Dans l’Oise, on lutte contre des plantes exotiques toujours plus envahissantes

Amenées par des pépiniéristes ou vendues dans des jardineries, des plantes du monde entier se sont installées dans le département. Au détriment de la biodiversité locale, comme dans les Marais de Sacy ou sur le territoire du Parc naturel régional (PNR).

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 La Jussie, par exemple, se développe à la surface de l’eau.
La Jussie, par exemple, se développe à la surface de l’eau.  LP/Guillaume Le Baube

Il y a la Glycérie striée, une graminée originaire d'Amérique du Nord, qui colonise désormais les forêts de Hez-Froidmont, de Retz ou le marais de Sacy. Il y a aussi la Berce du Caucase, qui s'est échappée d'un jardin botanique où elle était cultivée pour s'implanter, entre autres, dans le parc naturel de l'Oise. Ou encore la Lindernie fausse-gratiole, américaine également, arrivée sur le sol français au XIXe siècle, après un long trajet en mer, sur un navire de commerce.

«Elles sont vendues dans les jardineries et paf, ça part ensuite dans la nature»

Des tailles, des fleurs, des feuilles différentes, mais une caractéristique en commun : ces plantes menacent la biodiversité locale. Et elles ne sont pas les seules. Dans le département, et plus généralement dans les Hauts-de-France, les plantes exotiques invasives sont de plus en plus nombreuses, révèle le Conservatoire botanique national de Bailleul (CNBL), qui vient de publier son nouveau guide sur le sujet. Il y a encore six ans, leurs chercheurs répertoriaient une trentaine d'espèces végétales contre 41 désormais, « dont deux hybrides ».

La Renouée du Japon prolifère sur les bords des routes, les berges fluviales, etc. LP
La Renouée du Japon prolifère sur les bords des routes, les berges fluviales, etc. LP  

Derrière cette augmentation, il y a d'abord l'intensification des échanges commerciaux. « Une bonne partie d'entre elles sont des plantes ornementales, raconte Benoît Delangue, chargé de missions scientifiques au CNBL. On les observe au bout du monde et on se dit que cela serait bien de l'avoir dans nos jardins. Ensuite, elles sont vendues dans les jardineries et paf, ça part ensuite dans la nature… »

Un danger pour la biodiversité

C'est le cas notamment des asters américains, importés et cultivés en Europe pour fleurir parcs et jardins, qui s'en sont « échappés par la suite pour coloniser les espaces naturels ».

Particulièrement présents dans les marais de l'Oise, ces massifs denses sont reconnaissables à leurs fleurs semblables à une marguerite… Mais ils sont aussi bien connus des botanistes, pour entraîner « à terme, localement, la disparition de nombreuses espèces et végétations ».

Car sur leur passage, ces plantes exotiques envahissantes bousculent tout l'écosystème. Avec ses petites fleurs jaune vif, la Jussie a longuement fait fureur dans les jardins. « C'est une très belle plante, vraiment magnifique, constate Benoit Delangue. Mais à côté de ça, elle est complètement hors de contrôle. »

«Toujours là, toujours dynamique»

En liberté, ce végétal originaire d'Australie apprécie la proximité des rivières ou des marais, au détriment de la faune et de la flore locale. « La Jussie a tendance à tout coloniser, en se développant de manière très dense à la surface de l'eau. Il n'y a plus de lumière qui passe, donc les espèces indigènes ne peuvent plus se développer en dessous. »

Au Parc naturel régional (PNR) de l'Oise, on veille attentivement au développement éventuel de ces plantes venues d'ailleurs. « On croise les doigts, on n'a pas encore de Jussie », souffle Jean-Luc Hercent, chargé de mission patrimoine naturel au PNR. En revanche, on y trouve de l'Hydrocotyle fausse-renoncule d'Amérique du Nord, de l'Ailante glanduleux du Japon ou encore la Berce du Caucase de Russie…

La Berce de Caucase est une plante envahissante et toxique pour l’être humain. LP
La Berce de Caucase est une plante envahissante et toxique pour l’être humain. LP  

Toutes se propagent à grande vitesse, en produisant énormément de semences. Avec 300 000 graines par an, « disséminées aux quatre vents », impossible de stopper l'Ailante : « Elle se fait faucher trois ou quatre fois dans l'année, mais elle est toujours là et toujours plus dynamique », constate Jean-Luc Hercent. « Pour certaines, on ne peut même plus envisager une éradication, on cherche juste à limiter leur impact », confirme Benoît Delangue.

Arrachage ou compétition ?

Pour tenter d'enrayer la prolifération, un groupe d'experts scientifiques et techniques vient d'être mis en place dans les Hauts-de-France pour coordonner la gestion de ces plantes exotiques envahissantes.

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Parmi les méthodes employées : l'arrachage manuel avant que les jeunes plants arrivent à l'âge adulte et se mettent à produire des semences. Accusés d'entraver la régénération de la forêt de Compiègne ou de Chantilly, les cerisiers tardifs ont ainsi été déterrés dans le PNR.

« Il reste encore quelques individus, mais cela a permis de baisser très fortement la présence de cette espèce en forêt de Chantilly », témoigne Jean-Luc Hercent.

Le cerisier tardif avait colonisé la forêt de Compiègne. LP
Le cerisier tardif avait colonisé la forêt de Compiègne. LP  

Il est aussi possible de jouer sur la compétition entre espèces. « Pour la renouée du Japon, on ne cherche plus à s'en débarrasser complètement, elle est trop implantée, illustre Benoît Delangue. Comme elle a du mal à supporter une trop grande proximité avec certains végétaux, on contrôle son développement en l'affaiblissant. »

Le guide «Plantes exotiques envahissantes des Hauts-de-France» est téléchargeable gratuitement sur le site du Conservatoire de Bailleul.