Compiègne : pour lutter contre le crack, la police dégaine la politique du «harcèlement»

Le changement de commissaire et de procureur de la République à Compiègne s’accompagne d’une nouvelle stratégie pour lutter contre le trafic de stupéfiants, particulièrement de drogues dures.

 Compiègne (Oise), mercredi. Avec une dizaine d’interventions en nombre depuis le début d’année, les policiers de la cité impériale veulent mettre à mal les trafics de stupéfiants.
Compiègne (Oise), mercredi. Avec une dizaine d’interventions en nombre depuis le début d’année, les policiers de la cité impériale veulent mettre à mal les trafics de stupéfiants. LP/Elie Julien

Gaëtan n'a que 19 ans mais déjà dix mentions à son casier judiciaire, principalement pour des faits de trafic de stupéfiants. A nouveau condamné ce lundi par le tribunal judiciaire de Compiègne (Oise), il avait été interpellé le 7 octobre dernier lors d'une « opération de sécurisation » menée par les policiers de la cité impériale.

Sur lui, les forces de l'ordre avaient retrouvé 375 euros en espèces, 5,7 grammes d'héroïne et 3,5 grammes de cannabis. De faibles quantités ? Qu'importe, désormais. Car là n'est pas le plus important pour les autorités compiégnoises, dont les représentants viennent de changer : nouvelle procureure de la République depuis le 1er septembre, nouveau commissaire depuis le 1er juillet et même nouveau commandant de gendarmerie. Et avec eux, nouvelle politique de lutte contre les trafics de stupéfiants.

« Avant d'arriver ici, je me suis renseignée et rendu compte que le Compiégnois était devenu la plaque tournante de drogues dures, du crack notamment, avec des trafiquants de haut niveau impliquant des connexions internationales », souligne Marie-Céline Lawrysz, qui dirige désormais le parquet compiégnois. Pour mettre fin à cela, elle entend mener un « harcèlement » des dealers, avec le commissaire Pierryck Boulet.

Marie-Céline Lawrysz, procureure de Compiègne. LP/E.J.
Marie-Céline Lawrysz, procureure de Compiègne. LP/E.J.  

Ainsi, depuis septembre, une dizaine d'opérations de police, conjointes avec la police municipale et avec des renforts départementaux (dont les équipes cynophiles), ont déjà été menées.

Mercredi a eu lieu une nouvelle opération. Cette fois-ci, une vingtaine d'agents visait le passage Frédéric-Chopin où un point de deal avait été identifié. Les trafiquants, vite alertés par les guetteurs, ont eu le temps de s'échapper. Aucune saisie ni aucune interpellation ce jour-là, donc. Mais les policiers ont ensuite traversé, à pied, le quartier vers d'autres points de vente pour « occuper le terrain » pendant près de deux heures.

VIDÉO. La consommation de crack a-t-elle explosé à Paris ?

« C'est toujours des heures de chiffre d'affaires en moins pour eux. Le but est de les mettre dans l'insécurité, l'inconfort », explique Pierryck Boulet. « Ils sont obligés de ne plus disposer de trop de stock sur eux, de se réorganiser », pense la procureure. Tout comme les usagers, qui s'exposent à un plus grand risque de recevoir une amende forfaitaire de 200 euros. A terme, l'usage des drones de la police municipale devrait par ailleurs permettre d'éviter la fuite des délinquants.

Déjà près d'un kilo de produits saisi

Les premiers résultats de cette nouvelle politique sont encourageants, aux yeux des autorités. Un déploiement identique, mené la semaine précédente, avait permis de saisir 230 grammes de cannabis, 38 grammes d'héroïne, 3 grammes de crack, une dose de cocaïne, 480 euros en liquide et avait abouti à plusieurs interpellations.

Rien que sur les deux premières semaines d'octobre, les policiers ont pu mettre la main sur environ 1 500 euros en liquide. « Depuis le début de ces opérations, nous approchons du kilo de produits stupéfiants intercepté. Cela permet de s'imaginer l'ampleur des trafics et les sommes colossales qui sont brassées », poursuit Pierryck Boulet, qui dirigeait avant le commissariat de Creil, plus habitué au cannabis qu'aux drogues dures.

« Ce trafic de crack n'est pas comme un simple trafic de cannabis en cité, souligne le nouveau commissaire. Il entraîne de lourdes conséquences. On a de nombreux vols avec violence de consommateurs qui veulent payer leur dose », poursuit Marie-Céline Lawrysz.

Les enquêtes au long cours toujours d'actualité

C'est pourquoi le tribunal judiciaire de Compiègne prévoit « des réquisitions empreintes de fermeté pour les petits dealers qui sont interpellés, pour qu'ils n'aient plus ce sentiment d'impunité. »

Pour autant, si les interpellations en flagrant délit amènent à des comparutions immédiates rapides, comme ce lundi, les enquêtes au long cours pour « atteindre les semi-grossistes du crack ne vont pas s'arrêter », prévient-on au tribunal.

Du côté des habitants, spectateurs de ces trafics, on attend de voir les résultats. « C'est vrai qu'on voit davantage la police. On ne comprenait pas pourquoi ils ne venaient pas arrêter ces jeunes qui dealent tous les jours », souffle ce riverain du Clos-des-Roses. « Le commissariat a essuyé des tirs de mortier il y a une semaine, c'est qu'on est efficace… » pense-t-on au parquet.