Leboncoin en sauveur des commerces de proximité de l’Oise, vraiment ?

Beauvais a signé un partenariat avec le site Internet pour dynamiser le commerce de centre-ville. L’expérience menée à Creil en 2019 est loin d’avoir été un succès.

 Beauvais, ce lundi. La municipalité a signé un partenariat avec le Bon Coin pour participer à l’opération Bon pour ma ville.
Beauvais, ce lundi. La municipalité a signé un partenariat avec le Bon Coin pour participer à l’opération Bon pour ma ville. LP/Patrick Caffin

Internet, responsable de la mort des commerces de centre-ville? Le Bon Coin veut montrer que cette idée reçue a vécu. Depuis 2018, le site de vente entre particuliers se lance dans des programmes de soutien aux commerces de proximité.

Le géant du web avait d'abord lancé, l'an dernier, « Mon centre-ville a un incroyable commerce ». Un concours organisé dans dix villes de France, dont Creil, devant permettre à un porteur de projet commercial de remporter plusieurs mois de loyer offerts pour « lancer sa boutique ».

Et voilà que Leboncoin vient d'annoncer son arrivée à Beauvais avec « Bon pour ma ville ». Cette fois, il s'agit d'animations régulières en centre-ville et d'un soutien numérique pour les commerçants qui le souhaitent.

Si les idées peuvent être séduisantes sur le papier, dans la réalité des faits, le résultat n'est pas toujours à la hauteur des ambitions affichées. A Creil, un an plus tard, on a en effet déchanté.

Julie Buratto, coiffeuse, a remporté le concours organisé par Leboncoin avec son projet de « pose de compléments capillaires avec une prise en charge par la sécurité sociale pour les personnes malades ». « Mon projet a tellement plu que je suis allée jusqu'en finale nationale », raconte-t-elle.

Sauf que le retour sur ses terres creilloises a été compliqué à vivre. « Pour obtenir mes 3000 euros (€) de gain, je devais quitter mon salon de Nogent-sur-Oise et intégrer un local à Creil avec un loyer de 2000 €, explique-t-elle. Je n'ai reçu l'aide de personne alors que tout le monde s'est fait de la publicité sur mon dos. »

«On aurait dû être plus attentif»

A Creil, on reconnaît volontiers que « l'expérience n'a pas été à la hauteur des espérances ». « On aurait dû être plus attentif dans la sélection des projets, avoue Jean-Claude Villemain, le maire (PS). Nous n'avions pas de locaux adaptés pour la lauréate comme pour la personne qui est arrivée deuxième avec son projet de micro-crèche. »

Le maire (PS) de Creil admet également que « le service après-vente n'a pas été à la hauteur. » « Sur les dix projets en lice, deux vont peut-être réussir à s'installer plus d'un an après le concours », regrette-t-il.

«Nous apprenons des succès et des réussites»

Interrogé sur la possibilité de participer à nouveau à cette opération, Jean-Claude Villemain est clair : « Si les conditions ne changent pas, la réponse est non. »

Un échec creillois qu'Antoine Jouteau, directeur général du groupe Leboncoin, relativise : « Nous tentons des expérimentations. Nous apprenons des succès et des réussites. C'est ici le cas. Chaque magasin ouvert, chaque artisan qui s'installe dans un centre-ville dans le cadre de cette opération, est à nos yeux une victoire. Plus de 40 projets ont vu le jour à l'issue de la première édition. »

Quant à l'opération « Bon pour ma ville », Beauvais est avec Béthune (Nord) une ville test. « Nous sommes ravis de pouvoir bénéficier de ce dispositif expérimental, déclare Caroline Cayeux, la maire (LR) de la ville-préfecture de l'Oise. En plus, c'est une opération financièrement neutre pour nous. »

Des animations pour le centre-ville de Beauvais

Concrètement, Leboncoin va recruter une animatrice qui organisera les animations censées dynamiser le centre-ville. « L'objectif est de rapprocher les utilisateurs de notre site de commerces de proximité, explique Arnaud Jacques, directeur des affaires publiques du Boncoin. Les animations seront diverses. Cela peut aller du concours photo à une chasse aux trésors. Il y aura à chaque fois une incitation commerciale avec des bons d'achat ou des chèques cadeaux. »

Cette animatrice sera également chargée du soutien numérique. « Le mercredi et le samedi, elle sera à Beauvais pour rencontrer les commerçants, annonce Arnaud Jacques. Pour ceux qui sont intéressés, elle ira dans leur boutique mettre en place un site Internet ou actualiser leur page Facebook. Etre visible sur le web est indispensable aujourd'hui pour un magasin. »

Commerçants et consommateurs dubitatifs

Interrogés sur ce partenariat, les commerçants sont partagés. Patrick, gérant de l'épicerie fine Duc de Gascogne, y voit là « une très bonne initiative ». « Je viens de créer un site Internet. Peut-être que ce que propose Leboncoin sera complémentaire », espère-t-il.

A deux pas de là, le Jean Store « regrette » tout de même que « la ville ne s'appuie pas sur l'association Envie locale pour ce type d'opération ».

D'autres sont encore moins enthousiastes. « Ce n'est pas la solution, déclare Elodie, gérante des Coquettes. La ville nous promet toujours d'animer le centre-ville, on voit le résultat. Le problème à Beauvais, c'est le manque de choix et de qualité dans l'offre commerciale en centre-ville. »

Quant aux consommateurs, ils demandent à voir. « Ce n'est que de la communication assure Thierry. Quand le Jeu-de-Paume a ouvert, il devait là aussi y avoir des animations en centre-ville et des vitrines refaites! Aujourd'hui, la situation est encore pire qu'avant. Les boutiques qui ouvrent referment aussi vite. »