Dans l’Oise, le Covid-19 a eu la peau du magasin de farces et attrapes de Buny

Costumes, pétards, articles de fête… C’est un magasin mythique qui vient de fermer définitivement ses portes dans le centre-ville de Beauvais. Gérard Vivet, alias Buny, n’a pas pu résister à la crise sanitaire.

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 Beauvais. C’est fini pour Buny. Gérard Vivet, le plus célèbre artificier de la ville, a été contraint de fermer sa boutique.
Beauvais. C’est fini pour Buny. Gérard Vivet, le plus célèbre artificier de la ville, a été contraint de fermer sa boutique. LP/Patrick Caffin

Gérard Vivet, alias Buny, a le cœur lourd au moment de fermer la grille de son magasin situé rue Pierre-Jacoby, dans le centre-ville de Beauvais (Oise). « Ce sont 24 ans de ma vie qui s'arrêtent », lâche-t-il, en précisant qu'il lui « faudra beaucoup de temps pour digérer » tout cela.

Car Buny a beau être une institution de la ville-préfecture de l'Oise, cela ne lui a pas suffi pour résister à la crise sanitaire du Covid-19. Comme d'autres avant lui, il a dû fermer son magasin, spécialisé dans les farces et attrapes, déguisements et autres feux d'artifice.

« Le pire a été de licencier ma collaboratrice, confie-t-il. C'était une très grande professionnelle. Mais avec 66 % de pertes, je n'avais pas d'autre choix. Le bail se terminant, je n'avais plus les moyens de continuer. J'ai perdu tout ce que j'avais investi. »

2600 costumes à louer, 200 à vendre…

Un coup dur, aussi, pour les habitants. A l'image de Fabienne, qui regrette déjà « une petite boutique et son formidable patron qui proposait un grand choix d'articles festifs avec un service irréprochable ».

Chez Buny, on trouvait tout pour faire la fête. Rien de moins que 2600 costumes à louer, 200 en vente, des ballons, des confettis et bien entendu les bombes pour les feux d'artifice. « C'est vrai que l'activité de location de costumes était en perte de vitesse ces dernières années, les feux d'artifice représentaient 90 % du chiffre d'affaires. »

En regardant les boutiques vides de la rue Pierre-Jacoby, Gérard Vivet ne cache pas son dépit. « Je suis très inquiet pour l'avenir, assure celui qui s'est longtemps investi dans l'association des commerçants. La politique du stationnement payant et le développement des centres commerciaux ont affaibli le centre-ville. Le coronavirus va l'achever. »

700 à 800 feux d'artifice tirés par an

Si la vie de commerçant s'est arrêtée pour Gérard Vivet, celle d'artificier continue. « C'est ma passion, je ne peux pas arrêter, déclare-t-il. Même si je n'ai plus la vitrine que m'offrait ma boutique. » A bientôt 69 ans, il aurait pourtant pu prendre une retraite bien méritée d'autant plus qu'il a commencé à travailler à l'âge de 14 ans. « Je continue aussi de faire le Père Noël pour les enfants hospitalisés le 25 décembre », tient-il à préciser.

Pour en revenir aux mortiers, fusées et autres bombes, il n'est donc pas question de les ranger même si, là aussi, le contexte n'aide pas. « Dans une année normale, entre les mariages et les communes, je tire entre 700 et 800 feux d'artifice, explique-t-il. Evidemment, 2020 a été une année de reports et d'annulations. 2021 suit pour l'instant le même chemin. »

«Le meilleur pour les mariages»

Au fil des années, Gérard Vivet s'est taillé une belle réputation. « Le secret, c'est de réussir un scénario qui comble les clients, explique-t-il. On doit respecter leurs couleurs préférées et faire en sorte que l'œuvre monte crescendo jusqu'à l'incontournable final. »

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Et il semble faire l'unanimité. Philippe et Sandra soulignent qu'il a « lancé un feu d'artifice qui fut le point d'orgue de notre mariage en septembre 2020 », quand Alexis voit en lui « le meilleur pour les mariages ». Bruno, chanteur, explique de son côté qu'il voit « beaucoup de feux d'artifice » lors de ses prestations, « mais ceux de Buny sont toujours surprenants, intenses et très rythmés ».

Il a officié pour Dany Boon et Patrick Bruel

Ainsi, en plus d'animer 80 communes de la région chaque 14 juillet, le passionné compte à son palmarès quelques belles prises. « Le mariage de Dany Boon reste un de mes meilleurs souvenirs », confesse-t-il. Confirmant que celui de Patrick Bruel lui a valu quelques clients supplémentaires.

« Un couple s'est déplacé au salon du mariage de Paris pour faire appel à moi, raconte-t-il. Ils m'ont expliqué à quel point c'était important pour leur communauté d'avoir l'artificier de Bruel. En rigolant, je leur avais dit que je ne me déplaçais pas pour moins de 10000 euros. Ils ont accepté ! Sur place, j'ai signé 28 mariages supplémentaires. »

Des souvenirs qui ne font pas disparaître l'amertume, au moment de fermer boutique. Avec la fin de Buny, c'est le dernier magasin d'articles de fête de Beauvais qui s'en va. Festi, dans la zac de Ther, a cessé son activité fin 2020. Party Fiesta, au Jeu de Paume, avait déclaré forfait dès 2019. Cette fois, ça y'est, la fête est finie.