Dans l’Oise, une fontaine «miraculeuse» est supposée guérir les problèmes de peau

Dans un bois situé entre Samson-la-Poterie et Villers-Vermont, une source naturelle est réputée soigner les maladies de peau. Son accès vient d’être restauré.

 Située sur la commune de Villers-Vermont, la source est réputée pour ses vertus curatives.
Située sur la commune de Villers-Vermont, la source est réputée pour ses vertus curatives.  LP/Juliette Duclos

Quand on recherche la source « miraculeuse » de Saint-Martin, les conseils de prudence se multiplient. « Vous ne la trouverez pas de but en blanc comme ça, sans connaître le coin, avertit Stéphanie, secrétaire de mairie à Saint-Samson-la-Poterie. Et puis si vous vous perdez là-bas, personne ne vous trouvera ! » Il faut donc trouver un guide. « Allez voir à la maison en face de la mairie… »

On traverse la rue pour pénétrer dans une grande bâtisse, entourée d'une végétation foisonnante. À l'intérieur, Pierre Lemaître, « Pierrot », accepte de montrer le chemin. « Il va falloir aller au fin fond du bois de Mercastel », prévient-il. Et de nous interroger : « Vous avez des bottes ? » Longtemps inaccessible, son chemin a été restauré cet été, redonnant un brin de popularité à cette fontaine naturelle, située sur le territoire de la commune de Villers-Vermont.

«Merci Saint-Martin»

Une fois la voiture garée le long d'une clairière, il se coupe un bâton et pénètre dans la forêt de Canny. « Attention où vous marchez, la nature veut qu'il y ait des crapauds et des grenouilles, ici », nous prévient-il. Dans la pénombre de la forêt, quelques rondins de bois fraîchement coupés indiquent le chemin à suivre. Une première bifurcation nous emmène vers une petite clairière.

LP/Juliette Duclos
LP/Juliette Duclos  

Au sol, de l'eau jaillit directement d'une nappe phréatique. Un petit écriteau est affiché : « J'ai été exaucé le 23.06.73, merci Saint-Martin. » Notre guide se met à chuchoter, avant de jeter une pièce de monnaie à l'eau : « Quand je touche à quelque chose de sacré, je fais toujours en sorte de faire une offrande. » Un bouquet de fleurs fraîches a également été déposé sur le côté.

«Les gens venaient pour y faire un vœu»

Pierrot, lui, est né à Saint-Samson-la-Poterie, 255 habitants. Il raconte que dans sa jeunesse, nombreux étaient les habitants des villages environnants à venir à cette source pour espérer soigner leurs problèmes de peau, que ce soit de l'acné, du psoriasis, de l'eczéma ou encore de l'urticaire… « Les gens venaient pour y faire un vœu, souffle-t-il. C'était truffé de pièces dans l'eau », car la tradition demandait une « offrande et une prière » pour que le souhait se réalise.

« Moi, j'ai fait une offrande pour deux dames de Formerie, elles se sont barbouillées de cette eau-là et depuis, plus rien. » Rencontrée un peu plus tôt dans l'après-midi, Dominique, « une amie d'enfance », confie que sa tante y allait pour un grain de beauté suspect. « On l'a soigné pendant des années et des années avec ça. » En vain, elle a fini par mourir d'un cancer de la peau. « On appelait ça le mauvais mal, mais à l'époque, on ne se soignait pas comme on se soigne maintenant. »

Des croyances séculaires

Car ces sources « miraculeuses » permettaient aussi de pallier le manque de médecins. Ainsi, jusqu'à la Révolution française, n'existaient dans les campagnes françaises « que des chirurgiens barbiers ou des dentistes ambulants », laissant le champ libre à ces croyances, qui ont perduré au fil des siècles.

LP/J.D.
LP/J.D.  

Avec les années, l'endroit est tombé peu à peu en désuétude, les « offrandes » se sont faites de plus en plus rares. Et les mauvaises herbes ont recouvert le sentier qui y menait. Les nouveaux arrivés dans le village n'y sont jamais allés. Mais cet été, enfants et petits enfants de Dominique ont décidé de remettre en état le passage. « C'était du boulot, il y avait un sacré travail », assure cette dernière.

La maire appelle à la prudence

De réelles vertus curatives alors ? Cette légende locale fait sourire beaucoup d'habitants rencontrés. « Il y a toujours des histoires comme ça dans les villages, rétorque un jardinier à Saint-Samson-la-Poterie. J'en ai fait l'essai par acquit de conscience, je m'en suis passé sur le visage et cela n'a rien fait : le lendemain, j'ai quand même dû me raser. » Une autre assène : « On y allait pour aller chercher à boire surtout, mais quand les gens ont eu l'eau courante, ces habitudes se sont perdues. »

À Villers-Vermont, Marguerite Biron, la maire (SE) de la commune, appelle à la prudence. « Avant, n'y allaient que les habitants qui connaissaient le coin. Le risque c'est que d'autres veuillent y aller désormais, or l'accès reste compliqué et c'est un domaine privé. » À sa connaissance, aucune analyse de cette eau n'a été réalisée. « On sait que des générations entières en ont bu mais à part ça… » Qu'importe, la légende, elle, n'a pas fini de faire parler.