Attentat de Conflans : sa pancarte «Mort en saignant» fait polémique, le Compiégnois s’explique

Reprise par de nombreuses personnalités sur les réseaux sociaux, la photo du militant de Compiègne, Benjamin Belaïdi, avec Assa Traoré, est cible de critiques.

 Paris, dimanche. En posant avec cette pancarte et Assa Traoré, Benjamin Belaïdi, éducateur compiégnois, s’est retrouvé au cœur d’une polémique.
Paris, dimanche. En posant avec cette pancarte et Assa Traoré, Benjamin Belaïdi, éducateur compiégnois, s’est retrouvé au cœur d’une polémique. Capture d’écran

Son visage, masqué, est diffusé par des dizaines de milliers de personnes dans toute la France. L'éducateur sportif de Compiègne, Benjamin Belaïdi, est, depuis dimanche soir, au cœur d'une polémique qui s'est propagée via les réseaux sociaux. À l'origine de celle-ci, une photo faite, le même jour, lors du rassemblement en hommage à Samuel Paty, l'enseignant assassiné dans les Yvelines.

De toutes les luttes ou presque depuis quinze ans « pour le vivre ensemble », le militant compiégnois se rend donc une nouvelle fois place de la République, à Paris. Car « je ne fais pas le tri dans mes combats en fonction du prénom des victimes, peu importe. Je n'accepte pas que l'on tue pour des idées ou une religion », rappelle le trentenaire.

Sur sa petite pancarte, il écrit « RIP Samuel, mort en saignant ! » Lors de sa déambulation, il retrouve des membres du collectif Adama Traoré, qu'il a déjà soutenu à de nombreuses reprises. Après avoir répondu à une ou deux interviews, le militant fait une photo avec Assa Traoré, Mams Yaffa - adjoint au maire du XVIIIe arrondissement de Paris - et avec sa pancarte.

Capture d’écran Twitter
Capture d’écran Twitter  

C'est la sœur d'Adama Traoré qui partage alors le cliché sur son compte Instagram. « À aucun moment je n'ai pensé que cela puisse faire polémique », jure Benjamin Belaïdi ce lundi matin.

Pourtant, sur Twitter notamment, le chroniqueur Éric Naulleau, le commentateur sportif Pierres Ménès ou encore la députée (LREM) Aurore Bergé « s'indignent ». « Le véritable visage d'Assa Traoré qui vient prétendument manifester son soutier à Samuel Paty en tournant sa mort en dérision par un jeu de mots ignoble », écrit Eric Nolleau. « Dis-moi que c'est un montage », lui répond Pierre Ménès.

Sauf que pour Benjamin Belaïdi, ces réactions sont la preuve d'un « racisme décomplexé ». « Ce slogan n'est pas de mon imagination. Je l'ai repris après l'avoir vu sur de nombreuses pancartes d'enseignants ! Ces critiques instrumentalisent la photo. Lorsque des personnes non-racisées ont ce slogan, cela ne pose pas problème », se défend-il, excluant tout communautarisme. Tout au long de cet après-midi, il aurait été pris en photo avec cette pancarte sans jamais recevoir de réflexions.

Depuis, Pierre Ménès a d'ailleurs retiré son message : « On m'a démontré que cette pancarte était utilisée par d'autres. Du coup ça n'a plus lieu d'être. »

Il porte plainte pour diffamation

Aussi accusée de vouloir faire de la récupération avec son t-shirt « Justice pour Adama », Assa Traoré est « piégée », selon Benjamin Belaïdi. « Nous ne serions pas venus, nous aurions été critiqués. Nous venons, nous le sommes aussi », termine l'éducateur sportif.

Ce mardi, le militant compiégnois qui reçoit de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux a décidé de porter plainte contre Eric Naulleau et le syndicat de police pour diffamation. Il leur reproche d'avoir « attisé toute cette haine ».