Inondations, bruits, pêche… ces interrogations qui subsistent autour du canal Seine Nord

L’enquête publique sur le projet de canal à grand gabarit qui traversera l’Oise, l’une des ultimes phases avant le lancement des travaux, s’achève ce jeudi. Passage en revue des principales inquiétudes soulevées.

 L’autorisation environnementale par arrêté préfectoral, permettant au maître d’ouvrage d’entamer la phase de travaux, pourrait être donnée début 2021.
L’autorisation environnementale par arrêté préfectoral, permettant au maître d’ouvrage d’entamer la phase de travaux, pourrait être donnée début 2021. Le Parisien

C'est l'une des dernières étapes clés avant d'entamer la phase des travaux. L'enquête publique sur le projet du canal Seine Nord, lancée le 5 octobre, s'achève ce jeudi, après une prolongation de sept jours.

Cette enquête publique, qui vise à recueillir les observations des élus, riverains et associations, portait sur le secteur 1 du projet, soit un tracé de 18,6 km entre Compiègne et Passel.

Si le nombre d'observations est jugé « décevant » (une vingtaine de contributions seulement sur le site en ligne ), il permet néanmoins de faire ressortir les principales inquiétudes soulevées par l'arrivée de ce canal à grand gabarit qui traversera l'Oise.

En croisant les résultats de l'enquête publique avec le dossier de demande d'autorisation environnementale, document riche de plusieurs centaines de pages, nous avons passé en revue trois préoccupations majeures.

Les poissons «grand oubliés» du projet ?

Le tracé long de 107 km aura nécessairement des impacts sur la vie piscicole dans les rivières du département. Et les pêcheurs n'ont pas manqué de faire part de leurs inquiétudes.

La Fédération de l'Oise pour la pêche et la protection du milieu aquatique a ainsi émis « un avis défavorable » en déplorant le « manque de prise en compte réel de ses remarques dans un projet très impactant pour les milieux aquatiques ».

« Concernant les 12 sites de mesures compensatoires, les poissons sont les grands oubliés des mesures prévues alors qu'ils seront les premiers impactés, regrette le président, Jean Jopek. En termes de fonctionnalité, les aménagements des sites ne compensent pas la perte de reproduction des brochets qui est une espèce classée comme vulnérable. »

Inondations, bruits, pêche… ces interrogations qui subsistent autour du canal Seine Nord

« Les mesures compensatoires ne prennent que superficiellement en compte les poissons », abonde l'Amicale de pêche de Compiègne, qui s'inquiète, lui aussi, pour la reproduction du brochet.

« Les poissons n'ont pas été oubliés », répond en substance la société du canal. Un inventaire des frayères (sites aquatiques où se reproduisent les poissons) a été réalisé sur la bande de déclaration d'utilité publique (DUP).

« Le calendrier des travaux sera adapté pour éviter les travaux dans les secteurs à frayères pendant les périodes de reproduction, précise par ailleurs le dossier d'autorisation environnementale. En outre, le projet prévoit la création de 11,5 km de berges lagunées et 4,5 ha d'annexes hydrauliques. Ces habitats connectés au canal offriront des zones de refuge, d'alimentation et de reproduction pour des espèces animales terrestres et aquatiques. »

Quel impact aura le canal Seine-Nord sur les crues ?

Parmi les observations émises au cours de l'enquête publique, c'est la crainte qui revient le plus souvent : quel sera l'impact du canal sur les crues dans les décennies à venir ?

Du côté du Plessis-Brion, c'est par exemple le rétrécissement de la rivière Oise, à hauteur de la commune, qui est au cœur des inquiétudes. « En cas de crue centennale, si le déversoir de Montmacq n'est pas fait, le village du Plessis-Brion qui a déjà vécu des graves inondations, sera impacté », s'alarme l'association « Sauvegarde et nature ».

Crainte similaire du côté de Chiry-Ourscamp, où l'on s'interroge sur « l'effet négatif » du projet sur les crues. « On n'en sait rien, regrette le maire (SE) Jean-Yves Bonnard. On ne nous dit rien concernant les crues fortement débordantes. »

Plus en aval, c'est au tour de l'association « Union Oise 95 », qui regroupe des associations de riverains du Val-d'Oise menacés par les inondations de l'Oise, de faire part de ses réserves. « Nous protestons contre cette présentation qui tente de minimiser les impacts à l'aval de Creil. Tous les travaux qui sont effectués en amont de la ville et qui conduisent à un abaissement du niveau des crues dans ce secteur engendrent obligatoirement une augmentation importante à l'aval, pointent les responsables associatifs. Il est inacceptable de faire courir ce risque à la population sans rien prévoir pour la protéger que par un heureux hasard. »

Un risque de crue supplémentaire ? Au contraire, estiment les artisans du projet pharaonique : « Le canal permettra de réduire localement les surfaces inondées grâce à un déversoir situé à Montmacq permettant l'évacuation d'une partie des débits de l'Oise en crue vers le Canal Seine-Nord Europe. »

« Le projet doit atteindre la neutralité hydraulique, peut-on aussi lire dans l'épais dossier. Ce qui signifie ne pas inonder plus et ne pas non plus aggraver les conséquences d'une inondation. »

Les voisins du canal subiront-ils des nuisances ?

Autre inquiétude soulevée dans l'enquête, et plus rarement évoquée : la pollution sonore. « Nous sommes inquiet des nuisances que le chantier va occasionner et également le bruit des bateaux », pointent ainsi des habitants de Biaches (Somme) commune située à proximité immédiate du tracé.

« La société du canal a-t-elle pris toutes les dispositions pour éviter aux riverains les nuisances éventuelles causées par la construction comme les passages des camions et les bruits du trafic », s'interroge également un autre contributeur.

Du côté de Clairoix, les élus font part, eux aussi de leur réserve : « La pollution sonore induite par la circulation du futur pont de la D 81 devra être réduite à son minimum par tout moyen », insiste le maire (SE) Laurent Portebois.

Là encore, l'étude d'impact revient longuement sur la question du bruit. « Le seul critère réglementaire strictement applicable au projet canal Seine-Nord Europe est celui relatif au bruit produit par les bateaux de navigation intérieure, précise le texte. Cette responsabilité incombe aux constructeurs. »

Mais, « afin de préserver le cadre de vie des riverains du canal », le projet a également pris en compte les émissions sonores liées au fonctionnement du canal : les niveaux sonores produits par les écluses ou encore les opérations de chargement/déchargement au niveau des plateformes.

Résultat : « Les niveaux de bruit calculés en façade des bâtiments sensibles au bruit sont tous inférieurs aux objectifs retenus », assure le document en s'appuyant sur des projections de trafic aux horizons 2030 et 2060.