Oise : à l’école de la forêt, on rêve d’écologie mais pas de scierie

L’unique BTS de gestion forestière des Hauts-de-France est submergé de demandes. Mais en son sein, certains métiers du bois échouent à trouver des jeunes motivés.

 Les étudiants en BTS Gestion forestière de l’institut Charles-Quentin se familiarisent avec leur futur métier.
Les étudiants en BTS Gestion forestière de l’institut Charles-Quentin se familiarisent avec leur futur métier. LP/Stéphanie Forestier

Soucieux de l'environnement, de plus en plus de jeunes décident de consacrer leur carrière à la défense de l'environnement. Les BTS en gestion forestière, dont les inscriptions vont débuter avec l'arrivée du mois de décembre, sont par exemple très demandés. Mais au sein de ce BTS, certains métiers du bois et de la forêt sont boudés. Méconnus, jugés trop physiques, ils peinent à recruter. Une campagne médiatique d'ampleur nationale devrait voir le jour au printemps 2021 pour changer la donne.

En France, une vingtaine d'écoles seulement proposent ces formations. Dans les Hauts-de-France, on n'en retrouve qu'une, à Pierrefonds : l'institut Charles-Quentin.

« Nous avons eu 200 demandes cette année, une trentaine a été acceptée, confie Saïd Belkacem, le coordinateur de la formation. C'est un BTS de bon niveau et difficile, un tremplin pour mener des études supérieures le plus souvent. La plupart de nos étudiants poursuivront avec une licence en gestion durable, cartographie, gestion de l'eau ou encore conseiller forestier. » Mais très peu, donc, voudront devenir bûcheron par exemple…

LP/Stéphanie Forestier
LP/Stéphanie Forestier  

Pour s'en rendre compte, il suffit d'aller à leur rencontre. Une trentaine d'étudiants de l'institut étaient, mardi, en forêt de Compiègne, guidés par un agent de l' Office national des forêts (ONF), pour une présentation du massif.

Clément, 18 ans, de Villepinte (Seine-Saint-Denis), voudrait devenir animateur forestier à l'ONF. Jérémi, 20 ans, de Choisy-au-Bac, a quant à lui une idée encore floue de son futur métier : « Ma famille a un bois privé, j'y allais souvent. On l'entretenait. Pour moi, ce sont des métiers d'avenir. Les grandes entreprises ont toutes besoin de conseillers en environnement, en gestion des déchets… »

Dans le groupe, beaucoup s'intéressent donc aux métiers dits « nobles », quand les plus physiques sont ignorés. « C'est général, confirme Fabienne Delabouglise, déléguée régionale de l'interprofession, Fibois. Quand il y a une résistance physique, une hygiène de vie stricte à avoir, les jeunes abandonnent assez vite. »

«La forêt a besoin de l'homme»

Elle remarque aussi que la réalité d'une forêt est méconnue, à l'heure où le grand public s'indigne régulièrement lors de campagnes d'abattage d'arbre s pourtant menées pour la santé des lieux. « La forêt a besoin de l'homme. Il nous faut mieux expliquer la palette des métiers à disposition, poursuit Fabienne Delabouglise. Les coopératives forestières, par exemple, recherchent des professionnels pour gérer les bois privés. Il y a aussi une grande pénurie en scierie. »

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Laurent Denormandie, notamment directeur de Sylvabois, entreprise de transformation de bois, confirme : « On cherche et on ne trouve pas. Dans une scierie, cela fait quatre ans qu'on prospecte afin de trouver un numéro 2 pour assurer la relève. Mais c'est mission impossible. Il y a pourtant du travail dans ce secteur en tant que bûcheron, pilote d'engin, opérateur de machine… Aujourd'hui, il y a de la technologie embarquée dans les machines, c'est moderne et technique. Les jeunes ont une vision désuète voire rétrograde de nos métiers. Un bûcheron, ce n'est pas un homme en chemise à carreaux qui coupe son bois avec une hache ! »

Mehdi, 20 ans, le pensait, avant de découvrir « cet autre monde ». Originaire de Goussainville, dans le Val-d'Oise, il s'est fait charrier par ses copains de cité quand il a choisi son BTS. « Dans mon quartier, on m'appelle le bûcheron. Et quand j'en ai parlé à ma conseillère pédagogique, elle s'est demandé où je partais ! »

Son profil dénote, en effet. Souvent, les aspirants forestiers sont issus du milieu. « Je dois être le seul qui vient d'une cité. Beaucoup ont de la famille dans l'agriculture ou dans la filière bois », explique l'étudiant en première année.

«Les forestiers le sont souvent par héritage familial»

Un constat partagé, à regret, par un professionnel qui souhaite rester anonyme : « Le secteur forestier est par essence discret et ancré dans les territoires. Les parents, premiers prescripteurs de l'orientation, ne poussent généralement pas leurs enfants dans les métiers de terrain d'une manière générale depuis des décennies. A contrario, les forestiers le sont souvent par héritage familial. »

C'est comme ça que Bénigne Planchenault a intégré l'Unité territoriale de l'ONF à Compiègne l'an passé. À 24 ans, il a d'abord travaillé en laboratoire et a vite changé de cap. « Je suis revenu à la forêt de manière naïve. Mon grand-père avait quelques hectares de bois, on se chauffait avec. Sur les quinze que nous étions dans ma promotion dans les Vosges, cinq sont entrés à l'ONF. Ici, je me sens utile. Travailler dans la transformation du bois ne m'avait pas effleuré l'esprit. » L'enjeu est désormais de convaincre de l'intérêt de ces métiers, ceux qui ne les ont jamais approchés.