Malgré la crise, cette cidrerie de l’Oise ne pense pas qu’à sa pomme

En dépit de difficultés à écouler ses stocks, l’entreprise a réalisé une cuvée 2020 pour ne pas laisser les producteurs de pommes locaux sur le carreau.

 Milly-sur-Thérain, ce mardi. Thierry Soria reste optimiste même si sa cidrerie a été contrainte de détruire 3 000 hectolitres de stock cette année.
Milly-sur-Thérain, ce mardi. Thierry Soria reste optimiste même si sa cidrerie a été contrainte de détruire 3 000 hectolitres de stock cette année. LP/Patrick Caffin

L'année 2020 s'annonçait pourtant radieuse pour les Brasseries et cidreries de Milly (BCM), anciennement cidrerie Maeyaert. Au dernier Salon de l'agriculture, cette société de l'Oise avait raflé quatre médailles au concours général agricole, une de bronze pour sa bière blanche « Rebelle », une d'argent pour sa bière blonde « Paillette » et son cidre brut « Gérard Maeyaert » et une d'or pour son dernier né, un rosé côtes-de-provence AOC « Château la Seigneurie ».

Après avoir investi 3,5 millions d'euros dans la modernisation de sa brasserie, les BCM se sont même lancées à l'assaut de la grande distribution. Le plus important producteur de cidre de Picardie pouvait voir la vie en rose. Et tout s'est écroulé. Ou presque. Le coronavirus est passé par là pour stopper net cette belle dynamique.

« Nous ne sommes pas juste des producteurs de cidres et de bières, nous distribuons, souligne Thierry Soria, directeur commercial. Les bars, les hôtels et les restaurants, c'est 95 % de notre marché. Alors quand ils ont fermé à cause du confinement, tout s'est arrêté. » La crise sanitaire n'a pas permis, depuis, « d'écouler la production, faute de commandes. »

«A Milly, ils croient en la reprise et ils ont pris ma récolte comme d'habitude»

Face à cette situation de surplus, certaines cidreries normandes ont refusé la récolte de pommes de l'année. A Milly-sur-Thérain, c'est un autre choix qui a été fait.

« On travaille depuis 25 ans avec 18 producteurs de pommes de la région, on ne pouvait pas rompre cette relation de confiance en se repliant sur nous », explique Thierry Soria. Les 1 700 tonnes de pommes de la récolte 2020 ont été livrées et les producteurs « rétribués au tarif classique. »

Un soulagement pour Guillaume Denize, des vergers d'Hannaches. « On avait peur que l'usine soit fermée, reconnaît-il. Je me serais retrouvé en très grande difficulté avec mes 450 tonnes de pommes bio sur les bras. Même si j'ai d'autres cultures, les pommes représentent plus de 60 % de mes revenus. Mais à Milly, ils croient en la reprise et ils ont pris ma récolte comme d'habitude. »

La livraison des 17 000 tonnes de pommes de cette année vient de s’achever. LP/P.C.
La livraison des 17 000 tonnes de pommes de cette année vient de s’achever. LP/P.C.  

Pour faire de la place dans les cuves de stockage, « 3 000 hectolitres de cidre ont été destockés en méthanisation. C'était la seule option, déplore le directeur. Les 7 000 hectolitres restants ont été mis en bouteille et stockés. »

Newsletter L'essentiel du 60
Un tour de l'actualité de l'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

La livraison de la récolte 2020 vient de s'achever mais les cuves sont à nouveau pleines. « L'embouteillage devrait débuter la semaine prochaine », annonce le directeur. Chaque année, 1,5 million de bouteilles de cidre sortent des chaînes de production de Milly.

«Cette crise nous a obligés à nous diversifier»

Pour compenser la perte de 3 000 hectolitres, l'Etat a été sollicité. « Il y a une enveloppe prévue pour indemniser les différents cidriers, explique Thierry Soria. On ne connaît pas encore le montant qui nous sera attribué mais il sera forcément moindre que ce que nous aurait rapporté le produit de la vente du stock détruit. » L'Etat a également permis « de garantir l'emploi via le chômage partiel. » « Le maintien de l'emploi de nos 18 salariés était notre priorité », souligne le directeur.

Thierry Soria espère aujourd'hui que le déconfinement prévu en janvier prochain ne sera pas remis en question. « Nous avons écouté les annonces du président sur la réouverture des cafés et restaurants pour le 20 janvier 2021, indique-t-il. Nous l'avions déjà anticipé et si l'on reste dans ce cas de figure, on devrait s'en sortir. En revanche, si la situation actuelle perdure, cela risque de devenir très complexe pour nous. »

Il reste cependant optimiste pour l'avenir. « Cette crise nous a obligés à nous diversifier, assure-t-il. Nous participons à des ventes en ligne privées et l'ouverture des hypermarchés sur les produits locaux permet de nous faire connaître. Nous ambitionnons plus que jamais de voir nos produits être plus présents dans les grandes surfaces de la région. L'objectif reste de développer la société et d'embaucher à moyen terme. »

Une cidrerie créée en 1955

S'il y a du cidre 100 % made in Oise, c'est grâce à Gérard Maeyaert. C'est lui qui a l'idée, en 1955, de créer sa cidrerie non pas en Normandie mais à Milly-sur-Thérain, où il sait que la concurrence sera moins forte. Le pari est osé mais cet autodidacte suit sa recette : « fabriquer du cidre en quantité mais avec le savoir-faire des artisans. » Et ça marche !

Au fil des ans, la cidrerie Maeyaert se forge une belle réputation et ses crus sont régulièrement primés au Salon de l'agriculture. Il diversifie sa production et concocte de nouveaux breuvages : poiré, apéritifs, jus de fruits, soda… En 1982, son fils Eric le rejoint à la tête de l'entreprise familiale. En 1999, le cidrier devient également brasseur et sa bière, « Rebelle », récolte elle aussi de nombreuses médailles. La même année, il produit une limonade à l'ancienne baptisée « Angéline ».

La suite sera moins réjouissante. Avec le décès en 2004 du fondateur, suivi, en 2011, par le suicide d'Eric Maeyaert, l'entreprise se retrouve au bord du dépôt de bilan. Rachetée l'année suivante par le groupe Rouquette, elle réussira à surmonter deux années de crise. Depuis, les Brasseries et cidreries de Milly (BCM) ont acquis l'historique brasserie « Paillette » de Saint-Arnoult (Calvados) qui date du XVIe siècle et récupéré la distribution d'un vignoble de côtes-de-provence, tout en continuant d'innover. Derniers nés, les cidres « Pas Pareil », qui sont destinés aux apéros.