Faut-il éteindre l’éclairage public nocturne dans les villes et villages de l’Oise ?

Verneuil-en-Halatte va expérimenter à partir de ce jeudi une coupure de ses lampadaires entre 1 heure et 5 heures. De nombreuses communes appliquent déjà ces restrictions, la plupart sans regret, même si la question de l’insécurité divise.

 De nombreux habitants de l’Oise craignent que la fin de l’éclairage nocturne rime avec une augmentation des actes de délinquance (Illustration).
De nombreux habitants de l’Oise craignent que la fin de l’éclairage nocturne rime avec une augmentation des actes de délinquance (Illustration). LP/Julien Barbare

Voir ou ne pas voir, est-ce bien la question? Si de nombreuses communes de l'Oise ont choisi de couper l'éclairage public aux heures les plus sombres de la nuit, c'est principalement pour des raisons écologiques et financières. Le confort n'arrive qu'après. A Verneuil-en-Halatte, où les lampadaires s'éteindront entre 1 heure et 5 heures dès ce jeudi, les élus ont souhaité suivre ce mouvement.

Une expérimentation sur une durée «non déterminée» qui séduit les défenseurs de l'environnement. «Bravo, mais pourquoi ne pas avancer en milieu de soirée ?» Les collectivités y vont doucement, cette mesure ne plaisant pas à tout le monde. «Il y aura plus de vols et d'agressions», craint par exemple Laura, une Vernolienne.

«C'est vrai que ce n'est pas rassurant»

C'est effectivement la crainte d'un grand nombre d'habitants. «Une fois, je suis rentrée de soirée alors que l'éclairage était en panne et c'est vrai que ce n'est pas rassurant, témoigne une autre habitante. Mais c'est une commune paisible, il faut bien tenter.» Les élus peuvent également s'appuyer sur des retours d'expérience.

La plupart sont positifs. A Coye-la-Forêt, les lampadaires s'éteignent à partir de minuit depuis juin 2019. Jusqu'à 6 heures dans un premier temps. «Nous avons adapté pour rallumer à 5h30, précise le maire, François Deshayes. Cela permet aux usagers du train de 6 heures de ne pas se rendre à la gare dans le noir.»

Des économies substantielles pour les collectivités

Selon lui, «c'est maintenant entré dans les mœurs, beaucoup de maires y réfléchissent et moi, j'essaie de les convaincre.» Si les considérations écologiques ont primé dans sa prise de décision, il assure également s'attendre à une économie de 30% sur un budget annuel de 60 000 euros.

A Verberie, les candélabres cessent de fonctionner de minuit à 5 heures, sauf lors des fêtes de fin d'année. «Les illuminations sont reliées à l'éclairage public, pas le choix», signale Michel Arnould, le maire. Une petite entorse qui n'empêche pas la ville d'économiser jusqu'à 15 000 euros par an. «Nous réinvestissons cet argent dans la modernisation de notre réseau», poursuit l'élu.

A Verberie, un bilan neutre concernant la sécurité

Côté sécurité, ce dernier évoque un bilan neutre, rappelant que la plupart des cambriolages, notamment, ont de toute façon lieu en journée. Ni augmentation, ni baisse de la délinquance, donc. Mais il reconnaît toutefois avoir rallumé les lumières dans un quartier en particulier, touché par des troubles nocturnes à l'ordre public en 2019. Feux de voiture, hurlements…

Le maire de Coye-la-Forêt admet que c'est en tout cas «une préoccupation légitime de la part des habitants». Mais en un peu plus d'un an, il affirme ne pas avoir constaté d'augmentation des délits. «Vous m'auriez demandé il y a trois semaines, je vous aurais dit que nous n'avions eu aucun vol de voiture aux heures d'extinction, affirme François Deshayes. Depuis, il y en a eu un seul.»

Un gendarme : «Cela favorise quand même la délinquance»

Cette question de la sécurité a largement déchiré la ville de Mouy, qui testait le noir complet au cœur de la nuit depuis 2015, au point de s'inviter dans la dernière campagne électorale remportée par… Philippe Mauger, fervent opposant à cette mesure depuis des années. Alors qu'il affirmait que la délinquance augmentait, l'ancienne majorité allait jusqu'à évoquer une baisse.

Et elle n'est pas la seule, l'idée reçue étant que le noir complet oblige les voleurs à s'équiper d'une lampe torche, révélant ainsi leurs sombres occupations. Une thèse à laquelle un gendarme de l'Oise, fort de son expérience et des chiffres de sa brigade, n'adhère pas du tout. « Au mieux, cela n'a pas d'impact, assure le militaire. Mais cela favorise quand même la délinquance. »

Un sentiment d'insécurité à ne pas négliger

«Nous sommes plutôt les premiers défenseurs de l'éclairage public», assure-t-il, soulignant qu'avec un peu de lune, n'importe quel cambrioleur trouvera son chemin vers l'intérieur d'une maison. «Une fois dedans, il allume la lumière», fait son «travail» et peut s'enfuir à la faveur de l'obscurité.

Le gendarme appelle également les élus à ne pas sous-estimer «le sentiment d'insécurité» des habitants, qui participe pour beaucoup à l'ambiance au sein d'une commune. L'équation ne sera donc pas simple à résoudre, pour les collectivités, à l'heure où l'écologie est de plus en plus au cœur des préoccupations.

L'éclairage public, «un massacre» pour certaines espèces

Le Regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (Roso) indique d'ailleurs avoir l'intention de se pencher prochainement sur la question. Car selon Jean-Claude Bocquillon, administrateur de l'association mais aussi vice-président de la société des entomologistes picards, les méfaits de la pollution lumineuse sont énormes.

Mouches, moustiques, papillons de nuit et autres coléoptères nocturnes «sont attirés par la lumière et meurent, soit d'épuisement, soit brûlés par la chaleur, soit mangés par les chauves-souris ou les oiseaux lorsque le jour se lève. C'est un vrai massacre».

Les oiseaux sont également touchés. «Beaucoup de migrateurs se repèrent aux étoiles. S'ils sont perturbés, ils dévient de leur route et peuvent se perdre, en mer par exemple», poursuit le spécialiste. Avec l'urbanisation et « l'artificialisation des sols», l'éclairage public est selon lui l'une des causes de disparition de certaines espèces.