Insertion : dans l’Oise, le travail d’intérêt général cherche sa place

Le service pénitentiaire d’insertion et de probation cherche de nouvelles structures dans le département pour pallier le déficit de postes, qui pénalise la bonne réinsertion des personnes condamnées.

 Beauvais. Le centre de traitement textile hospitalier est une structure d’accueil de travail d’intérêt général.
Beauvais. Le centre de traitement textile hospitalier est une structure d’accueil de travail d’intérêt général. LP/Cindy Belhomme

C'est une peine alternative à l'emprisonnement. Une sanction qui permet à l'auteur de l'infraction de réparer le tort commis en travaillant de manière non rémunérée dans une structure partenaire du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de l'Oise.

« Le travail d'intérêt général est une mesure qui fonctionne bien, juge Ghislain Maton, référent territorial. Mais le délai d'exécution est de 14 mois en moyenne, au niveau national. C'est beaucoup trop long ! Notre objectif est de le diminuer tout en maintenant une offre de qualité. »

Pour cela, le SPIP a besoin de « bonnes volontés de la société civile ». Ghislain Maton a entamé une action de démarchage auprès des associations, collectivités territoriales, établissements publics et entreprises chargées d'une mission de service public pour les convaincre d'accueillir et d'encadrer une personne condamnée à des heures de travail d'intérêt général (TIG).

Entretien de locaux, espaces verts, aide à la personne…

Car les postes manquent déjà dans le département. En 2020, 195 TIG et 352 sursis TIG ont été prononcés dans le département. Mais ces chiffres vont augmenter car le TIG va se développer dans les années à venir, du fait de la loi de programmation et de réforme pour la justice 2018-2022.

Aujourd'hui, le SPIP travaille avec 139 structures. Mais les 186 postes qu'elles ont ouverts ne sont pas suffisants. « Ils ne sont en plus pas toujours adaptés aux profils que nous avons, regrette Ghislain Maton. Les effets peuvent être contre-productifs. »

En effet, 47 % des postes proposés concernent l'entretien de locaux, 18 % les espaces verts et 7 % l'aide à la personne. Les postes administratifs ne représentent que 3 % des jobs disponibles dans le cadre d'un TIG. Le SPIP souhaite donc diversifier son panel et obtenir davantage de postes mixtes.

Peu d'opportunités pour les femmes

Car selon Sandy Wacogne, chef d'antenne du SPIP de Beauvais, « il n'est pas facile de placer une femme. Si on combine le peu d'offres au fait qu'elles n'ont, dans certains cas, pas le permis de conduire et qu'il faut prendre en compte les horaires d'école de leurs enfants, la tâche s'avère complexe ».

Au-delà de la réparation à proprement parler, le TIG favorise l'insertion des personnes éloignées de l'emploi et permet de prévenir la récidive. « On a besoin de tous types de structure, insiste Sandy Wacogne. L'objectif est d'aller plus loin que l'exécution de la peine pour que les tigistes acquièrent de nouvelles compétences, découvrent des dispositifs existants, portent un autre regard sur la société… »

Certains accueillants, à l'instar de Christophe Dietrich, le maire de Laigneville, ont bien saisi le rôle qu'ils pouvaient jouer dans la prévention de la délinquance. « Je trouve cette peine très intéressante car elle permet aux tigistes de toucher du doigt certaines réalités et de payer à la société l'erreur qu'ils ont commise, confie l'élu. Tout ce que l'on fait a une incidence. Alors on veut qu'ils retirent quelque chose de ces heures. »

A Laigneville, les équipes des services techniques accompagnent donc un tigiste par mois environ. « Elles ont l'habitude maintenant et encadrent de façon paternelle, ajoute Christophe Dietrich. Notre démarche est désintéressée. C'est une expérience enrichissante des deux côtés, efficace pour les primo-délinquants. »

« Nous n'avons pas affaire à de grands délinquants »

Mais cette peine impressionne encore. « Il y a une méconnaissance et des idées reçues, constate Ghislain Maton. Certains pensent qu'en prenant un tigiste cela va amener de la délinquance dans leur service. Mais les profils sont très variés et nous n'avons pas affaire à de grands délinquants. »

Preuve en est, la commune de Hermes, qui a pris sous son aile 16 tigistes en quatre ans, n'a connu qu'un seul échec. « Les profils sont hétéroclites, confirme Grégory Palandre, le maire. On va du col blanc à l'ouvrier. Et ça se passe vraiment très bien. On participe à la promotion de cette peine qui répond à l'engorgement des prisons et pour les services de la mairie c'est de la main-d'œuvre supplémentaire. »

Un système gagnant-gagnant qui ne fait aucun doute pour le centre de traitement textile hospitalier de Beauvais, qui accueille une cinquantaine de tigistes par an. « C'est de la main-d'œuvre gratuite qui permet de remédier à certains problèmes d'effectifs, avoue Yohann Briquet, responsable de la fonction linge. De notre côté, on remet le pied à l'étrier de ces personnes. On les aide à se réinsérer. Nous avons déjà gardé certaines d'entre elles après leur TIG, en intérim. »

Ici comme dans les autres structures, l'accueil est bienveillant et la discrétion de mise. « Je travaille comme un employé lambda, apprécie Jérémy*. Personne ne sait pourquoi je suis là. Et ça se passe bien. J'estime que j'ai de la chance car je ne suis pas en prison. Mais j'ai hâte de tourner la page. »

* Le prénom a été modifié.