Les malades psychiatriques de l’Oise bénéficient enfin de locaux du XXIe siècle

Le Centre hospitalier, qui traite les troubles mentaux dans le département, a présenté le premier bâtiment de son projet de rénovation à 82,5 M€.

 Fitz-James, jeudi 1er octobre. Ce bâtiment, qui offre une superficie de 6 600 m², abrite 96 lits.
Fitz-James, jeudi 1er octobre. Ce bâtiment, qui offre une superficie de 6 600 m², abrite 96 lits. LP/J.H.

C'est un hôpital où 50 % des patients adultes sont soignés dans des bâtiments construits avant… 1938. « Les conditions sont désormais plus dignes de notre époque », souligne ce jeudi Stéphan Martino, le directeur du Centre hospitalier Isarien (CHI), spécialisé dans la prise en charge des troubles mentaux et des maladies psychiques dans l'Oise.

17,6 M€, 96 lits, 6 200 m² de surface, 14 405 t de béton, 205 pieux à 12 m de profondeur pour les fondations… Le bâtiment présenté ce vendredi à Fitz-James est le premier d'une ambitieuse série de chantiers destinés à rattraper ce retard. Il sera mis en service dès ce lundi.

Un projet qui court jusqu'en 2026

« Notre équipement hôtelier rebutait les gens, qui viennent de leur plein gré, à se faire soigner chez nous. Certains allaient ailleurs. Nous espérons récupérer cette patientèle », reconnaît le directeur.

Au total, 82,5 M€ d'investissement sont prévus jusqu'en 2026. Deux autres bâtiments de 96 lits, dont un doit être inauguré en juin prochain, sont prévus sur Fitz-James. « Avoir un nombre de lits identiques permet de gérer au mieux les ressources et d'optimiser la prise en charge », avance Stéphan Martino.

Les patients peuvent prendre l’air dans cette cour. LP/J.H.
Les patients peuvent prendre l’air dans cette cour. LP/J.H.  

Pour autant, chaque bâtiment possède son identité. « Il y en a par exemple un avec une cour centrale, un autre avec trois jardins… Nous avons travaillé avec le personnel soignant sur le fonctionnement général. Chacun a pu apporter ses idées », insiste l'architecte, Thierry Abarnou.

La question de la palissade qui divise la cour en deux a ainsi nécessité de longs mois de concertations. « Trop haute, trop carcérale… Nous avons éliminé plusieurs choix pour aboutir à un consensus. En psychiatrie, le soin passe aussi par les conditions d'accueil », confie le chef de pôle, le docteur Atef Berrabha.

Un confort « proche d'une prestation hôtelière »

Un soin particulier a été apporté aux chambres. Télé, wi-fi, coffre-fort personnel… « Nous sommes proches d'une prestation hôtelière », se félicite l'architecte. Elles s'ouvrent avec une carte magnétique. Les fenêtres ont été opacifiées, pour voir sans être vu.

La prise en charge des malades nécessite une attention à chaque détail. L'ouverture des fenêtres est adaptable. Les tuyaux des chauffages, en hauteur, ont été cachés par un discret grillage pour éviter de servir de point d'accroche.

Des alternatives à l'isolement développées

« Nous sommes dans la prévention et la diminution des risques », explique Fatiha Boukarcha, cadre supérieure assistante de pôle. Les salles à manger sont ainsi des espaces de soin à part entière. « Nous observons le degré d'autonomie, la capacité à vivre en groupe, les effets secondaires de la médication… » analyse le docteur Atef Berrabha.

Des alternatives à l'isolement, baptisées salles d'apaisement et Snoezelen, basée sur une douce stimulation sensorielle, ont été développées. « Contenir un patient, c'est toujours en dernière limite et sur décision médicale », souligne Sylvie Marquet, la directrice des soins du CHI.

Un deuxième bâtiment de 96 lits doit être inauguré en juin 2021. LP/J.H.
Un deuxième bâtiment de 96 lits doit être inauguré en juin 2021. LP/J.H.  

Ces équipements modernes doivent aussi servir aussi de vitrine à l'établissement pour attirer de nouveaux praticiens. « Nous avons des conditions au niveau des cliniques privées à 30 minutes de Paris », vante le docteur Atef Berrabha.

« Nous avons 10 % des effectifs médicaux de vacants, reconnaît Stéphan Martino. On n'arrive pas à recruter. On ne sait pas l'expliquer. Par exemple sur nos structures à Compiègne, la situation est extrêmement tendue. Pourtant c'est une belle ville avec un cadre agréable ».

Six bâtiments vont être rénovés

En attendant, en plus des constructions, deux bâtiments de 40 et 35 lits sur le site de Fitz-James et quatre autres, d'une capacité totale de 100 lits, sur Clermont vont être rénovés. « Certains, trop vieux et difficiles à mettre aux normes de sécurité, sont détruits », avance le directeur.

« Dans un bâtiment de 80 ans qui a été démoli, nous avons retrouvé une plaque indiquant Asile d'aliénés. La prise en charge a bien évolué, et heureusement », se réjouit l'architecte.