«L’eau s’est arrêtée» : dans l’Oise, le village inondé a trouvé le remède miracle contre les crues

A Montmacq, un prototype constitué de boudins remplis d’air et d’eau a fait ses preuves lors des dernières inondations. Imaginé par une entreprise de Thourotte, il devrait être commercialisé dans les mois à venir.

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 Montmacq, dimanche. Un prototype anti-inondation a été testé dans le village. Il est fabriqué par Eurosorb dans la commune voisine de Thourotte.
Montmacq, dimanche. Un prototype anti-inondation a été testé dans le village. Il est fabriqué par Eurosorb dans la commune voisine de Thourotte. LP/Stéphanie Forestier

L'Oise panse encore ses plaies après les inondations qui ont frappé le Noyonnais et le nord Compiégnois début février. Caves et maisons inondées, routes impraticables… Des épisodes qui se répètent désormais à une fréquence quasi annuelle, à l'image des catastrophes successives qui ont touché Appilly.

Une situation inéluctable ? Pas à Montmacq où les élus ont testé, en avant-première et en situation, un dispositif anti-inondation « made in Oise » dans la rue principale du village.

Le 2 février, alors que la rivière Oise quitte son lit et commence à engloutir les rues du bas du village, la municipalité tente le tout pour le tout et déploie un dispositif d'un nouveau genre.

«C'était un pari, on aurait eu l'air malin si ça n'avait pas marché»

Il s'agit de plusieurs boudins étanches longs de dix mètres, empilés les uns sur les autres. Ceux du bas sont remplis d'eau et ceux du haut, d'air. La force de l'eau permet à la structure d'épouser la forme du terrain et de créer un barrage imperméable grâce à des jupes qui se plaquent au sol. « On arrête l'eau avec l'eau », résume un élu.

« C'était un pari. Quand on a vu l'eau arriver, on n'a pas réfléchi, on l'a monté en 1 h 30 alors qu'on ne l'avait encore jamais fait et nous n'étions que quatre bonshommes, retrace le maire, Rémy Cuelle. On aurait eu l'air malin si ça n'avait pas marché… Et miracle, l'eau s'est arrêtée. On l'a pompée et rendue à la rivière… »

Montmacq, dimanche. L’équipement anti-inondation est toujours en place pour permettre aux élus intéressés de découvrir son fonctionnement. LP/Stéphanie Forestier
Montmacq, dimanche. L’équipement anti-inondation est toujours en place pour permettre aux élus intéressés de découvrir son fonctionnement. LP/Stéphanie Forestier  

Un pari réussi que la municipalité doit aussi au concepteur, Eurosorb, implanté entre Longueil-Annel et Montmacq, à Thourotte. C'est cette société, spécialisée dans l'importation et la conception de produits absorbants, qui a mis sur pied le prototype, avec le concours de la commune.

« Les premiers tests ont été réalisés chez eux, se souvient Rémy Cuelle. Nous avons financé une partie des études et de la conception et sommes devenus propriétaires de 70 mètres de ce dispositif totalement innovant. »

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« Notre plus grosse cellule antipollution est basée ici. Nous réalisons notamment des barrages maritimes chargés de retenir les nappes d'hydrocarbure, abonde la présidente d'Eurosorb, Valérie Carnet. Avec la commune de Montmacq, on s'est dit qu'il fallait appliquer cette technologie à la situation vécue ici. Nous travaillons activement pour une livraison en septembre. »

«On n'a même pas eu une flaque dans le jardin»

A Montmacq, l'innovation est déjà adoptée par les habitants. Comme Joao Canto, qui vit rue du Maréchal-Joffre depuis 1972. Ces imposants coussins orange ont été positionnés devant sa maison au début de la crue. Un peu plus loin dans la rue, l'eau était montée à 40 cm. « Nous, on est restés au sec, c'est du bon travail, apprécie l'habitant. On n'a même pas eu une flaque dans le jardin. »

Depuis, l'eau est partie, mais les boudins, eux, sont restés. Car le prototype miracle intéresse nombre d'élus dans le département. A tel point qu'après cette opération réussie, le village est devenu un véritable « showroom » à ciel ouvert.

« On n'est pas égoïste, on sait que c'est la misère d'être inondé », soutient l'édile de Montmacq. De son côté, Daniel Beurdeley, le maire de Longueil-Annel, a déjà programmé sa visite : « Je suis intéressé par son fonctionnement et souhaiterais savoir si cela pourrait être utile dans certains secteurs chez nous. On a encore été bien impactés ces derniers jours. »

«Un système efficace et local»

La commune a aussi reçu la visite d'Eric de Valroger, le président du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Oise et conseiller départemental (LR). L'élu table sur un déploiement rapide de ce dispositif dans le département. Et milite surtout pour que le produit, dont le prix n'est pas encore fixé, soit accessible aux petites communes.

« C'est un système qui a fait ses preuves, avance Eric de Valroger. Il est efficace et local. Quand le dispositif sera commercialisé, je souhaite proposer au conseil départemental que cet équipement soit éligible à l'aide aux communes. J'en ai également parlé à la préfète pour que l'Etat apporte une aide financière aux collectivités qui souhaiteraient investir. »