Chasse à courre : quand les gendarmes de l’Oise jouent les médiateurs

Face aux troubles croissants entre veneurs et anti-chasse, les forces de l’ordre ont décidé de rencontrer tour à tour l’ensemble des protagonistes.

 Pour la première fois, dans un cadre formel, les gendarmes de l’Oise ont ainsi rencontré récemment, tour à tour, l’ensemble des protagonistes, veneurs et opposants.
Pour la première fois, dans un cadre formel, les gendarmes de l’Oise ont ainsi rencontré récemment, tour à tour, l’ensemble des protagonistes, veneurs et opposants. LP/A.B

L'abolition de la chasse à courre attendra. La semaine dernière, l'examen en première lecture à l'Assemblée nationale du projet de loi relative aux conditions de vie des animaux, a tourné court, faute de temps.

Et le débat sur la vénerie, qui figurait initialement à l'article 4 du texte avant d'être retiré, n'a pas eu le temps d'enflammer les bancs du palais Bourbon.

Il n'empêche, les partisans de la fin de la chasse à courre veulent y voir une première «avancée». «C'est désormais une question de temps», estime ainsi le collectif AVA (Abolissons la vénerie aujourd'hui).

Les partisans de la chasse à courre, eux, restent sur leur garde : «Ne nous leurrons pas, prévient la société de vénerie. Cet échec technique ne suffira pas à désarmer nos adversaires endoctrinés.»

En attendant son retour sur la scène parlementaire, c'est donc sur le terrain que l'opposition entre les deux camps va continuer à se jouer. Une saison déjà très tendue, marquée par l'irruption d'un cerf traqué à l'entrée de la ville de Compiègne, qui oblige les autorités à un certain changement de stratégie.

«Il ne faut pas entretenir cette victimisation des deux côtés»

Pour la première fois, dans un cadre formel, les gendarmes de l'Oise ont ainsi rencontré récemment, tour à tour, l'ensemble des protagonistes, veneurs et opposants. Objectif : tenter d'apaiser les tensions qui vont grandissant chaque semaine.

«Il s'agit que tout le monde ait voix au chapitre, dit-on chez les gendarmes de l'Oise. Quels que soient les partenaires, ça a été constructif, dans une démarche pédagogique. On a pu expliquer les choses, sans haine ni passion. Il ne faut pas entretenir cette victimisation des deux côtés.»

«C'est un premier pas, admet Stanislas Broniszewski, figure du collectif AVA. Le ton était cordial et on a eu l'occasion de dire que la situation était de plus en plus tendue en forêt et que l'on prenait de plus en plus de coups. On veut des actes et pas que des paroles.»

«Plus ils sont là, plus ils créent de tensions»

«C'est tout à fait normal que les gendarmes cherchent à savoir qui est qui, qui crée les tensions et qui dépasse la ligne blanche, apprécie de son côté Alain Drach, le chef d'équipage de chasse à courre la Futaie des amis. Plus les AVA sont là, plus ils créent des tensions. Nous, nous n'en créons aucune. Depuis 1926, jamais nous n'avions eu besoin d'un arrêté préfectoral pour nous protéger...»

En rencontrant les opposants, les autorités entendent aussi couper court aux accusations récurrentes de collusion entre les services de l'Etat et les chasseurs à courre.

A l'image du mandat autorisant les forces de l'ordre à «employer la force» pour dissiper un attroupement en forêt. Ou l'arrêté préfectoral visant à restreindre l'accès à certaines parties du massif pendant les chasses à courre. Arrêté qui fait aujourd'hui l'objet d'un recours du collectif AVA devant le tribunal administratif d'Amiens (Somme).

«Autre chose à faire que de protéger les veneurs»

«On a senti que les gendarmes voulaient désamorcer cette histoire et nous rassurer, notamment sur l'usage de la force, confie Stanislas Broniszewski.

Ces entrevues seront-elles de nature à faire baisser la température sur le terrain ? C'est en tout cas le souhait des gendarmes : «Le jour ou un anti ou pro-chasse se fait poinçonner par un cerf lancé à pleine allure, ça sera la même chair...»

Opposante de longue date à la chasse à courre, la sénatrice (PS) de l'Oise Laurence Rossignol veut elle aller plus loin : «Il faut changer la loi, insiste la Compiégnoise. La préfète, aujourd'hui, est prise en tenaille, on ne peut pas attendre d'elle qu'elle fasse autre chose qu'appliquer la loi. Mais les forces de l'ordre ont autres choses à faire que de protéger les veneurs. Il est urgent d'en finir.»