«L’argent ne tombe pas du ciel» : la crise sanitaire met à mal les finances de l’Eglise de l’Oise

Le budget annuel du diocèse et de ses paroisses, issu des dons, est habituellement d’environ 5 millions d’euros. À cause du Covid-19, l’Église estime la perte, limitée par la mobilisation des fidèles, à 800 000 euros, ce qui va l’obliger à reporter des projets.

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 Margny-lès-Compiègne. Les paroisses ont deux sources de revenus fortement impactées par l’épidémie : les quêtes et les dons réalisés lors des cérémonies (baptêmes, mariages, etc.).
Margny-lès-Compiègne. Les paroisses ont deux sources de revenus fortement impactées par l’épidémie : les quêtes et les dons réalisés lors des cérémonies (baptêmes, mariages, etc.).  LP/Julien Barbare

« Contrairement à l'idée reçue, le Vatican ne nous envoie pas un chèque en début d'année, sourit Thomas, un paroissien compiégnois. Et comme l'argent ne tombe pas non plus du ciel, il a fallu nous retrousser les manches pour trouver des solutions. » Entreprises, artisans et autres commerces ne sont pas les seuls à subir la crise économique liée au Covid-19 : l'Église de l'Oise aussi, espère des jours meilleurs.

« Il faut comprendre que nos seuls revenus, ce sont les dons des fidèles, explique Julien Serey, conseiller auprès de Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais. Il y a le Denier — des dons directement faits à l'évêché par des particuliers ou des entreprises — qui permet de verser leur traitement aux 71 prêtres en activité dans le département, aux 35 retraités et à payer la trentaine de salaires. »

Selon Antoine Potié, responsable des finances, tout va bien de ce côté-là. « En 2019, le Denier de l'Église était d'environ 2,2 millions d'euros, explique l'économe diocésain. Considérant les circonstances, et suite à différents appels à la mobilisation, beaucoup de fidèles ont donné plus cette année. » Pour un montant total de 2,3 millions d'euros. « Non, ce sont surtout les paroisses qui rencontrent des difficultés. »

Car ces dernières ne vivent que du produit des quêtes et du casuel — les « offrandes » faites lors des cérémonies, comme les baptêmes, les mariages, les communions… « Ces sommes récoltées dans les paroisses y restent, et servent à payer les photocopies, le chauffage, l'achat des cierges, les petites réparations dans les églises ou les presbytères », énumère Julien Serey.

«Nous avons été les premiers à fermer nos églises»

Or, « nous avons été les premiers à fermer nos églises, dès la fin février, poursuit le responsable ». En 2020, les lieux de cultes sont en effet restés clos pendant près de trois mois. « Pas de quête, pas de casuel… Et même ensuite, avec la réouverture mais une jauge limitée (NDLR : d'abord 30 personnes, puis une personne pour deux places vides, sauf familles), cela est resté faible. » Selon les paroisses, la perte est estimée entre 30 et 40 %.

« En 2019, les sommes récoltées dans l'ensemble des paroisses représentaient 2,9 millions d'euros, détaille Antoine Potié. Pendant les confinements, notamment, nous avons heureusement pu faire appel à la générosité des fidèles qui, pour la plupart, avait parfaitement conscience de l'impact de la crise. » Une solidarité qui aurait permis de limiter la casse, avec une perte estimée, pour 2020, à 800 000 euros.

Mais cela ne s'est pas fait sans mal. « Nous avons fait la quête pour vivre, pas pour rénover des salles ou autres, juste pour pouvoir continuer à fonctionner, relate le père Jean-Frédéric Plateaux, qui officie dans les paroisses de Clermont et Saint-Just-en-Chaussée. C'est de la mendicité, mais il ne faut pas hésiter à demander. » Ce qu'il a fait : sur les réseaux sociaux, dans le journal paroissial…

Une prise de conscience pour certains paroissiens

« Nous avons aussi eu la chance de recevoir des dons anonymes, des enveloppes déposées au presbytère », enchaîne le curé, qui retient deux principaux enseignements de la crise. « Certains ont découvert la quête en ligne, cette modernisation qui était en chemin s'est accélérée, un peu, et c'est une bonne chose. » Il salue également une prise de conscience.

Le diocèse a conscience que des projets vont devoir être reportés de quelques années. LP/Julien Barbare
Le diocèse a conscience que des projets vont devoir être reportés de quelques années. LP/Julien Barbare  
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« Les chrétiens se sont aperçus qu'ils sont eux aussi responsables de leur paroisse et de son fonctionnement au quotidien. » Lui estime que Clermont, qui a un budget annuel d'environ 100 000 euros, devrait « bien s'en sortir ». Pour Saint-Just-en-Chaussée, au budget annuel légèrement moindre, « cela va être un peu plus compliqué ».

Et si toutes les paroisses n'ont selon lui pas encore la possibilité de prendre la mesure du choc économique, « il est certain que nous allons devoir réévaluer nos dépenses, nous adapter, voir ce qu'il est possible de faire autrement ».

«Ce que nous avions prévu de faire en 5 ans, on le fera peut-être en 7 ou 8…»

Reste, maintenant, à envisager l'avenir. « Nous avons beaucoup d'investissements en cours ou prévus, et il va falloir reporter des projets, indique Antoine Potié. Ce que nous avions prévu de faire en 5 ans, on le fera peut-être en 7 ou 8… Nous devons réétudier tout cela. » D'autant que 2021, le diocèse en est convaincu, « sera une année difficile ».

« Les paroisses vont être en difficulté, c'est une certitude, notamment les plus importantes, qui ont beaucoup de charges, soupire Julien Serey. À la crise sanitaire succède une très forte crise sociale et nous allons nous concentrer sur nos premières missions, la charité, notamment avec le Secours catholique, et l'Évangile. »