Dans l’Oise, un pollueur condamné pour avoir déversé 2000 litres de shampoing périmé

En juin 2019, une société a pollué le parc de Géresme, à Crépy-en-Valois, tuant 1600 poissons, en déversant du shampoing dans le réseau d’eau. Le tribunal de Senlis l’a condamnée à une amende de 47500 euros au total, ce mardi pour écocide, un nouveau délit.

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 Crépy-en-Valois. En juin 2019, un entrepreneur avait déversé 2000 litres de shampooing dans les eaux du parc de Géresme.
Crépy-en-Valois. En juin 2019, un entrepreneur avait déversé 2000 litres de shampooing dans les eaux du parc de Géresme. DR

Pollueur-payeur. Le principe a été revisité par le tribunal de Senlis, ce mardi matin. Wonder Glam Paris, une société qui entreposait ses produits cosmétiques à Crépy-en-Valois, a été condamnée à de fortes amendes : 47 500 euros au total, dont 20 000 avec sursis. L'entreprise et son gérant ont été reconnus coupables d'écocide, un nouveau délit, après l'impressionnante pollution du parc communal de Géresme.

Retour au 8 juin 2019. En ce début d'été, les responsables du « poumon vert » de la commune sont dévastés. Des montagnes de mousse recouvrent l'étang et le ru. « Elle s'était délitée en une multitude de boules grandes comme des balles de ping-pong », se remémore Murielle Wolski, l'adjointe à l'environnement.

«Je me souviendrai toujours de cette atmosphère de désolation»

« Il y en avait partout, poursuit l'élue. Ce parc, les écoles de la ville y viennent pour étudier la biodiversité. Tous nos efforts avaient été réduits à néant. Nos agents ont ramassé 1600 cadavres de poissons. Je me souviendrai toujours de cette atmosphère de désolation. »

Plainte a alors été déposée. La gendarmerie et la SAUR (Société d'aménagement urbain et rural), s'orientent vers une société voisine. Le gérant, un ancien coiffeur, avoue avoir déversé pendant plus de trois heures 200 bidons de 10 litres de shampoing périmé dans ses sanitaires.

Les agents de la ville ont ramassé « 1600 cadavres de poissons » selon Murielle Wolski, l’adjointe à l’environnement à Crépy-en-Valois. DR
Les agents de la ville ont ramassé « 1600 cadavres de poissons » selon Murielle Wolski, l’adjointe à l’environnement à Crépy-en-Valois. DR  

En garde à vue, il explique avoir renoncé à les amener en déchetterie, pensant qu'ils allaient être refusés. À l'audience de début janvier, son avocat plaide l'ignorance : « Mon client pensait que les produits allaient terminer dans les eaux usées et non dans le parc. »

Peu importe, pour la commune, qui se réjouit de la décision de justice, un « signe fort, à la hauteur de notre préjudice ». Dans le détail, Wonder Glam Paris devra en effet indemniser la ville à hauteur de 13 500 euros, et le Regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise (Roso), une association, à hauteur de 1000 euros.

Le gérant a également écopé de 3000 euros d'amende, sa société de 30 000 euros, dont 20 000 avec sursis. La société envisage d'ores et déjà de faire appel. « Avec mon client, nous nous donnons jusqu'à vendredi pour décider, explique Me Ali Hassani, son avocat. L'entreprise ne dégage pas suffisamment de bénéfices pour payer de telles sommes. »

«J'espère que cette décision découragera les pollueurs»

Si une telle peine a pu être prononcée, c'est grâce à un nouveau délit, celui d'écocide, créé en novembre 2020. « Avant, les tribunaux avaient du mal à condamner ce type de faits, soupire Jean Jopek, président de la fédération de pêche. J'espère que cette décision découragera les pollueurs. »

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Depuis juin 2019, la nature a en effet repris ses droits. Mais en partie seulement. « La vie revient doucement. Ces produits ont privé la faune et la flore d'oxygène. Tout était mort, décrypte Didier Malé, du Roso. Il faudra entre 5 et 10 ans pour que tout revienne à la normale. Nous avions des carpes et des brochets de belle taille. Si des alevins ont vite réapparu, ils mettront du temps à grandir. »

Cette décision « exemplaire » est source d'espoir pour les associations de défense de l'environnement. « Nous espérons la même sévérité pour d'autres dossiers en cours », conclut le responsable.