Malgré les turbulences, l’aéroport de Beauvais-Tillé maintient son cap

Le confinement et les restrictions de déplacement privent la plate-forme de ses voyageurs et de leurs devises. Pour faire face, la société gestionnaire a contracté un prêt à hauteur de 10 millions d’euros. Le projet de base Ryanair est, lui, maintenu.

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 Aéroport de Beauvais-Tillé, ce mardi 10 novembre. Le projet de base Ryanair est maintenu par la compagnie, malgré les effets du confinement. A partir du 4 décembre, deux avions du transporteur stationneront à Tillé.
Aéroport de Beauvais-Tillé, ce mardi 10 novembre. Le projet de base Ryanair est maintenu par la compagnie, malgré les effets du confinement. A partir du 4 décembre, deux avions du transporteur stationneront à Tillé. LP/Patrick Caffin

Une petite dizaine de voyageurs arpente le terminal 1 de l'aéroport de Tillé. Ce mardi, dix vols sont programmés, cinq au départ et cinq à l'arrivée, à destination et en provenance du Portugal, d'Espagne ou d'Italie.

« Ce n'est pas une mauvaise journée. Le jeudi, c'est pire, il n'y a que deux vols en partance », confie Wesley, derrière son comptoir. Lui a la chance que le commerce pour lequel il travaille, où sont vendus journaux, sandwiches et boissons, fasse partie des magasins dits essentiels. Il peut donc rester ouvert.

« Mais on remarque que les gens ont peur de consommer. On ne peut pas se plaindre pour autant, insiste-t-il. Même s'il y a du chômage partiel pour chacun d'entre nous en roulement, on est six à travailler tous les jours. A côté, il ne faut pas oublier que le terminal 2 est fermé, les commerces avec. »

«Sans voyageurs, on ne vit pas»

En face de l'échoppe, comme une illustration à ces propos soulignant la période difficile que vit l'aéroport. Seul un pizzaïolo est à l'ouvrage. « On est en effectif ultra-réduit, explique Maqelacar. On souffre beaucoup. La semaine dernière, il y a eu un vol avec deux passagers à l'aller et cinq au retour. Sans voyageurs, on ne vit pas. »

 Depuis le reconfinement, l'aéroport de Tillé ne reçoit plus que 15% de son trafic habituel. LP/Patrick Caffin
Depuis le reconfinement, l'aéroport de Tillé ne reçoit plus que 15% de son trafic habituel. LP/Patrick Caffin  

La plateforme oisienne n'est pas la seule à être en difficulté. Toutes, même les plus importantes, ont été touchées par la crise économique engendrée par la crise sanitaire. Le reconfinement a été un coup supplémentaire.

Un tiers de passagers perdus avec la crise

« Nous survivons mais la situation est alarmante, déclare Michel Peiffer, président du directoire de la Sageb, société qui gère l'aéroport. Depuis le déconfinement, nous avions relancé l'activité pour atteindre les 30 à 40 %. Avec le reconfinement, on est retombé à 15 %. Fin 2020, on aura a priori accueilli 1,3 million de passagers, au lieu des 4,3 millions attendus. »

Comme d'autres, la Sageb a donc sollicité l'Etat pour que ses salariés bénéficient du chômage partiel. « Dans certains secteurs, la sécurité, l'assistance ou l'accueil, 80 % des 150 salariés bénéficient du dispositif, détaille Michel Peiffer. Pour les fonctions administratives (60 salariés), c'est 60 %. »

Surtout, l'aéroport a contracté un prêt garanti par l'Etat, dont le montant reste confidentiel. « Je peux juste dire qu'il est supérieur à 10 millions d'euros, déclare Michel Peiffer. Nous aurons ainsi une trésorerie qui nous permettra de tenir environ un an si les conditions actuelles perdurent. »

Le projet de base aérienne de Ryanair maintenu

Et si la situation ne s'améliore pas, justement ? L'aéroport risquerait-il de fermer ? « L'aéroport, non. Mais la Sageb, certainement », avoue le président.

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Les dirigeants de la plateforme sont toutefois loin de sombrer dans le pessimisme. Pour une simple raison. Malgré la crise sanitaire, Ryanair n'a pas remis en cause l'installation de son hub, sorte de base aérienne.

« Nous avons la chance que les deux principales compagnies qui travaillent avec nous, Ryanair et Wizzair, s'en sortent mieux que les autres en termes de trésorerie, explique Edo Friart, directeur de la Sageb. Elles se concentrent davantage sur le trafic loisirs-vacances que sur le trafic affaires. C'est un avantage dans le contexte actuel. Elles pourront connaître une reprise plus rapide le moment venu. »

Même sans attendre cette hypothétique reprise, le hub de Ryanair s'implantera à Beauvais comme prévu le 4 décembre. « A partir de cette date, deux avions stationneront chaque nuit sur le tarmac de Tillé, annonce Edo Friart. Ce qui permettra un, deux ou trois départs matinaux dans la semaine. »

Une soixantaine de nouveaux salariés attendus

L'objectif de cette future base reste d'augmenter le trafic en proposant de nouvelles rotations mais aussi de nouvelles destinations. Avant la crise sanitaire, la Sageb visait les 6 millions de passagers.

Même si la création de ce hub n'entraînera pas de recrutement local, une soixantaine de nouveaux salariés est tout même attendue à Beauvais. « Ce sont des pilotes, des stewards, des hôtesses, des techniciens de maintenance qui s'installeront dans l'Oise dans les quinze jours, souligne Edo Friart. Ils viendront avec leur famille pour habiter et consommer ici. »

La Sageb s'est d'ailleurs mise en relation avec les agences immobilières beauvaisiennes pour permettre à ces salariés de trouver la location la mieux adaptée. « Tous sont volontaires pour être basés en France, souligne Edo Friart. Certains viendront peut-être de la base de Toulouse, qui va fermer. »

A ROISSY-CDG, LA QUESTION DE LA FERMETURE DE TERMINAUX

Faut-il faire à nouveau tourner les aéroports au ralenti ? La question se pose actuellement à Roissy-Charles-de-Gaulle, où les effets du confinement se font sentir sur le trafic aérien. Si bien qu'une nouvelle fermeture de terminaux est bien à l'étude dans le premier aéroport français. Rien n'est encore arrêté mais selon le groupe ADP, le périmètre serait en cours de définition et une décision pourrait être prise dans les prochains jours.

La plateforme reprendrait alors un fonctionnement similaire à celui qu'elle avait au printemps. À l'époque, il avait été décidé de maintenir en service seulement trois terminaux et deux pistes, pour assurer les quelque 150 vols quotidiens qui étaient programmés, pour environ 5 000 voyageurs en transit par jour, contre 200 000 en temps normal. Une partie de l'aéroport s'était même transformée en aire de stationnement géante pour les avions inutilisés, avec 160 engins cloués au sol. Le trafic avait commencé à reprendre timidement depuis juin, avec près de 300 vols commerciaux, pour 36 000 passagers, ainsi qu'environ 130 vols de fret par jour.

Très loin de ce qui était escompté. Et fin octobre déjà, le groupe ADP avait revu ses hypothèses de trafic à la baisse au regard de la deuxième vague de Covid. Avec une réduction estimée à -70 % pour cette année 2020, il n'était envisagé une reprise du trafic au niveau de fin 2019 qu'entre 2024 et… 2027.