.

Depuis une dizaine d'années, cette entreprise familiale présente quasiment tous les ans un produit innovant au concours Lépine. A chaque fois, ou presque, le produit est primé. Le scarificateur (un outil qui vérifie l'adhérence du vernis ou de la peinture), le Masterbilles (un établi sur roulement à billes), le Géner'chocs (un tournevis pour dévisser les vis grippées) ont ainsi reçu une médaille d'or. Lors du dernier concours Lépine, en 2019, le Detox'Fire, un barbecue à cuisson verticale avec parois en vitrocéramique, était lui reparti avec une médaille de bronze.

Des innovations sans retour sur investissement

Sauf que « nous avons oublié notre cœur de métier qui est avant tout la sous-traitance mécanique, regrette Mehdi Necer, directeur de Smow. Nous nous sommes lancés à fond dans l'innovation en sous-évaluant la phase commerciale de ces projets. »

Même primés, les produits Smow ne se sont quasiment pas retrouvés sur le marché. « Nous avons investi plus de 300 000 euros dans ces inventions avec très peu de retour sur investissement, explique Mehdi Necer. Il faut déposer un brevet, lancer la fabrication d'un prototype, puis d'un premier de série avant de lancer une campagne de marketing et trouver un distributeur. Nos produits ont été très peu commercialisés. La vente directe ne rapporte pas assez. »

Au printemps dernier, l'entreprise a dû également surmonter le décès de son président-fondateur, Nadir Necer, au moment où la crise sanitaire explosait. « Ça a été un ouragan qui a tout emporté, raconte Mehdi Necer. Avec la mort de mon père, j'ai déjà beaucoup perdu. Je ne veux pas perdre en plus l'entreprise qu'il a créée de ses mains. »

Une baisse d'activité de 70 %

La succession a été difficile à réaliser dans ce contexte. « Il a fallu expliquer aux salariés, aux clients, qu'on allait changer de stratégie, nous recentrer sur notre corps de métier, indique Mehdi Necer. Ce n'était pas évident, surtout durant cette période anxiogène. »

Frappée de plein fouet par la crise du coronavirus, Smow va en effet perdre plus de 70 % de son activité. « Nous n'avons reçu aucune aide, déplore le directeur. Les banques ne voulaient pas nous soutenir et notre demande de prêt garanti par l'Etat a été retoquée. »

La seule mesure acceptée a été la mise en chômage partiel de certains salariés. « C'est toujours le cas aujourd'hui, précise Mehdi Necer. Il y a un roulement hebdomadaire au sein de l'effectif avec une partie des salariés placée en chômage partiel. »

Seule éclaircie : depuis septembre, l'activité semble légèrement repartir. « Il y a des commandes, des consultations qui reviennent, confirme le directeur. Nous avons relancé les prospections pour avoir le plus de volume d'affaires possible avant l'échéance du 3 novembre. Nous pouvons travailler dans plusieurs domaines : l'aéronautique, l'armement, la défense, l'agroalimentaire, l'imprimerie, la verrerie… Cela nous donne un peu d'espoir. »

L'aide des collectivités attendue de pied ferme

Mehdi Necer s'y accroche. « On a un savoir-faire, une expérience et une expertise de métier qui sont des atouts pour survivre, souligne-t-il. Pour nous en sortir, nous n'avons que deux solutions : soit une entreprise entre dans notre capital et nous soutient financièrement, soit nous vendons. Même si je préfère la première option, je veux juste sauver tout ce qui peut être sauvé. »

Le chef d'entreprise lance également un appel à l'aide aux collectivités. « Le ministre du Travail a dit que pas une PME ne serait laissée sur le bord de la route, rappelle-t-il. La région, l'agglomération du Beauvaisis ont débloqué des fonds pour aider les entreprises en difficulté. Il est temps de passer des paroles aux actes. »