Compiègne déclare la guerre aux mécaniciens clandestins du dimanche

Nuisances sonores, traces d’hydrocarbures, pièces détachées abandonnées… Après Creil, la cité impériale va prendre un arrêté visant à interdire toute réparation, ou presque, de son véhicule sur la voie publique.

 Seules les petites réparations seront autorisées. Interdit, bientôt, d’effectuer sa vidange ou de changer un filtre.
Seules les petites réparations seront autorisées. Interdit, bientôt, d’effectuer sa vidange ou de changer un filtre. LP/Stéphanie Forestier

Réaliser une vidange, changer une transmission, un filtre ou une ampoule… Le week-end, au pied des immeubles des quartiers de Compiègne, il est fréquent de voir quelques bricoleurs s'improviser garagistes pour effectuer des réparations sur leurs voitures. Des séances de mécanique sauvage tolérées tant qu'aucune pollution n'est constatée. Ce qui n'est pas toujours le cas.

Ces six derniers mois, une quinzaine de constatations ont ainsi été dressées par la police municipale pour atteinte à l'environnement. « Il y a eu des renvois devant le procureur de la République avec des amendes qui ont grimpé jusqu'à 800 euros», assure Eric de Valroger, adjoint au maire chargé de la sécurité. La sentence pouvant atteindre 1500 euros.

Mais face aux plaintes des riverains, excédés par le bruit engendré notamment, les élus de la cité impériale ont décidé de sévir. Et de permettre aux policiers municipaux de verbaliser même en l'absence de pollution, et de manière rapide.

Pollution ou non, ce sera au moins 38 euros

Un arrêté - « qui n'attend plus que la signature du maire », indique-t-on à l'hôtel de ville - va bientôt interdire tout acte de mécanique automobile sur la voie publique. Qu'il y ait pollution ou non. Sous peine d'une amende de 38€. Les contrevenants devront également assumer les éventuels frais de nettoyage et de remise en état de la chaussée.

Une tolérance sera toutefois appliquée pour les dépannages courants, s'ils respectent l'environnement et le voisinage. « On ne va pas punir un changement de roue », précise Eric de Valroger.

« Mais alors, où se trouve la limite ? questionne un Compiégnois. J'ai le droit de virer un pneu crevé, mais pas de réparer mon rétroviseur ? Si je peux acheter des pièces sur Internet et que je sais les monter, je ne vois pas comment on peut m'empêcher de le faire tant que je respecte les horaires pour le bruit et que j'apporte l'huile usager en déchetterie. »

Pitcho, un habitant du Clos-des-Roses, ne voit de toute façon pas comment il pourrait faire autrement. Il n'a pas de garage fermé et gagne tout juste de quoi faire vivre sa famille. « Ma paie de chauffeur poids lourd ne me permet pas de me rendre dans un garage où on me demande 600 euros pour changer la distribution, souligne-t-il. On est nombreux à être dans ce cas. »

Il ne s'occupe d'ailleurs pas seulement de sa voiture, mais aussi de celles de ses proches, par solidarité. « Mon père était mécanicien. Il m'a tout appris, poursuit-il. Ma voiture a 20 ans et elle roule encore. Je fais attention à ne pas tacher le trottoir et à être à bonne distance des fenêtres des immeubles. Oui, j'aide les amis et la famille, mais ça s'arrête là. »

Cet autre mécanicien amateur, heureux propriétaire d'un jardin, estime à 50 ou 70 % les économies réalisées en faisant les travaux lui-même. « Cela dépend du temps qu'y aurait passé le garagiste. » Autrement dit, plus l'intervention est lourde et longue, plus il est financièrement intéressant d'être autonome.

A cause des odeurs, « je ne peux plus aérer chez moi »

Pour autant, difficile d'ignorer les nuisances dues aux excès, notamment dans les quartiers, où certains habitants ont hâte que l'arrêté soit appliqué. Henri, retraité, habite au rez-de-chaussée d'un immeuble et il n'en peut plus. « Il fait encore beau, il y a du soleil et je ne peux plus aérer chez moi, regrette-t-il. C'est surtout les après-midi. Ils font vrombir les moteurs, ça tape, et les odeurs sont très désagréables… »

Une habitante de la Victoire se dit plus partagée : « Cela ne donne pas une très bonne image du quartier… Mais alors, cela veut dire que si on a les moyens d'avoir un jardin, on peut réaliser en plus des économies sur les frais d'entretien de sa voiture ? Et si on habite dans une tour, on doit payer un professionnel ? »

Une alternative existe toutefois à Compiègne : le Centre auto repair, dans le quartier Bellicart. Là, contre 25 euros de l'heure, tout le matériel, y compris le pont, est accessible, accompagné de conseils. « Dans un garage, la main-d'œuvre vaut plutôt 60 euros, certifie Guy Adjovi-Boco, cogérant. On a de plus en plus de monde. »

La mécanique sauvage, « bien sûr que cela existe, c'est pour cela que nous avons lancé notre centre, poursuit le responsable, qui a vu arriver de repentis mécanos. Ils apprécient surtout que nous prenions en charge la gestion des fluides ou des pneus. »

La cité impériale n'est pas la première commune de l'Oise à s'attaquer au problème. À Creil, voilà deux ans que Jean-Claude Villemain, le maire (PS), a pris un arrêté. « Chez nous, on est dans de l'économie parallèle. Avec des garages clandestins qui ont pignon sur rue. En plus de polluer l'espace urbain, cela encourage les vols de pièces détachées et nuit à l'activité des vrais artisans … Nous verbalisons et nous faisons enlever les véhicules systématiquement. »

Dans leur lutte, les maires peuvent compter sur les services de l'Opac, principal bailleur social de l'Oise, qui constate des faits similaires dans tout le département. « Cela génère aussi des problèmes de stationnement, avec des voitures ventouses, indique l'office. Notre service prévention sécurité peut accompagner les municipalités pour toute action de prévention afin d'endiguer ce phénomène. »