Covid-19 : le masque devient obligatoire dans les grandes villes de l’Oise

Le taux d’incidence du coronavirus ayant plus que triplé sur les trois dernières semaines, le département a été placé en zone d’alerte. La préfecture a annoncé ce lundi de nouvelles mesures restrictives.

 À propos du port du masque rendu obligatoire dans les treize plus grandes villes de l’Oise, « il n’est jamais trop tard pour bien faire », commente Jean-Claude Villemain, le maire de Creil, qui a pris cette mesure dès le mois d’août.
À propos du port du masque rendu obligatoire dans les treize plus grandes villes de l’Oise, « il n’est jamais trop tard pour bien faire », commente Jean-Claude Villemain, le maire de Creil, qui a pris cette mesure dès le mois d’août.  LP/Julien Barbare

Fini de narguer les Parisiens obligés de porter le masque partout et tout le temps depuis fin août. Avec un taux d'incidence du Covid-19 « qui a plus que triplé sur les trois dernières semaines pour atteindre au 28 septembre 79 cas pour 100 000 habitants, l'Oise est désormais en zone rouge », indique ce lundi la préfecture, confirmant la carte présentée mercredi soir par Olivier Véran, le ministre de la Santé.

Les autorités viennent ainsi de prendre une mesure similaire à celle régnant dans la capitale, imposant le port du masque dans les treize villes* du département comptant plus de 10000 habitants. Les réfractaires encourent une amende de 135 euros.

Mariages et autres fêtes devront se faire en petit comité

Dans le même temps, les « rassemblements statiques » dans les parcs redeviennent proscrits pour les groupes de plus de 10 personnes, comme dans la foulée du confinement. L'interdiction de la vente d'alcool après 0h30 est étendue à tout le territoire et les foires, brocantes et autres braderies rassemblant plus de 200 exposants ne sont plus tolérées.

Voilà pour les mesures spécifiques à l'Oise, valables pour 15 jours renouvelables, en plus de l'obligation du masque à 50 mètres des écoles, aux heures de classe, à proximité des centres commerciaux ou sur les marchés. S'ajoute, comme dans tous les départements en zone rouge et comme annoncé par le ministre de la Santé, l'impossibilité d'organiser des rassemblements privés de plus de 30 personnes.

Une interdiction qui ne vaut que dans les salles municipales ou autres établissements, privés ou non, recevant du public. Impossible, pour l'Etat, d'imposer la même chose chez les particuliers. Quoi qu'il en soit, si les enterrements ne sont pas concernés, mariages et autres baptêmes devront se faire en petit comité.

« Ils ne peuvent pas nous laisser un peu tranquilles, râle un Creillois. Que je monte dans des trains bondés tous les jours, par contre, ça ne dérange personne ? » Une habitante de Compiègne, elle, trouve ces dispositions adaptées. « La première vague, on l'a vue venir avec l'Italie, sans réagir, et on sait ce que cela a donné. »

« Il n'est jamais trop tard pour bien faire »

D'après les services de l'Etat, qui ont réuni les maires lors d'une visioconférence, ce lundi, les élus de l'Oise seraient favorables à ces nouvelles mesures. « Je les comprends, assure le maire (PCF) de Montataire, Jean-Pierre Bosino. Là où je suis mécontent, c'est que le coût du masque, qui est important pour les familles, ne soit pas pris en charge. »

Quant au maire (PS) de Creil, Jean-Claude Villemain, il ne peut que trouver cela cohérent. « Il n'est jamais trop tard pour bien faire, commente l'élu qui a imposé le masque dès le 12 août dans sa commune. Si on veut freiner le Covid, il faut bien faire des efforts, des sacrifices. Si cela avait été fait plus tôt, cela aurait pu accompagner d'autres mesures, accélérer la lutte contre le virus. »

Le maire aurait bien vu l'ensemble du territoire être concerné par l'obligation de se couvrir le visage, même s'il comprend que « Madame la préfète (Corinne Orzechowski, NDLR) a voulu cibler les lieux de concentrations — magasins, entreprises, usines — pour éviter que ces derniers ne soient touchés et obligés de fermer ».

Lui assure en tout cas que « la majorité des Creillois a accepté cette contrainte », même si cela ne semble pas évident dans le centre et le quartier de la gare, où les masques sont le plus souvent absents, ou mal portés. « La police municipale a effectué des contrôles mais a surtout eu un rôle pédagogique », poursuit Jean-Claude Villemain, qui n'a pas tenu le compte du nombre d'amendes distribuées.

Amende revue à la hausse à Creil

L'arrêté préfectoral prenant le pas sur celui de la municipalité, l'amende passera donc de 35 à 135 euros à Creil. « On s'en moque… » affirme un habitant, rencontré sur la place Carnot. Au grand dam d'un commerçant de la rue Jean-Jaurès : « Le soir, ce sont des dizaines de personnes qui se réunissent au bord de l'Oise pour boire un coup, j'attends encore de voir la police ».

La préfecture, de son côté, affirme que « des contrôles renforcés sont réalisés dans l'ensemble du département pour s'assurer du respect des mesures barrière » : 15 000 contrôles auraient été effectués depuis le mois d'août, selon les services préfectoraux, donnant notamment lieu à la fermeture administrative de sept débits de boissons.

Et après ? L'inquiétude des professionnels

Entre inquiétude, colère et lassitude, les Oisiens en ont en tout cas assez. Sans compter qu'une partie des professionnels (restaurateurs, cinémas, salles de spectacles) craignent de voir l'épidémie s'aggraver et de rejoindre l'Ile-de-France et ses mesures restrictives plus drastiques. « Quand je vois ce qui arrive aux collègues des grandes villes… Mais j'ai peur qu'on ne puisse pas y échapper », soupire le chef d'une adresse compiégnoise.

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Les salles de sport vivent également dans l'angoisse. « Nous ne sommes pas à l'abri de passer en zone d'alerte renforcée dans les prochains jours », souligne Hicham Ghadfa, propriétaire du Fitness club de Senlis, qui compte deux salles, l'une ouverte en 2011, l'autre « deux mois avant le confinement ». S'il ne remet pas en cause ce dernier, « indispensable », il assure qu'après une nouvelle fermeture longue, « on ne se relèverait pas, comme de nombreuses autres salles de l'Oise, avec lesquelles nous sommes en contact ».

*Beauvais, Compiègne, Creil, Nogent-sur-Oise, Crépy-en-Valois, Méru, Senlis, Noyon, Montataire, Pont-Sainte-Maxence, Chantilly, Chambly et Clermont

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