Dans l’Oise, l’aide alimentaire s’intensifie pour les étudiants dans le besoin

Alors que la crise sanitaire a plongé de nombreux étudiants dans la précarité, les initiatives pour les soutenir au quotidien se multiplient dans le département.

 Creil, samedi. Dans la résidence universitaire de Creil, l’association Pour un sourire a distribué une quarantaine de paniers contenant nourriture et produits d’hygiène.
Creil, samedi. Dans la résidence universitaire de Creil, l’association Pour un sourire a distribué une quarantaine de paniers contenant nourriture et produits d’hygiène. LP/Stéphanie Forestier

Un millier d'étudiants à Creil, 5 500 à Compiègne, 3 700 à Beauvais… Et, parmi eux, beaucoup, victimes collatérales de la crise sanitaire, qui peinent à joindre les deux bouts. Privés de petits boulots qui se concentrent dans les secteurs devenus non essentiels, ils sont nombreux à se serrer la ceinture. Devant l'aggravation de leur situation financière, les initiatives se développent pour les aider. Une véritable prise de conscience collective. À Bailleul-sur-Thérain, par exemple, la mairie vient d'octroyer une aide reconductible de 100 € à 60 étudiants sans ressources. Vendredi, les jeunes élus de Beauvais et Creil de moins de 30 ans ont lancé un appel au conseil départemental afin qu'il appuie leur demande de création d'un revenu de solidarité active (RSA) pour les étudiants.

Des aides associatives d'urgence

À Creil, l'association « Pour un sourire » s'est rendue quant à elle, samedi, à la résidence étudiante du Crous pour distribuer des paniers remplis de nourriture et de produits d'hygiène. « À la base, nous œuvrons dans l'humanitaire. Mais, la précarité étudiante nous touche et nous a poussés à faire évoluer nos missions, raconte Haïda Bourounia, la responsable. Fin janvier, la générosité des commerçants du centre-ville nous a permis de recevoir des dons en tous genres. Nous espérons entraîner d'autres associations dans notre sillage pour qu'elles se joignent à nous. La mairie nous a aidés et veut fédérer toutes ces actions en créant un collectif pour que nous puissions continuer à aider un maximum de monde. »

Mame, 23 ans est Sénégalaise. Elle fait partie de la centaine d'étudiants logés à la résidence. « Je suis étudiante à l'IUT de Beauvais en contrôle de gestion. Grâce à mon contrat en alternance, je gagne 900 € par mois. Mais, une fois le loyer et tous les frais réglés, il ne me reste plus grand-chose. J'ai réussi à rentrer chez moi voir ma famille car je me sentais très seule. Les revoir m'a aidée, mais le voyage a été un sacrifice financier. Quand j'ai vu qu'il y avait une distribution, j'ai sauté dessus ! » Saliou a le même âge. C'est lui qui fait l'interface entre les étudiants et l'association. « Je veux me rendre utile car en ce moment, c'est très dur. Je n'ai pas trouvé d'entreprise pour mon alternance et ne suis pas boursier… On est nombreux à ne pas avoir de ressources, de travail. On s'entraide comme on peut. Cette distribution nous sauve. » Une action similaire est d'ailleurs en train de se monter à Compiègne.

Solidarité entre étudiants

Dans la Cité impériale, justement, l'épicerie solidaire (EPI) de l'Université de technologie vient d'ouvrir sa boutique en ligne pour faciliter les démarches. Une soixantaine de bénéficiaires s'y sont inscrits et passent deux fois par semaine, moyennant 7 euros, pour aller chercher de quoi tenir. « Depuis le premier confinement, nous avons demandé à la Passerelle, l'épicerie sociale, de nous remplacer pendant les vacances et les intersemestres, explique Marie Schuppe, vice-présidente de l'EPI. On leur paie les paniers. Nous sommes tous des étudiants bénévoles. Quand nous sommes absents, nous ne pouvons plus nous permettre de fermer. Beaucoup d'étudiants, notamment étrangers, ne peuvent pas rentrer chez eux. On doit être là pour eux. » L'EPI existe depuis six ans et est vite devenue indispensable. Elle se fournit une fois par semaine à la Banque alimentaire.

Les agriculteurs s'y mettent aussi

L'aide vient aussi d' agriculteurs au grand cœur. À Esquennoy, dans le Beauvaisis, Laurent et Isabelle Cnudde, de la ferme du Chassy, ont lancé en décembre un panier bio miniprix pour les étudiants. « Notre activité n'a pas baissé malgré le Covid et on voulait aider à notre échelle. Alors, on a lancé un panier à 4 € pour que les étudiants aient ce qu'il faut pour cuisiner. On ne se prend aucune marge, c'est le prix sorti des champs. », souligne le généreux maraîcher. Pommes de terre, carottes, betteraves, oignons, poireaux, pommes, poires, le panier varie chaque semaine. Les étudiants peuvent venir le chercher à la ferme, après l'avoir commandé sur la boutique en ligne, ou se rendent dans un des deux points-relais à Beauvais à côté de l'Institut UniLasalle et rue Victor-Hugo, en ville. « On ne demande pas la carte étudiant, on fait confiance. Un jour, une retraitée nous en a commandé un. Elle nous a dit que c'était pour son petit-fils… On n'a pas chipoté. Il faut être solidaire. » D'ailleurs l'agriculteur propose aux étudiants qui le souhaitent de les embaucher pour les prochaines récoltes qui devraient démarrer en mai. « On a 130 ha de champs et une dizaine d'hectares en maraîchage, on aura besoin de monde! Si on peut dépanner. »

Contacts. Pour un sourire, tél. 06.45.59.66.22. ; Epi : [email protected] ; Ferme du Chassy : www.fermeduchassy.fr. Téléphone : 03.44.80.32.07.