L’Oise sort son chéquier pour attirer... les kinés

Avec seulement sept kinésithérapeutes pour 10 000 habitants - deux fois moins que la moyenne nationale, le département est particulièrement mal loti. Résultat : le conseil départemental multiplie les incitations financières pour attirer ces professionnels.

 Beauvais, mardi. Toute la semaine, en partenariat avec une mutuelle, Julien Spautz, kinésithérapeute beauvaisien, va s’installer dans plusieurs villes de l’Oise et proposer des séances gratuites.
Beauvais, mardi. Toute la semaine, en partenariat avec une mutuelle, Julien Spautz, kinésithérapeute beauvaisien, va s’installer dans plusieurs villes de l’Oise et proposer des séances gratuites.  LP/Élie Julien

« En raison d'un agenda complet, je vous informe qu'aucun rendez-vous ne pourra être pris avant le 1er novembre sauf pour les bronchiolites du nourrisson. » Avec ce message posté sur son répondeur téléphonique et affiché à l'entrée de son cabinet, ce jeune kinésithérapeute de Cinqueux illustre une triste réalité.

Dans l'Oise, il faut en moyenne trois semaines pour obtenir un rendez-vous avec l'un des 591 professionnels - libéraux et salariés - exerçant sur le territoire. Dans les zones rurales, l'attente peut même excéder deux mois, selon l'ordre des kinésithérapeutes de l'Oise.

Jusqu'à deux mois d'attente en zone rurale

Car avec sept d'entre eux pour 10 000 habitants, contre 13 en moyenne en France, le département fait tristement partie du top 10 des secteurs les moins bien dotés du pays. C'est ce qui a motivé une mutuelle, la CCMO, à affréter depuis 9 ans un bus qui tourne pendant une semaine dans des villes de l'Oise.

Objectif affiché : prévenir le mal de dos. C'est Julien Spautz, professionnel beauvaisien, qui officie. « Cela fait trois ans que je participe et je ne lève jamais la tête. Ça n'arrête pas ! » souffle le professionnel, qui est venu en aide à 16 personnes en deux heures, ce mardi, à Beauvais.

Cinqueux, mardi. Pour s’installer, les jeunes kinés peuvent bénéficier de subventions et de nombreuses aides du département. LP/Élie Julien
Cinqueux, mardi. Pour s’installer, les jeunes kinés peuvent bénéficier de subventions et de nombreuses aides du département. LP/Élie Julien  

À l'entrée du bus, les patients n'attendent qu'une vingtaine de minutes avant de bénéficier d'un massage gratuit d'un quart d'heure. « Dans mon cabinet, cela me fait mal de dire à des gens que je ne peux pas les recevoir avant six semaines », regrette Julien.

Seules les communes «huppées» s'en sortent bien

Une triste réalité subie par Catherine, 56 ans, venue profiter ce mardi du bus de la mutuelle. Cette habitante de Laigneville a cherché pendant un mois un rendez-vous dans son secteur. En vain. « Quand vous vous êtes fait opérer et qu'on vous demande de trouver un kiné, c'est compliqué », observe-t-elle.

Des difficultés que confirme le président de l'ordre des masseurs kinésithérapeutes de l'Oise, Éric De Bel. « À part les communes huppées comme Compiègne, Chantilly et Senlis, tout le département souffre du manque de professionnels », assure-t-il.

Comment l'expliquer ? « Nous sommes coincés géographiquement entre Amiens (Somme), où les élèves restent après avoir été formés, et l'Île-de-France, qui plaît financièrement. Nous ne sommes pas attractifs », déplore le responsable. Ainsi, si le nombre de kinés a plutôt tendance à augmenter, en France, l'Oise voit ses effectifs stagner.

Dans l'après Covid, «on a du boulot 12 heures par jour»

« C'est une catastrophe ! » se désole Anne Besse-Humbert, kiné à Attichy depuis 1985. À 64 ans, elle cherche désespérément à passer le relais pour une retraite bien méritée. « Avec la reprise des opérations qui s'étaient arrêtées pendant la Covid, on a du boulot 12 heures par jour », confie-t-elle sous son masque.

Les jeunes s'installant font ainsi figure d'exceptions, comme Gauthier Saingre, à Cinqueux. Originaire de l'Oise, cela lui a paru « logique » de s'y implanter. « Les copains d'école sont partis sur la Côte d'Azur, à la montagne… Moi, j'aime la qualité de vie ici et il y a de vrais besoins », explique le jeune homme de 24 ans.

Attichy, mardi. Anne Besse Humbert, 64 ans, juge la situation du département « catastrophique ». Elle cherche désespérément un successeur. LP/Élie Julien
Attichy, mardi. Anne Besse Humbert, 64 ans, juge la situation du département « catastrophique ». Elle cherche désespérément un successeur. LP/Élie Julien  

Tout juste sortie d'école, et malgré de nombreuses sollicitations pour l'enrôler, Lucie, une kinésithérapeute de 23 ans, a choisi de travailler dans un hôpital du département plutôt qu'en cabinet. « Je préfère faire moins d'heures, travailler en équipe et avoir du temps avec mes patients, mais c'est sûr que le boulot ne manque pas. »

Une bourse d'études contre une promesse d'installation dans l'Oise pour cinq ans

Alors, quelles solutions pour résoudre ce problème? Le conseil départemental multiplie les incitations financières pour attirer ces professionnels tant désirés. Subvention à l'installation de 20 000 euros, prêt à taux zéro… Depuis fin 2018, 11 masseurs kinésithérapeutes, dont Gauthier Saingre, à Cinqueux, ont bénéficié de ces aides.

Et la collectivité met en place une nouvelle arme : le financement, via une bourse, des deux dernières années d'études en échange de la promesse d'une implantation dans le département. « Une première jeune femme, originaire de l'Aisne, reçoit 800 € par mois et arrivera bientôt », se réjouit Anne Fumery, conseillère départementale (LR), déléguée à la santé.

Une école de kinés, «ce serait top»

Pour les professionnels, d'autres solutions pourraient être salvatrices. « L'installation d'une école de kinés serait top, d'autant plus que les besoins augmentent avec le vieillissement des patients », lance Julien Spautz. D'autres souhaitent la mise en place d'un nombre de licences par secteur, pour mieux répartir au niveau national, à l'instar des pharmacies.

Embaucher des professionnels étrangers ? Miguel Lemarchand, installé à Thourotte depuis 25 ans, est désormais associé avec un jeune professionnel d'origine polonaise. « Se regrouper, avoir plusieurs patients en même temps, c'est ma recette. Mais les jeunes veulent une patientèle plus luxueuse, dans les grandes villes », s'attriste-t-il.

Bus CCMO, de 10 à 18 heures : jeudi à Creil sur la place Carnot, vendredi à Clermont sur la place de l'Hôtel-de ville et samedi à Senlis, cours Thoré-Montmorency.