Montataire : depuis vingt ans, ils aident les victimes de l’amiante

L’Association de défense des victimes de l’amiante de la sidérurgie dans les usines de Montataire a aidé près de 300 personnes depuis sa création en 2000.

 L’association de défense des victimes de l’amiante de la sidérurgie dans les usines de Montataire accompagne les victimes de l’amiante dans le montage de leur dossier.
L’association de défense des victimes de l’amiante de la sidérurgie dans les usines de Montataire accompagne les victimes de l’amiante dans le montage de leur dossier. LP/Simon Gourru

S'il n'a encore développé aucun symptôme, cela n'empêche pas Henri-Pierre Dudebout d'être anxieux. « Ça vous trotte dans la tête, comme une menace permanente. On se réveille la nuit en y songeant, lâche-t-il en soufflant. C'est que j'ai des petits enfants, j'aimerais les voir grandir. »

Alors, ce mardi matin-là, il a pris une partie de son dossier d'une quarantaine de kilos pour se faire assister par l'Association de défense des victimes de l'amiante de la sidérurgie dans les usines de Montataire. Depuis sa création il y a vingt ans, l'Advasum a aidé environ 300 personnes à se déclarer victime de l'amiante, pour un taux de réussite qui frôle les 100 %. Si la majorité sont issus d'Arcelor-Mittal, il y a aussi d'anciens employés de Montupet, à Nogent-sur-Oise, ou encore de l'usine Chausson, entre Creil et Montataire, mais aussi d'A kzo Nobel.

« Pourquoi eux et pas moi ? »

Covid-19 oblige, le petit bureau de l'Advasum, installé dans un préfabriqué déposé sur un coin de terrain du stade Marcel-Coene de Montataire, reste ouvert afin de faire circuler l'air. Masque sur le visage, Henri-Pierre Dudebout reprend son dossier en compagnie du président de l'association, Jean-Claude Boulanger.

Aujourd'hui installé dans le Nord, Henri-Pierre est resté de 1980 à 2007 en poste à Montataire, chez Sollac, qui deviendra entre-temps Arcelor-Mittal. Et il a vu nombre de ses collègues touchés ou emportés par l'amiante. « Même mon contremaître a eu de gros soucis, pourquoi eux et pas moi ? Quand je vois des sportifs aujourd'hui sous respirateur, je me pose des questions. »

Selon le président de l'association, chaque année, les anciens employés perdent deux à trois camarades emportés par un mal dont ils n'avaient à l'époque pas conscience. « On ramenait le bleu de travail à la maison pour le laver, que s'est-il passé si cette tenue était secouée à côté des enfants ? »

S'il reste difficile de se faire reconnaître victime de l'amiante, c'est d'autant plus vrai pour le site montatairien, qui ne produisait pas cette matière interdite en 1997. « Pourtant je démontais des freins qui en contenaient, on soufflait dessus comme si de rien n'était », se rappelle Henri-Pierre. Comme d'autres avant lui, il doit donc prouver son exposition.

« On a préféré sacrifier la santé des salariés »

Malgré son interdiction tardive, le danger de l'amiante était connu depuis longtemps. « Il a été démontré dès le XIXe siècle que c'était un produit cancérigène mais on a préféré sacrifier la santé des salariés sur l'autel des économies pour les gros groupes », peste Jean-Claude Boulanger.

Alors membre du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, Henri-Pierre Dudebout est en première ligne quand il s'agit de désamianter le site montatairien. « Il y en avait partout, même dans la cantine où on faisait l'arbre de Noël avec les familles. Les employeurs ont laissé perdurer les choses. »

La lourdeur administrative pour se faire reconnaître victime peut aussi en décourager certains. « D'où l'importance de l'Advasum pour nous épauler », assure-t-il. Parmi les dossiers suivis par Jean-Claude Boulanger et les membres, quatre vont passer devant le tribunal de Beauvais en septembre, neuf autres devant la Cour de cassation de Paris. « On leur explique toutes les démarches, appuyés par un cabinet d'avocat, et on les aide jusqu'à une indemnisation. »

Avec sa démarche, Henri-Pierre espère être reconnu comme victime mais aussi être indemnisé, avant tout pour sa famille. « Si j'ai sacrifié ma santé, comme un soldat sa vie au front, ils auront au moins cette reconnaissance. »

Association de défense des victimes de l'amiante de la sidérurgie dans les usines de Montataire. Contact : [email protected] ou au 06.79.82.38.31.