Dans l’Oise, les habitants d’Appilly sont de nouveau submergés par les eaux

Alors que les cours d’eau débordent aux quatre coins du département, ce village touché l’an passé par six semaines d’inondations vit un nouveau cauchemar. Dix maisons ont déjà été évacuées. Entre fatigue et colère, les habitants n’en peuvent plus.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Dans la commune d’Appilly, une passerelle a été construite rue Haudoirs pour aider les habitants à y accéder.
Dans la commune d’Appilly, une passerelle a été construite rue Haudoirs pour aider les habitants à y accéder. DR

Devant une rue complètement inondée, un petit groupe de voisins s'est formé, au gré des va-et-vient de chacun. « Alors, comment ça va ? » demande une nouvelle arrivante. « Ça baigne », répond Nicole du tac au tac. Elle sourit immédiatement : « C'est sorti tout seul, j'avais jamais pensé à faire la blague auparavant. »

Alors que le département est placé en vigilance Orange pour les inondations, cela va faire deux jours que cette retraitée de 79 ans a quitté sa maison, « pour aller chez mon fils ». « Je n'ai plus d'électricité, les prises sont dans l'eau et mon lit aussi. »

«Si on ne plaisante pas un peu, on se flingue avec ce qui se passe»

Ses traits sont tirés, sa voix tremble parfois. Mais quand un pompier lui demande où elle part, cette habitante rétorque avec humour : « J'en ai tellement marre de la mer que je vais à la montagne. » Elle soupire : « Si on ne plaisante pas un peu, on se flingue avec ce qui se passe. » Depuis bientôt deux jours, l'histoire se répète à Appilly. Et la partie basse de ce village de 550 âmes du Noyonnais est de nouveau sous l'eau, avec les fortes précipitations de ces derniers jours.

DR
DR  

« L'an passé, mon fils avait dû m'héberger pendant plus d'un mois, j'ai eu de l'eau pendant six semaines chez moi, continue Nicole. Vous imaginez, c'est fou… » C'est son voisin qui a récupéré ses clés, pour venir surveiller les lieux. Elle soupire : « Mes canapés avaient déjà morflé l'an passé. Là, on m'en a livré un tout neuf lundi dernier, il est déjà sous 10 cm d'eau… Les dégâts que je vais avoir… Ce n'est plus vivable cette situation. » Pour le moment, treize maisons ont été inondées et 10 d'entre elles ont été évacuées.

«On avait tout nettoyé pour qu'ils puissent reprendre une vie normale»

Un peu plus loin dans la rue, des poules se partagent un petit bout de terre dissimulé derrière un grillage, le reste du terrain est entièrement recouvert par l'eau. Quelques chats slaloment sur les murets immergés. Sa voiture garée sur un trottoir, Marie-Claire, 60 ans, attend patiemment. Elle est venue chercher son frère. Après ses parents, c'est au tour de ce dernier de se réfugier chez elle, à Sempigny. « J'ai seulement trois chambres, donc moi et mon mari allons dormir sur le canapé. »

LP/Juliette Duclos
LP/Juliette Duclos  

Au travers la fenêtre ouverte, elle raconte la fatigue de ses proches. « Ils ont beau s'être habitués, deux inondations coup sur coup, c'est dur pour eux, à la fois moralement et physiquement, confie Marie-Claire. On avait tout nettoyé pour qu'ils puissent reprendre une vie normale à leur retour. On va devoir recommencer. »

«Plus de sanitaire, plus de douche, plus rien»

L'an passé, certains habitants étaient retournés à leur domicile, seulement après le confinement, retrouvant des moisissures sur les murs, de la boue séchée au sol, des meubles et des souvenirs noyés. « Mes parents ne dorment pratiquement plus. On a beau être là, avec eux, ils sont stressés. »

Dans sa maison de Domingo, l'eau commence, doucement mais sûrement, à s'infiltrer. « Elle est au ras de la véranda, mais ça monte encore. » Son jardin est entièrement immergé, on ne distingue plus que les arbres et la piscine. « Maintenant, j'ai un étang privé juste pour moi », déclare-t-il, pince-sans-rire. Hier, il a élevé tous ses meubles pour les mettre sur des parpaings. « Mais là, j'ai plus de sanitaires, plus de douche, plus rien. »

Le jardin de Domingo est entièrement sous l’eau. LP/J.D.
Le jardin de Domingo est entièrement sous l’eau. LP/J.D.  

Pour dormir au chaud, certains sont allés chez des proches, Domingo, lui, a décidé de sortir son camping-car. « Normalement, il est prévu pour la balade, pas pour les inondations, glisse-t-il avec ses yeux rieurs. Mais au moins, je suis au sec, je peux partir à tour moment, je suis autonome. »

«Nos maisons n'ont plus de valeur»

Il s'interrompt brutalement à la vue d'une camionnette qui se dirige vers la route inondée. « Vous allez par où ? Parce que là, ça ne passe pas en voiture. » Le chauffeur, perdu, indique qu'il recherche la direction de Trosly-Breuil et ajoute : « Je ne suis pas du coin », face à l'air furibond de Domingo. « Les gens viennent, passent quand même en voiture, ça fait des vagues et après, ça rentre chez moi », insiste ce dernier. Chez lui, le choc a d'abord laissé la place à l'usure. Et l'usure, à la colère.

Newsletter L'essentiel du 60
Un tour de l'actualité de l'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

« Deux ans de suite, c'est éreintant. Moi, ça fait 24 ans que je suis là, avant, on pouvait passer tous les hivers, mais là, il y a un problème quelque part, c'est clair. » Il a bien pensé à partir, mais pour aller où ? « Nos maisons n'ont plus de valeur, elles sont en zone inondable. À moins de trouver des gens qui ont envie de dormir avec leurs bottes. »

Impossible de savoir si la situation va s'aggraver dans les jours à venir. Les habitants, eux, scrutent le ciel, guettent la pluie et continuent de s'interroger. « Est-ce qu'on va finir par aller au travail en barque », ironise Agnès. En attendant, le préfet de l'Aisne a fermé par arrêté une vanne du siphon de Mannicamp, en partie responsable de l'inondation dans la commune.

LP/Juliette Duclos
LP/Juliette Duclos