Le safran de Paris se récolte... sur les toits

Depuis 2018, la société Bien Élevées a installé cinq safranières urbaines en Ile-de-France. La récolte 2020 a commencé cette semaine.

 Depuis 2018, Bien Élevées a installé cinq safranières, soit près de 2 000 m2 cultivés, à Paris, Ivry (Val-de-Marne) et Montrouge (Hauts-de-Seine)
Depuis 2018, Bien Élevées a installé cinq safranières, soit près de 2 000 m2 cultivés, à Paris, Ivry (Val-de-Marne) et Montrouge (Hauts-de-Seine) DR.

Au XIXe siècle, la France était l'un des plus gros producteurs mondiaux de Safran, avec 30 tonnes par an. Une production qui, aujourd'hui, ne dépasse pas les 200 kg. Un poids pas si anecdotique quand on sait qu'il faut 150 000 fleurs pour réunir un kilo « d'or rouge », vendu entre 30 et 40 euros le gramme.

La production hexagonale est cependant en hausse depuis les années 1990, avec des territoires qui ont su relancer l'épice. Le Loiret avec le safran du Gâtinais ou le Lot avec celui du Quercy. Et bientôt Paris et sa proche banlieue?

Depuis 2018, Bien Élevées, « Maison d'agriculture urbaine », a installé cinq safranières, soit près de 2 000 m2 cultivés, à Paris, Ivry (Val-de-Marne) et Montrouge (Hauts-de-Seine), dernière ville investie par les quatre sœurs qui ont lancé cette entreprise.

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Les bulbes de crocus ont donné cette semaine leurs premiers pétales violets, laissant apparaître les précieux pistils rouges qui, une fois émondés et séchés, donneront le safran. Après 700 g récoltés l'an passé, c'est un kilo qui est espéré cette année, le seuil de rentabilité moyen pour ce type d'exploitation.

Quatre sœurs à la racine du projet

Bien Élevées, c'est un peu l'histoire d'un retour à la terre. Celui de ces quatre filles d'agriculteurs installées à Paris. « Nous étions un peu frustrées de ne plus avoir ce lien à la nature », rembobine l'aînée, Amela du Bessey. Alors, avec ses sœurs - Louise, Philippine et Bérengère - elle monte ce projet commun qui après plusieurs essais deviendra Bien Élevées.

Amela du Bessey et ses sœurs, Philippine, Louise et Bérengère, cofondatrices de Bien Élevées/DR.
Amela du Bessey et ses sœurs, Philippine, Louise et Bérengère, cofondatrices de Bien Élevées/DR.  

Pour elles, le safran collait parfaitement à ce qu'elle voulait faire. « En ville, les espaces sont réduits, il faut un produit à valeur ajouté pour s'en sortir économiquement », poursuit-elle. L'aspect écologique était également essentiel : « Nous ne consommons pas d'eau, de l'électricité seulement au séchage des pistils, peu de plantes pousseraient comme cela. »

On le retrouve dans les macarons Ladurée

En vente sur le site et dans des boutiques partenaires, leur safran possède sa gamme de produits dérivés. Sirop, savon et même des foulards de soies teintés aux fleurs de crocus. Le produit a également séduit certains grands noms comme Ladurée, qui propose un macaron au Safran de Paris.

Mais si la moitié du chiffre d'affaires est issue de la récolte, l'autre partie provient des visites et ateliers de participations à la récolte annuelle. Certaines sont néanmoins gratuites pour les écoles ou les associations.

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Pour l'heure, seule Amela a abandonné son travail pour se consacrer à 100 % à ce projet. Mais elle n'est pas encore salariée. « On espère pouvoir le faire dès janvier prochain et, à terme, nous rémunérer toutes les quatre », détaille-t-elle.

Bien Élevées veut continuer à développer ses safranières urbaines en Ile-de-France mais aussi en région. L'an prochain, cinq nouveaux sites verront le jour. Un deuxième à Montrouge, trois à Lyon et un à Nantes.

Atelier récolte du safran jusqu'au 28 octobre à Paris et Montrouge. 38 € par personne. Réservation sur bienelevees.com